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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 23:17

Conclusion :

-          La notion de « gestion des crises » est une expression quasiment oxymorique, car la crise quand elle survient est précisément ce qui déborde toutes les qualités habituelles de la gestion régulière ; cependant, elle traduit les efforts humains nécessaires pour réinstaurer un ordre social et intellectuel sûr et viable.

-          Faire face aux crises est une nécessité ; en tirer les conséquences qui s’imposent n’a rien de spontané, mais engage des qualités d’ordre moral, car cela relève d’un acte de courage. Accepter la leçon des crises repose sur un état d’esprit qui consiste à vouloir voir les choses comme elles sont plutôt que comme on voudrait qu’elles soient, et également à reconnaître la nécessité d’évoluer, éventuellement en se transformant soi-même.

-          Autre conséquence de nature morale, l’épreuve de la crise conduit à reconnaitre avec humilité le caractère éphémère des constructions humaines, et à doser dans son action à venir le risque qu’il est raisonnable de prendre. Si une conduite traditionnaliste à toute force serait manifestement déraisonnable (voulant faire violence à la réalité par la tradition, pourtant désavouée), une conduite à risques ne provoque pas moins les crises (vouloir faire violence à la réalité par trop de précipitation). La leçon obligée de la crise, c’est de nous inciter à vivre de la manière la plus juste possible – au sens de la justesse – en trouvant le rythme exact des choses.

 


 


Bibliographie :

 

 

1.    Sur le plan historique et politique :

o   Nicolas Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live [composés entre 1513 et 1518, publiés posthume en 1531], trad. Gallimard, 2004.

o   Thucydide [460-400 avant J.-C.], Histoire de la guerre du Péloponnèse, trad. Robert Laffont, « Bouquins », 1990.

 

2.    Sur le plan épistémologique :

o   Alexandre Koyré, Du monde clos à l’univers infini, 1954, Gallimard, « Tel ». Cet ouvrage classique d’histoire des sciences consiste en une série de conférences érudites données sur le thème des transformations subies par la cosmologie aristotélico-ptolémaïque depuis le XVème jusqu’au XVIIème siècle, en passant notamment par l’œuvre du précurseur Giordano Bruno (exécuté brûlé vif par l’autorité pontificale au Campo dei Fiori à Rome en 1600, pour avoir notamment affirmé l’infinité possible de l’univers).

o   Thomas S. Kuhn, La révolution copernicienne, trad. Fayard 1973, LGF, « Le Livre de Poche Biblio Essais » ; La structure des révolutions scientifiques, trad. Flammarion, « Champs », 1983.

o   Voir également, dans un registre de philosophie de l’histoire, les arguments de Hannah Arendt dans les deux essais « La tradition et l’âge moderne », et « Le concept d’histoire » in La crise de la culture (Between Past en Future, 1954-1968, trad. Gallimard, « Folio ») : la philosophe s’interroge sur les relations contingentes ou structurelles d’un rapport entre passé et futur qui passe par la rupture. Le rôle de Marx, qui écrivait : « La violence est la sage-femme de toute vieille société grosse d’une nouvelle », est central dans la tentative de déterminer ce que la modernité portait en elle d’antitraditionnel.

 

3.    Sur le plan spirituel, l’exemple classique d’un apôtre et d’un des principaux Pères de l’Eglise :

o   La conversion de Saül de Tarse (9 - 67), citoyen romain d’origine juive et persécuteur des chrétiens, sur le chemin de Damas, le 25 janvier 42, au terme de laquelle il devient saint Paul, et organise l’Eglise par ses voyages d’évangélisation et par la constitution de la doctrine (ainsi que le montrent ses quatorze Epitres, voir par exemple Première Epitre aux Corinthiens). Un temps protégé par sa citoyenneté romaine, il est cependant exécuté par décapitation à Rome. Sur la conversion, voir Actes des apôtres, IX.

o   Le récit de la biographie spirituelle d’Augustin d’Hippone (350-430), le futur saint Augustin, telle qu’il la relate dans Les confessions (composées vers 400) ; ce qui est intéressant dans son cas, ce sont ce qu’on peut nommer ses « résistances » à la conversion. Jeune avocat brillant aux mœurs dissolues, il raconte au terme de quel long cheminement il accepte de réorienter sa vie selon les préceptes de la Bible. Son existence entre en crise de manière lente et générale. Ce type de crise spirituelle fait contraste avec l’éclair qui a foudroyé saint Paul sur le chemin de Damas.

o   Une méditation littéraire : celle de Gustave Flaubert dans sa nouvelle « Saint Julien l’Hospitalier » dans Trois contes. S’inspirant d’un cycle de vitraux anciens de la cathédrale de Rouen, Flaubert narre le drame de Julien l’Hospitalier, grand chasseur qui tue par erreur ses propres parents avant de changer radicalement de mode d’existence.

 

4.    Sur le plan esthétique :

o   La querelle des Anciens et des Modernes, XVIIème – XVIIIème siècles, textes choisis, réunis par Anne-Marie Lecoq, avec une préface de Marc Fumaroli, Gallimard, « Folio », 2001. Ce volume fournit des éléments intéressants sur la dynamique enclenchée par la question « topique » du rapport aux Anciens quant aux canons de la représentation.

o   Victor Hugo, Hernani, 1830 : à l’occasion de la représentation de ce drame s’est jouée une célèbre « bataille » entre les tenants d’une esthétique classique et les premiers romantiques ; Hugo avait inauguré la période de crise dans laquelle entrait l’art européen en 1827 par le biais de sa préface pour sa pièce Cromwell. La controverse engagée est l’occasion pour le parti des romantiques (dans lequel figurent Hector Berlioz, Théophile Gautier, Gérard de Nerval) d’affirmer des valeurs nouvelles tant sur les plans esthétique que moral et existentiel. Une citation d’Hugo à ce propos : «  La bataille qui va s'engager à Hernani est celle des idées, celle du progrès. C'est une lutte en commun. Nous allons combattre cette vieille littérature crénelée, verrouillée [...] Ce siège est la lutte de l'ancien monde et du nouveau monde, nous sommes tous du monde nouveau ».

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Thierry Ménissier - dans PENA
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