Jeudi 18 décembre 2008

 






 


Les termes "tumulti" et "ordini" sont empruntés à la pensée de Machiavel.

Dans la langue du penseur florentin, les
tumulti désignent les mouvements et l'agitation caractéristiques de la vie de la cité, les ordini
renvoient aux gestes politiques destinés à les organiser, et plus exactement  à ces gestes particuliers que sont les dispositions institutionnelles, oeuvres des sages législateurs.

Le Secrétaire entend démentir l'idée (héritée de la philosophie grecque) selon laquelle les seconds peuvent réduire les premiers à néant, en instaurant une parfaite et définitive concorde. Peine perdue : nous devons vivre avec les autres sur le mode politique, mais sans aucunement être doués pour cela. En réalité, ce qu'on peut attendre de bons
ordini, ce n'est pas de dissiper les tumulti
, c'est de les organiser de telle sorte qu'ils soient favorables aux libertés publiques et privées. De plus, on ne peut saisir la pertinence d'ordini qu'en fonction de la qualité du geste qui consiste à ordinare, soit à disposer, à oeuvrer à un ordre ; il n'existe pas d'autonomie des domaines juridique ou constitutionnel, mais il est nécessaire d'affirmer la primauté de la justesse politique sur toute construction institutionnelle.

Ces mots caractérisent également une certaine manière de pratiquer et d'enseigner la philosophie politique : ils suggèrent qu'à mi chemin entre la science politique et la philosophie politique, il est possible de concilier la sensibilité de la première aux phénomènes sociaux et la capacité de la seconde à créer des concepts adéquats et originaux. Ils suggèrent aussi que la tâche de la philosophie politique n'est pas d'enclore la réalité dans le cadre de principes figés, mais de penser à même l'événement, dans une posture qui évoque une ligne d'auteurs modernes, certes différents entre eux, mais retenant de l'esprit machiavélien l'impératif de penser la politique dans le cadre d'une indépassable tension entre la variété des faits et la rigueur des principes théoriques, en vue de la justesse intellectuelle : Spinoza, Montesquieu, Hume, Tocqueville, Hannah Arendt, Richard Rorty ou Salvatore Veca.

Vous trouverez ici des éléments utiles pour compléter ou approfondir mes cours, ainsi que des textes personnels originaux. N'hésitez pas à réagir - la plus grande réussite d'un enseignement philosophique réside dans l'autonomie du jugement des lecteurs et des étudiants !


(
Illustration : Buste de Nicolas Machiavel, homme d'Etat et auteur politique florentin,

1469-1527)


Par Thierry Ménissier - Publié dans : Présentation du blog et de l'auteur
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Commentaires

je pense donc je suis
Commentaire n°1 posté par ty DUB'S le 07/02/2009 à 22h35
Bon début. L'important, c'est que vous en demeuriez convaincu !
Ce qui m'intéresse pour ma part, ce sont les formes collectives et historiques de cette étrange déclaration. A quelles conditions pourriez-vous affirmer de la même manière : "nous pensons donc nous sommes" ?
Réponse de Thierry Ménissier le 11/02/2009 à 09h45
Cela me rappelle mes cours de philosophie politique avec le Pr Mattei, à la fin des années 80 à l'IEP d'Aix en Provence. Machiavel, un penseur politique a-moral, un peu à contre-courant, aujourd'hui, puisque l'opinion demande une politique plus "morale" !
Commentaire n°2 posté par Tietie007 le 21/04/2009 à 15h11
Merci pour le rapprochement, flatteur dans mon sens !

Machiavel, voyez-vous, me semble à la fois amoral dans sa démarche et proposer une nouvelle morale de la politique (c'est ce que j'ai essayé de montrer dans plusieurs textes), une morale néoromaine ou païenne, à partir de la réfutation de tous les "bons sentiments" en politique - donc, effectivement, de manière très intempestive à l'encontre de nos (souvent faux) scrupules. A ce titre, comme l'a dit un de mes étudiants, il est "le maître de l'honnêteté" !

Par ailleurs...vos photos de Rome sont sublimes !
Réponse de Thierry Ménissier le 26/04/2009 à 11h14
Merci pour les photos. Je trouve Machiavel très "moderne" dans sa conception du politique car il en fait un espace autonome, déconnecté de la "morale", puisque l'action bonne moralement, n'est pas obligé d'être efficiente pour le groupe !
Aujourd'hui, la confusion du politique et de la morale, brouille les cartes, et rend, toute action guerrière, par exemple, illégitime !
Commentaire n°3 posté par Tietie007 le 26/04/2009 à 11h28
Je pense que la formule "Nous pensons donc nous sommes" présuppose, dans le domaine socio-politique, une intersubjectivité dans laquelle l'imaginaire a un rôle essentiel à jouer.

Nous ne vivons plus, depuis longtemps, dans le monde de la "polis" où la vie sociale se faisait elle-même avec la présence des interlocuteurs, des subjectivités. Depuis la modernité et avec, surtout, la formation de l'Etat-nation, les communautés se sont agrandies se qui suppose que la plupart des ses éléments ne seront jamais face à face. Et pourtant l'affection doit être présent de façon à consolider l'unité du groupe.

La faculté de l'imagination a ainsi joué un rôle crucial dans la constitution des États modernes, paradoxalement à une époque où les théories philosophiques du politique cherchaient la rationalisation du pouvoir.
Commentaire n°4 posté par David Duarte le 26/05/2009 à 11h30
N'étant pas français, je vous demande pardon pour les erreurs que j'ai commises dans mon commentaire.
Commentaire n°5 posté par David+Duarte le 26/05/2009 à 11h33
Vivement ce blog reprenne :))))
Commentaire n°6 posté par Anthony le 11/07/2009 à 16h55

Présentation

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés