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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 05:13

Rousseau-genève

 

 

UPMF - Grenoble 2,

UFR SH, Département de philosophie, année universitaire 2011-2012, premier semestre

Master de philosophie, Première année

Séminaire de Thierry Ménissier / Philosophie moderne et philosophie politique

Le vendredi, 10 h - 12 h, première séance le 23 09 2011

 

ROUSSEAU

 

Œuvres au programme :

Discours sur les sciences et les arts, 1750

 Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1754

Discours sur l’économie politique, 1755

Lettre à d’Alembert sur les spectacles, 1758

Du Contrat social, 1762

Émile ou De l’éducation, 1762

Lettre à Christophe de Beaumont, 1763

Lettres écrites de la Montagne, 1764

 

NB : ce programme est celui de l'épreuve d'histoire de la philosophie inscrite au programme de l'agrégation externe de philosophie 2012 - pour la préparation de laquelle ce séminaire fait également office de cours.

 

L’œuvre de Rousseau (1712-1778) est fondamentale pour la compréhension de la philosophie moderne – et elle engage de manière anticipée certains développements de la philosophie contemporaine : lecteur de Montaigne, héritier de Malebranche et admirateur de Locke, le Genevois fait  en effet évoluer la plupart des questions qu’il aborde, telles que la distinction entre l’homme et l’animal, le statut du langage, celui de la technique, la nature des relations sociales, la tendance humaine à l’appropriation et la fonction de la propriété, l’importance de l’éducation dans le processus de constitution de la socialité et de l’existence politique. Tous ces thèmes auxquels la modernité avait donné une forme précise, il les fait en quelque sorte basculer dans la dimension problématique typique de l’époque contemporaine. On pourrait dire également qu’avec une force philosophique presque incroyable, Rousseau met en question l’optimisme des Lumières et anticipe la crise contemporaine de la rationalité moderne.

L’invention d’un paradigme anthropologique original n’est pas pour peu dans cette évolution : la thèse de la perfectibilité indéfinie du genre humain inscrit en effet la temporalité dans le processus de constitution de la subjectivité et ouvre l’humanité à sa condition temporelle / historique. Par-là, le rapport entre l’essence et l’existence se trouve considérablement changé. Il importe de prendre philosophiquement la mesure de cette modification fondamentale.

La pensée de Rousseau s’ancre ainsi dans une redéfinition « génétique » de la réalité humaine qui suppose la dimension historique ; elle inclut également (et par ce biais) l’importance des processus matériels et de la socialité. Ainsi, son œuvre peut se lire comme la tentative de constituer une « philosophie pratique » qui aborde toutes les questions dans leur horizon politique : la pédagogie, l’économie, la liberté, la justice et même la question de Dieu. Cet horizon politique concerne à la fois la constitution d’une société bien ordonnée et la mise en œuvre des dispositions éthiques et passionnelles qui nourrissent l’ardeur politique individuelle et collective. Si bien que, tandis que Rousseau fait évoluer les thèmes de la modernité vers l’ère contemporaine, par son dialogue avec Locke et sa critique de Hobbes, il dessine pour la première fois la distinction que Benjamin Constant identifiera plus tard comme celle de la « liberté des Anciens » et de la « liberté des Modernes », en optant pour le premier parti contre le second. Seulement, cette doctrine d’inspiration républicaine et son appel vers la communauté civique, est-ce ainsi qu’il convient de l’interpréter ? Dépassant la modernité par un certain aspect de son œuvre, Rousseau vise-t-il vraiment « l’antiquité » par cet autre aspect ? Et que vaut le jugement des auteurs postrévolutionnaires et libéraux sur le geste rousseauiste ? D’une manière plus générale et fondamentale, la question se pose en ces termes : comment hériter de Rousseau ? (question d’autant plus liée à notre mémoire collective que nous célébrerons en 2012 le tricentenaire de la naissance de cet auteur, avec force commémorations, ce dont atteste le « blog Rousseau » mis en place par la Région Rhône-Alpes : http://www.arald.org/rousseau/).

Dans ce cours, on visera à souligner l’étrangeté d’une telle position philosophique, en s’attachant (1) à dégager l’anthropologie proposée par le Genevois ; (2) à comprendre les principes de sa pédagogie ; (3) à réfléchir les apports de sa philosophie politique ; (4) à penser aujourd’hui notre situation en tant qu’héritiers de Rousseau.

Bibliographie recommandée :

  1. Œuvres de Rousseau :

-          Œuvres complètes, éditées sous la direction de B. Gagnebin et M. Raymond, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 5 volumes, 1959-1995.

-          Sur l’économie politique. Considérations sur le gouvernement de Pologne. Projet pour la Corse, édition de B. de Négroni, Paris, Flammarion, 1990.

-          Du contrat social, édition de B. Bernardi, Paris, Flammarion, 2001.

-          Discours sur l’économie politique, édition sous la direction de B. Bernardi, Paris, Editions Vrin, 2002.

-          Lettres philosophiques, édition de J.-F. Perrin, Paris, LGF, 2003.

-          La religion, la liberté, la justice. Un commentaire des Lettres écrites de la Montagne, sous la dir. de B. Bernardi, F. Guénard, G. Salvestrini, Paris, Editions Vrin, 2005.

  1. Critique [avec * : ouvrage estimé fondamental] :

-          Blaise Bachofen, La Condition de la liberté. Rousseau, critique des raisons politiques, Paris, Payot, 2002.

-          Bronislaw Baczko, Rousseau – Solitude et communauté, Paris-La Haye, Mouton, 1974.*

-          Bruno Bernardi, La Fabrique des concepts. Recherche sur l’invention conceptuelle chez Rousseau, Paris, Honoré Champion, 2006.*

-          Robert Derathé, Jean-Jacques Rousseau et la science politique de son temps (1950), Paris, Editions Vrin, 1995.*

-          Florian Guénard, Rousseau et le travail de la convenance, Paris, Honoré Champion, 2004.

-          Jean-Luc Guichet, Rousseau, l’animal et l’homme. L’animalité dans l’horizon anthropologique des Lumières, Paris, Le Cerf, 2006.

-          Géraldine Lepan, Jean-Jacques Rousseau et le patriotisme, Paris, Honoré Champion, 2007.

-          Roger D. Masters, The Political Philosophy of Rousseau, Princeton, Princeton University Press, 1968.

-          Arthur Melzer, Rousseau. La bonté naturelle de l’homme, trad. J. Mouchoud, Paris, Belin, 1998.*

-          Gabrielle Radica, L'histoire de la raison : anthropologie, morale et politique chez Rousseau, Paris, Honoré Champion, 2008.

-          Yves Vargas, Rousseau. Economie politique (1755), Paris, PUF, 1986.

-          Yves Vargas, Introduction à l’Emile de Rousseau, Paris, PUF, 1995.

-          Yves Vargas, Rousseau, l’énigme du sexe, Paris, PUF, 1997.

-          Ghislain Waterlot, Rousseau, religion et politique, Paris, PUF, « Philosophies », 2004.

-          Ghislain Waterlot (dir.), La théologie politique de Rousseau, Rennes, PUR, « Philosophica », 2010.

 

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Thierry Ménissier - dans Rousseau
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commentaires

Tietie007 05/02/2017 19:27

Pour Onfray, dans Décadence, Rousseau est le précurseur du totalitarisme.

Thom thierry 11/01/2012 15:36

je suis fasciné par votre manière de rédiger vos cours car cela vous le fait avec une simplicité sans pareil.VOUS avez une très bonne manière d'écrire et j'aimerais avoir le secret de votre
réussite en philosophie.je suis fan de ceux qui abattent un travail énorme et mettent à la disposition de ceux qui veulent apprendre.Je suis en master philosophie et je travail sur rousseau: vers
une éducation objective:la question de l'homme.s'il vous plait donnez moi votre avis sur le sujet parce que je me sent si nul ,car ordonnez mes idées me parait assez difficile. autres choses je
n'ai pas vraiment accès à vos cours à part l'introduction et la bibliographie. ENCORE UNE FOIS TOUT MON RESPECT PROFESSEUR THIERRY