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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 22:26

UNIVERSITE PIERRE MENDES FRANCE – GRENOBLE 2

DEPARTEMENT DE PHILOSOPHIE

Licence, 1ère/2ème année – 2009-2010, 1er semestre

Philosophie de la culture

(Synopsis)

1.2. Conséquences morales de la définition moderne de la culture en Europe :

 

1.2.1.Une ère de confiance :

 

1.2.1.1.  La rationalisation et l'essor de la science permettent la conquête de la nature. Celle-ci n'apparaît plus inquiétante comme c'est le cas pour la mentalité magique, mais semble être soumise à la raison.

 

- Dans les faits, une connaissance de plus en plus exacte de la nature, même de celle qui nous échappe par sa vastitude et par sa complexité.

- Une connaissance qui se fonde sur des mesures et qui débouche sur la constitution de lois, à savoir des règles rationnelles valables pour ce qui a été, est, sera et peut être.

- La connaissance est donc active : elle met le monde en ordre et, instrumentale, prémunit l'homme des mauvaises surprises. On peut approfondir cette idée avec deux philosophies particulièrement importantes pour comprendre le mouvement qui affecte la science et qui illustrent deux conséquences :

 

- L'état d'esprit expérimental s'affirme : Kant explique dans la Critique de la raison pure que la raison face à la nature n'est pas comme une écolière devant un maître d'école (attitude empiriste), mais comme un juge d'instruction en fonction sommant un justiciable d'expliquer sa conduite.

 

- D'où une forte confiance dans les ressources de l'homme : valeur de la science en termes de prédiction – une nouvelle forme de religiosité ? Le positivisme est foi en le progrès de la connaissance rationnelle du monde – Auguste Comte explique dans le Cours de philosophie positive (1ère Leçon, publiée en 1830) qu'en vertu d'une loi, l'humanité passe nécessairement par « trois états » : théologique, métaphysique, positif. Dans ce dernier état, la connaissance repose sur les lois de la nature, et engendre nécessairement des améliorations sociales : « l'ordre » engendre le « progrès ».

 

- La science est ainsi pouvoir ; comme l'affirme encore Comte : « savoir pour prévoir et prévoir pour pouvoir ».

 

1.2.1.2. D'autre part il faut prendre en compte la rationalisation des conduites :

 

- Dans la conduites des affaires proprement humaines, affirmation conjuguée de la rationalité (de ce qui se calcule) et de l'individualité : Machiavel et Montaigne, politique et morale privée – affirmation de l'individualité comme point de référence de l'action, mais aussi critère de sa réussite : être la mesure de son action, un retour de la formule du sophiste Protagoras, qui devient comme la devise de la modernité : « l'homme est la mesure de toutes choses ». Mais de Montaigne à Rousseau, n'y a-t-il pas de ce fait un dévoiement ou détournement des classiques dans les formes mêmes de leur reprise ? (thèse d'Allan Bloom à propos du rapport entre la philosophie et l'amour, ou de la vertu philosophique de l'amour dans L'amour et l'amitié, trad. fr. 1996, Livre de Poche 2003).

 

- La thèse du « désenchantement du monde » : Max Weber, la rationalisation à la place de l'attitude magique, et le raisonnement à la place de l'incantation ; Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion (1985) : la religion, dans le monde moderne, n'est certes pas absente, mais elle ne constitue pas le domaine de référence du choix de vie privée ou publique. Il convient de remarquer que cet état de fait, conséquence d'une lente évolution, est peut-être dû aux conditions fondamentales de la modernité, qui ont mis un certain temps à se déclarer ou à se développer : on peut le comprendre grâce à ce que dit Rémi Brague (la multiplicité des sources dues à nos quatre traditions de référence engendre une culture du doute car pas d'unicité ni d'univocité dans le message de la tradition), ou par référence à une analyse de Gauchet lui-même examinant la nature de la pensée chrétienne, dominante en Europe : celle-ci est profondément équivoque, car les Pères de l'Eglise, qui auraient dû constituer la source incontestable de l'autorité révélée, discutent la tradition, et exercent leur réflexion sur le mode du doute (l'exemple privilégié est constitué par les Confessions de saint Augustin).

 

1.2.2. Une aire prospère :

 

1.2.2.1. Prospérité matérielle de la modernité européenne et bientôt occidentale

- Préambule : il est certainement nécessaire de distinguer Europe et Occident, mais sur quels critères ? peut-on parler d’un comportement européen et d’un comportement occidental, distincts justement vis-à-vis de la culture ?


- Un triomphe technique qui reste mystérieux – Bertrand Gilles, Les ingénieurs de la Renaissance. Pourquoi les quelques mécanismes inventés ou réinventés par l'Europe ont-ils été les ressorts secrets d'un extraordinaire essor, celui du machinisme ? Si toutes les civilisations connaissent la ou des techniques, la nôtre a inventé la technologie, à savoir la systématisation dans la recherche de la solution technique et dans l'automatisme.

 

- Les effets de la supériorité occidentales : la conquête du monde et la colonisation – Caractère très équivoque de cette dernière : on doit parler « des » colonisations (Humanistes du XVIème siècle, Jésuites du XVIIème, colonisation d'Etat ensuite à partir du XVIIIème siècle : commerçants, militaires et savants). Volonté de connaître les autres ; de les « civiliser » ou de leur enseigner la révélation ; d'exploiter leurs ressources à leur place.

 

- Les causes profondes de la prospérité sont sans doute sociales et morales.

 

-1.2.2.2. La rationalité des conduites envisagée dans ses effets sociaux et moraux

 

- L'homme moderne est homo oeconomicus selon l'économie politique du XVIIIème siècle (Smith, Hume), l'utilitarisme, l'économie et la sociologie. La mise en place de la société « ouverte » (Popper), dans laquelle la légitimité ne relève plus du rang ni de la tradition, mais de la compétence sans cesse négociée et réévaluée.

 

- Mais pour obtenir ce résultat, il est nécessaire de supposer que les hommes vivant ensemble peuvent adopter des conduites disciplinées : l'homme moderne a discipliné sa conduite collective. Il y a plusieurs manières d'envisager ce phénomène, dont il faut noter qu'il évoque lui aussi une certaine forme de pouvoir (comme la science telle que nous l'avons présentée) : cf. l’hypothèse de Max Weber : il y a dans une des phases constitutives de la modernité (dans l’apparition de la conduite de l’homo oeconomicus), une dimension subtilement contraignante de la discipline religieuse – voir la notion de « beruf » selon le luthérianisme dans L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme (1920), trad. Flammarion.

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