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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 20:07

En ces temps de durcissement de la supposée "identité nationale" et de fermeture des frontières aux demandeurs d'asile, un gouvernement qui se réclame du libéralisme pourrait gagner à méditer ces phrases :


"Toute loi qui ordonne la délation, la dénonciation n'est pas une loi. Toute loi portant atteinte à ce penchant qui commande à l'homme de donner un refuge à qui lui demande asile n'est pas une loi".


Propos d'un écrivain subversif ?

Sans aucun doute, mais qui ne s'inscrivait pas dans les tendances qu'on attendrait aujourd'hui avec ce genre de propos : l'auteur de ces lignes est Benjamin Constant (1767-1830), soit un des pères fondateurs du libéralisme moderne, promoteur, sous la Restauration, d'une théorie politique démocratique fidèle à certains principes des Lumières.

Le libéralisme, rappelle Lucien Jaume dans
La Liberté et la loi. Les origines philosophiques du libéralisme (Fayard, 2000) d'après qui je cite ces lignes de Constant (p. 91), est ainsi, et fondamentalement, une doctrine qui repose sur le "droit de conscience" des individus. Et il faut entendre dans l'affirmation de ce droit la revendication pour les hommes d'une compétence morale que ces derniers sont susceptibles d'objecter à la logique des abus de souveraineté, par le biais d'actions publiques et privées destinées à manifester qu'ils n'oublient pas leur humanité.

Permettra-t-on au philosophe politique de demander à un gouvernement autoproclamé "libéral" qu'il manifeste un peu de fidélité à ses origines théoriques, ou bien qu'il s'exprime avec quelque consistance philosophique ?

Il n'est pas illibéral de venir en aide à des demandeurs d'asile ; et il est conforme au plus exact libéralisme de rappeler le gouvernement à son devoir d'humanité.

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Thierry Ménissier - dans Positions
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commentaires

Dinah 17/12/2009 12:34


Merci infiniment pour ce blog intéressant !