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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 23:38



 

« La monarchie constitutionnelle avait succédé à l'Ancien Régime ; la République, à la Monarchie ; à la République, l'Empire ; à l'Empire, la restauration ; puis était venue la monarchie de Juillet. Après chacune de ces mutations successives, on avait dit que la Révolution française, ayant achevé ce qu'on appelait présomptueusement son oeuvre, était finie : on l'avait dit et on l'avait cru. Hélas ! Je l'avais espéré moi-même sous la Restauration, et encore après que le gouvernement de la Restauration fut tombé ; et voici la Révolution française qui recommence, car c'est toujours la même. A mesure que nous allons, son terme s'éloigne et s'obscurcit. Arriverons-nous, comme nous l'assurent d'autres prophètes, peut-être aussi vains que leurs devanciers, à une transformation sociale plus complète et plus profonde que ne l'avaient prévue et voulue nos pères, et que nous ne pouvons la prévoir nous-mêmes ; ou ne devons-nous aboutir simplement qu'à cette anarchie intermittente, chronique et incurable maladie des vieux peuples ? Quant à moi, je ne puis le dire, j'ignore quand finira ce long voyage ; je suis fatigué de prendre successivement pour le rivage des vapeurs trompeuses, et je me demande souvent si cette terre ferme que nous cherchons depuis si longtemps existe en effet, ou si notre destinée n'est pas plutôt de battre éternellement la mer ! »


Alexis de Tocqueville,

Souvenirs, Deuxième partie,

édition de Françoise Mélonio et de Jean-Claude Lamberti,

Paris, Robert Laffont, 1986, p. 764.

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Thierry Ménissier - dans Florilège
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