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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 07:34

UNIVERSITE PIERRE MENDES FRANCE – GRENOBLE 2

DEPARTEMENT DE PHILOSOPHIE

Licence, 1ère/2ème année – 2009-2010, 1er semestre

Philosophie de la culture

 

 

 

Moderne, contemporain et postmoderne

Synopsis de la première partie du cours

 

 

1.Qu'est-ce que la modernité ? Un projet de civilisation : XVIe-XVIIIe siècles :

 

1.1. Est « moderne » ce qui n'est ni « ancien » ni « antique »

 

1.1.1. Significations élémentaires :

 

- Selon l'étymologie, la notion de modernité désigne simplement le « nouveau » (cf. l'adverbe latin modo : « récemment ») qui succède à l'ancien. Cette signification première est donc surtout chronologique ; mais on comprend dès ici la dimension dynamique (et non statique) de l’adjectif : cela signifie « moins ancien que », si bien que la revendication de modernisme ou de modernité est susceptible de se réitérer sans arrête – d’où, dans la simple assignation chronologique, un certain nombre de difficultés que nous allons apercevoir dès à présent.

 

- Signification historique du terme la plus simple possible : les temps modernes ont succédé à l'Antiquité : tableau-ligne de la périodisation théorique des temps :

 

La signification générique de « modernité » : elle désigne toute la période qui commence à partir de la fin du Moyen Âge et qui dure encore aujourd'hui. Il convient aussi de remarquer que la modernité correspond aussi bien à une « ère » (temporelle) qu'à une « aire » (géographique : l'Europe). Mais les choses sont d'emblée complexes, car à côté de cette signification générique, le terme possède deux acceptions historiques plus précises :

- Sens restreint 1 : 1ère modernité à la Renaissance / en fonction des thèmes humanistes – par référence aux « Anciens » considérés comme des « classiques » en passant par dessus l'époque « médiévale », soit « intermédiaire » (qui ne s'est pas désignée comme telle). Mais alors, fort bizarrement, la Modernité et l'attitude moderne sont désormais synonymes de retour aux classiques. Ici, il faut souligner que le terme « classique » est lui-même ambigu, ainsi qu’on le voit lorsqu’on parle d’un style ou d’un vêtement classique – on ne veut pas dire qu’il est ancien, ni qu’il est démodé : on veut précisément relever le fait qu’il est indémodable. On pourrait à ce propos citer la belle phrase de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges qui cherchait à définir ce qu’est un livre classique :

« N’est pas classique, je le répète, un livre qui nécessairement possède tels ou tels mérites. Est classique ce livre que pour diverses raisons les générations des hommes lisent avec une préalable ferveur et une mystérieuse loyauté » (« Sur les classiques », dans Autres inquisitions, Paris, Gallimard, 1993, p. 818).

On peut donc parler d’un paradoxe de cette « première modernité » que fut la Renaissance : elle se tourne, par l’intermédiaire du mouvement humaniste, vers des classiques, qui sont des Anciens idéalisés, considérés comme non périmés, toujours vrais et intéressants. La nouveauté du « moderne » se pense donc par référence à deux passés : l’un, celui du moyen-âge, est dévalorisé, l’autre, celui de l’Antiquité gréco-latine, est au contraire survalorisé, au point d’être idéalisé (en tant qu’il fournit des modèles, des canons dans l’art, la littérature, la philosophie).

 

- Sens restreint 2 : 2ème modernité à partir du XVIIème siècle : rupture explicite et forcée avec les Anciens (un exemple privilégié : Descartes explique que lire et comprendre Platon et Aristote revient à faire de l'histoire, mais pas de la philosophie ; la connaissance la plus authentique et la plus vraie se tire de l'individu lui-même, sans référence au passé). La modernité, l'attitude moderne, sont désormais considérés comme un arrachement aux classiques, et caractérisés comme une attitude anti-traditionaliste. On peut même parler de « modernisme » ; une telle attitude est exprimée par les termes d’autonomie de la conscience ou de la raison, ces deux facultés œuvrant à donner à l’homme ses propres règles. Et, si elle débute au XVIIème siècle, elle sera encore accentuée, voire radicalisée, au XVIIIème siècle, avec la figure de l’homo oeconomicus, l’agent économique supposé spontanément capable de calculer le rapport entre les moyens dont il dispose et les fins qu’il poursuit (la réalité de ce calcul se nomme la liberté personnelle ; l’interrelation des calculs individuels s’appelle le marché, considéré à la fois comme une réalité et comme une norme). Une telle avancée est sensible chez le philosophe David Hume qui écrit dans les années 1750 (par exemple son Traité de la nature humaine comprend un livre III qui redéfinit la notion de justice en fonction de cette nouvelle interprétation de la psychologie individuelle et de la réalité sociale) et son élève l’économiste Adam Smith (voir Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776). Le paradoxe est alors que cette nouvelle manière de voir les choses fera que l’on nommera rétrospectivement les auteurs du XVIIème siècle « les classiques »…tout se passant donc comme si le modernisme avait toujours besoin d’anciens et de classiques.

 

On sent donc, à l'issue de ce simple repérage de la signification historique de la notion de modernité, que celle-ci est sous-tendue par des représentations et des valeurs – par conséquent qu'elle est historique parce qu'elle est philosophique, ou, dit autrement : elle vaut d'un point de vue descriptif en tant qu'elle est évaluative, ou axiologique (ce qui signifie qu'elle concerne les valeurs). Approfondissons donc : selon quelles modalités, à un moment donné de leur histoire, les hommes de l'Europe se sont-ils vus « modernes » ?


1.1.2. Les valeurs de la modernité :

 

1.1.2.1. L'essor de la rationalité comme événement et comme valeur : on assiste à une rationalisation progressive de tous les champs de l'activité humaine (exemples :en art, en pédagogie et  en droit, et par suite les conduites elles-mêmes, soumises au droit, deviennent davantage rationnelles) et par conséquent :

 

(1) La science ou scientificité est désormais considérée comme une valeur, un moyen permettant à l'homme d'agir sur le monde. Descartes, Discours de la Méthode (1637), VIème partie : la science et la technique peuvent nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ».

 

(2) L'affirmation de la subjectivité. Tout se passe comme si l'homme moderne s’était engagé dans la tâche de refonder tout à partir de lui-même, c’est-à-dire de se constituer comme l'autorité de référence pour le savoir et la pensée. Pour comprendre le rapport entre modernité, rationalité et subjectivité, il est possible de se tourner vers la thèse fondatrice de Max Weber dans L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme (1905) […].

 

 

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