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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 08:14

Skepsis (2005) 44-54

 

 

A la recherche d'homo sociologicus. Du problème de l'individualité en sociologie à la rationalité du comportement social

 

 

Thierry Ménissier 1

 

 

(2005)

 

 


Cet article examine la notion d'"homme" telle que l'envisage la sociologie ; son objet concerne donc à la fois l'objet et le sujet de cette discipline souvent considérée comme paradigmatique pour l'ensemble des sciences sociales. Pour ce faire, il s'attache à scruter la naissance de la sociologie puis son affirmation "française" avec l'oeuvre de Durkheim, enfin il envisage les thèses de l'individualisme méthodologique de Raymond Boudon.

 

 

 

 

 

 

 

1 : 

Politiques publiques, ACtion politique, TErritoires (PACTE)

CNRS : UMR5194 – Université Pierre Mendès-France - Grenoble II – Institut d'Études Politiques de Grenoble – Université Joseph Fourier - Grenoble I

 

 

 

 

 

 

Discipline

 : 

Sciences de l'Homme et Société/Philosophie

Sciences de l'Homme et Société/Sociologie

Sciences de l'Homme et Société/Histoire, Philosophie et Sociologie des sciences

 

 

Mots-Clés : sociologie – individu – individualisme – Durkheim Emile – Boudon Raymond – rationalité – comportement social

 

Accessible au format PDF au lien :

http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/38/05/24/PDF/Sciences_humaines_et_homo_sociologicus.pdf

 

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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 23:20



« La réalité-humaine ne saurait se recevoir ses fins, nous l’avons vu, ni du dehors, ni d’une prétendue « nature » intérieure. Elle les choisit et, par ce choix même, leur confère une existence transcendante comme la limite externe de ses projets. De ce point de vue […] la réalité-humaine, dans et par son surgissement même, décide de définir son être propre par ses fins. C’est donc la position de mes fins ultimes qui caractérise mon être et qui s’identifie au jaillissement originel de la liberté qui est mienne. Et ce jaillissement est une existence, il n’a rien d’une essence ou d’une propriété d’un être qui serait engendré conjointement à une idée. Ainsi la liberté, étant assimilable à mon existence, est fondement des fins que je tenterai d’atteindre, soit par la volonté, soit par des efforts passionnels. »


Jean-Paul Sartre, L’Être et le néant. Essai d’ontologie phénoménologique [1943],

IVème partie : « Avoir, faire et être », chapitre 1, § 1,

Paris, Gallimard, « Tel », 1979, p. 498.

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Thierry Ménissier - dans Florilège
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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 19:03


"J'adore les cacahuètes. Tu bois une bière et tu en as marre du goût. Alors tu manges des cacahuètes. Les cacahouètes c'est doux et salé, fort et tendre, comme une femme. Manger des cacahuètes, it's a really strong feeling. Et après tu as de nouveau envie de boire de la bière. Les cacahuètes, c'est le mouvement perpétuel à portée de l'homme."

"T'as pas besoin d'un flash quand tu photographies un lapin qui a déjà les yeux rouges."


"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien."

 

"Un biscuit ça n'a pas de spirit, c'est juste un biscuit. Mais, avant c'était du lait, des œufs. Et, dans les œufs, il y a la vie potentielle."


"Selon les statistiques, il y a une personne sur cinq qui est déséquilibrée. S'il y a 4 personnes autour de toi et qu'elles te semblent normales, c'est pas bon."

 

J.-C. V. D., penseur belge.

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Thierry Ménissier - dans Florilège
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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 09:39

Saint-Martin d’Uriage, Centre culturel Le Belvédère

« L’instant philo »

Jeudi 28 mai 2009, 20 heures

 

Culte et culture du sport.

Une exploration des valeurs sportives aujourd’hui

Thierry Ménissier

 

Sur le site personnel de Jannie Longo*, l’animation de la page d’accueil présente en boucle les valeurs que la championne cycliste reconnaît comme siennes. Apparaissent successivement : « ambition », « dépassement de soi », « amour du sport », « passion », « record », « mérite », « générosité ». Ces termes peuvent servir d’accroche à notre réflexion : que signifient exactement ce catalogue hétérogène et le choix d’un tel ordre de présentation, tant du point de vue de ce qu’une championne telle que Jannie Longo entend « communiquer » que d’un point de vue plus général ? Par suite, comment appréhender la fonction du sport dans la société de type démocratique ?

On fera l’hypothèse que, malgré l’extrême variété de pratiques qu’il recouvre, le sport doit y être regardé comme un « fait social total » (selon l’expression de l’anthropologue Marcel Mauss) : à savoir, comme une activité de référence pour de très nombreuses autres fort différentes, capable d’imposer à celles-ci ses modes de représentation. Ainsi, on prendra au sérieux la notion de « culte » du sport : ne représente-t-il pas à certains égards un foyer de production du sacré dans la civilisation contemporaine ? Ou bien doit-on l’appréhender en termes critiques comme l’effet dérisoire de la « spectacularisation » de la société ? Par suite, de quelle nature est cette aura dont bénéficient les grands champions : véritables héros ou pantins médiatiques ?

Aucune civilisation n’a jamais négligé l’importance éducative et spirituelle de l’activité physique – mais la nôtre, en conférant une place inouïe à l’activité proprement sportive et en ayant professionnalisé cette activité, n’est-elle pas en train d’inventer quelque chose de nouveau ? Comment, au final, appréhender les conséquences de l’inflation des valeurs sportives, ou le fait que celles-ci contaminent désormais toute la société ?

Une présentation du problème en trente ou quarante minutes précédera un débat d’un peu plus d’une heure.

* : http://jeannielongo.free.fr/pages/cadres01.html


Pour se rendre au Belvédère, voir les informations sur le site d’Uriage :

http://www.uriage-les-bains.com/1.aspx

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Thierry Ménissier - dans Evénements
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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 09:24

UPMF - Département de philosophie
Préparation à l’agrégation externe de philosophie,

Leçons sur le thème « La politique », 2008-2009


 

« A quoi sert une théorie des régimes ? »


 

-          La notion de « régime » trouve son origine dans le propos le plus ancien et le plus fondateur de la philosophie politique : Platon intitule d’ailleurs La République, Politeia, et Aristote fait jouer à cette notion un rôle cardinal dans sa propre théorie.

 

-          Ce terme de « régime » désigne initialement l’action et le mode de direction d’un groupe humain référé à l’action de son dirigeant unique : ainsi, le verbe « régir » est issu du latin « rex », « roi ». Pour un groupe humain, son régime, c’est donc d’abord la forme prise par l’orientation volontaire de sa destinée dans l’histoire ; c’est pourquoi ce terme renvoie au projet même de la politique. L’analyse philosophique du régime – en suivant la compréhension la plus complète de l’ambition philosophique – concerne par suite la meilleure forme possible pour cette orientation.

 

-          La question posée est plus précisément celle de l’utilité, de la fonction ou de la finalité d’une théorie des régimes. Par ce dernier terme, on identifie plus ou moins spontanément les argumentations proposées par les auteurs qui, à partir de l’Antiquité, ont réfléchi le meilleur régime par référence à la pluralité des formes d’association humaine : Platon, Aristote, Polybe et Cicéron pour les Anciens, Machiavel et Montesquieu pour les Modernes ont, avec  tant d’autres auteurs, discuté des mérites respectifs de la monarchie, de l’aristocratie, de l’oligarchie, de la démocratie, et de la tyrannie. 

 

-          Une telle question semble d’autant plus légitime qu’elle fait sens en fonction d’un double contexte intellectuel et historique : le premier aspect de ce contexte est celui de la modernité, considérée comme un ensemble dans lequel nous sommes encore compris ; le second regarde les particularités de l’interrogation de philosophie politique à l’époque contemporaine.

o   Dans la modernité, l’argument de la théorie des régimes a subi une modification fondamentale, en ceci qu’un régime particulier, la démocratie, semble l’avoir emporté sur les autres. Est-ce un démenti apporté à ce type d’argumentation, ou bien…sa réalisation ? (en effet, peut-on dire que les régimes en se succédant ont abouti au régime démocratique ?).

o   A l’époque contemporaine, et tandis qu’elle s’est imposée en Occident et tend à s’imposer dans le monde comme mode de gouvernement et comme forme de société, la démocratie paraît aussi vantée que critiquée, sinon radicalement mise en question ; ce régime qui à certains égards paraît avoir triomphé des autres ou du moins qui prétend triompher des autres, apparaît donc hautement instable. Parallèlement, la philosophie politique se trouve elle-même remise en cause quant à ses prétentions prescriptives ou normatives : dans la société de type démocratique, la revendication des conceptions du bien ne conteste-t-elle pas la volonté de la philosophie de proposer une vérité rationnelle univoque ? Par suite, la question n’est-elle pas posée de la place de la philosophie politique dans une telle société ?

 

 

 

1.      La théorie des régimes, une argumentation qui se confond avec l’origine du projet philosophique quant à la politique, et avec son ambiguïté.

 

a.       La philosophie politique, au moment de son apparition, paraît se confondre avec l’argumentation rationnelle quant au choix du meilleur mode de vie collectif possible ; or, dans la perspective ouverte par un tel dessein, la théorie des régimes joue un rôle considérable :

                                                              i.      Dans son Enquête (III, 80-82), Hérodote révèle la dimension de réflexion politique de son projet historique, en donnant à lire ce qui semble être la première version d’une théorie des régimes, à savoir d’une représentation rationnelle de leur nature soumise à une discussion de leur supériorité relative. Ainsi consacre-t-il un soin tout particulier à l’examen des qualités intrinsèques des régimes, considérés in abstracto, au sein du récit historique de la fin de la conjuration d’Otanès contre le gouvernement du mage Smerdis. La démocratie ou gouvernement populaire, l’oligarchie et la monarchie sont pour la première fois confrontées et évaluées de manière rationnelle.

 

« Otanès engageait à remettre à la disposition de tous les Perses la direction des affaires ; il disait : « Mon avis est qu'un seul homme n'ait plus sur nous d'autorité monarchique ; car cela n'est ni agréable ni bon. (...) Comment la monarchie serait-elle chose bien ordonnée, quand il lui est loisible, sans avoir de comptes à rendre, de faire ce qu'elle veut ? (...) Et je vais dire ce qu'il y a de plus grave : [le monarque] bouleverse les coutumes des ancêtres, il fait violence aux femmes, il met à mort sans jugement. Au contraire, le gouvernement du peuple (...) porte le plus beau de tous les noms : l'isonomie. Puis il n'y fait rien de ce que fait le monarque : on y obtient les magistratures par le sort, on y rend compte de l'autorité qu'on exerce, toutes les délibérations sont soumises au public. J'opine (...) que nous élevions le peuple au pouvoir ; car c'est dans le nombre que tout réside. » (...)

Mais Mégabyse voulait que l'on confiât les affaires à une oligarchie ; il disait : « (...) il n'est rien de plus insolent qu'une multitude bonne à rien. Et, à coup sûr, échapper à l'insolence d'un tyran pour choir dans celle d'une populace effrénée est chose qu'on ne saurait aucunement tolérer. L'un, s'il fait quelque chose, le fait en connaissance de cause ; l'autre n'est pas même capable de cette connaissance. (...) Que ceux-là qui veulent du mal aux Perses, que ceux-là donc usent de la démocratie ; mais nous, choisissons un groupe d'hommes parmi les meilleurs, et investissons-les du pouvoir ; (...) il est dans l'ordre de la vraisemblance que les hommes les meilleurs prennent les meilleures décisions. » (...)

Le troisième, Darius, exposa son avis : « (...) Rien ne saurait se montrer préférable à un gouvernant unique, s'il est le meilleur ; ayant des pensées à sa mesure, il peut exercer sur le peuple une tutelle irrépréhensible (...). Dans l'oligarchie, (...) chacun voulant être le chef et faire triompher ses opinions, ils en viennent à se détester fortement les uns et les autres ; (...) les meurtres aboutissent à la monarchie ; ce qui montre combien ce dernier régime est le meilleur. Lorsque c'est au contraire le peuple qui a le pouvoir, il est inévitable que la méchanceté se développe ; (...) car ceux qui mettent l'État à mal le font en complotant entre eux. Il en est ainsi jusqu'au moment où un homme, s'étant fait le protecteur du peuple, met fin à leurs agissements ; cet homme, en conséquence, est admiré par le peuple ; et admiré, il est proclamé monarque ; en quoi son cas aussi prouve que la monarchie est ce qu'il y a de mieux (...). »

Histoires ou Enquêtes, Livre III,

Édité et traduit par Ph.-E. LEGRAND. Paris, Les Belles Lettres, 1949.

 

Les gains d’une telle manière de procéder sont doubles :

-          D’une part, elle permet de pluraliser l’approche des formes politiques ; en tant que telle la théorie des régimes engendre du possible politique, elle ouvre une perspective de potentialités qui enrichit le réel et nourrit les alternatives théoriques et pratiques ;

-          De l’autre, elle institue un débat argumenté sur les relations entre la réalité humaine ou les traditions de la nation qu’il convient de réformer, et la forme de régime. Le meilleur régime qui se dégage procède non pas in abstracto, mais en regard de l’ajustement le plus judicieux entre les deux dimensions.

 

                                                            ii.      Aristote reprend une telle manière de procéder, de par sa manière typique de procéder :

1.      D’une part, il collecte ou fait collecter « sur le terrain » la description des formes de vie socio-constitutionnelles (voir le seul texte de ces presque 200 compilations qui soit parvenu à la modernité : La constitution des Athéniens). Ainsi se constitue davantage qu’un savoir pragmatique, mais bien une science (épistémè) de la vie politique, à savoir une connaissance rationnelle méthodique reposant sur le relevé des us et coutumes variés, sinon sur leur compréhension profonde. « Une constitution [politeia] est une organisation qui concerne les magistratures dans les cités, de quelles manières elles sont partagées, laquelle est souveraine dans la constitution et quelle est la fin de chacune des communautés » (Politique, IV, 1, 1289 a). Il s’agit par là d’accéder à une connaissance intime des modalités concrètes de l’« animalité politique ». Ainsi se comprend la science politique : elle permet d’accéder à ce mixte de nature et d’artifice qui constitue la condition correspondante à la détermination naturelle de l’homme comme tel.

2.      D’autre part, de manière plus synthétique, il rassemble les traits empiriques épars en formes droites et formes perverties, afin d’examiner dans la généralité quelle est la forme de gouvernement la plus légitime et la plus équitable. Ainsi s’opère une double confrontation (voir Politique, IV, 2, 1289 a). En effet, se trouvent confrontées les formes intrinsèquement différentes de la monarchie, de l’aristocratie et du régime simplement appelé « régime » (politeia) que le Stagirite appelle de ses vœux (gouvernement constitutionnel reposant sur une citoyenneté de type censitaire) ; et ces formes se trouvent confrontées à leurs propres dégradations (soit, respectivement, tyrannie, oligarchie et démocratie).

                                                          iii.      De la sorte, la théorie des régimes dote la réflexion philosophique d’un instrument de connaissance de la réalité empirique de la politique.

 

b.      Une précision s’impose toutefois : la dimension descriptive des catégories des régimes est-elle ce qui est principal ? Par suite, l’argumentation philosophique à propos des régimes est-elle caractérisée par une réelle dimension objective ? Malgré les apparences, il est permis d’en douter.

                                                              i.      Chez Aristote, si le parcours de la compilation des constitutions réelles à la théorie philosophique de La politique peut apparaître comme la tentative de penser ce qu’il en est en réalité des formes empiriques d’association politique, en réalité le jugement du philosophe est sous-tendu par une représentation philosophique de la vie bonne. Ainsi la royauté (autrefois) et le régime constitutionnel censitaire (au moment où réfléchit Aristote) sont-ils valorisés du fait de la primauté qu’ils accordent à l’excellence morale et sociale. La dimension descriptive ou objective des régimes ne doit donc pas faire illusion ; comme le révèle Leo Strauss dans Droit naturel et histoire, la notion de politeia désigne le genre de vie plutôt que la constitution au sens institutionnel du terme, et elle vise le meilleur genre de vie possible (trad. fr. Flammarion, « Champs », p. 128-129).

                                                            ii.      Les régimes chez Montesquieu : constructions idéal-typiques sous-tendues par le combat contre le despotisme et en vue de la forme de vie la plus « libérale » possible (cf. XI, 6, « De la constitution d’Angleterre »).

 

c.       La portée axiologique et morale de la théorie des régimes est particulièrement mise en relief par la construction platonicienne de La République (livres VIII et IX) :

                                                              i.      Cette argumentation se comprend par référence à une intention axiologique : chaque régime stylise pour ainsi dire un tempérament particulier, appréhendé en fonction d’une éthique valorisant la suprématie de l’intelligence (nous) sur le désir (épithumia). De la sorte, les régimes sont successivement présentés en fonction du tempérament individuel qu’ils reproduisent en grande taille :

1.      Le régime politique et social de l’aristocratie (Crète et Lacédémone) correspond au régime individuel de la vertu.

2.      L’oligarchie correspond au régime individuel des hommes avides d’honneurs.

3.      La démocratie, régime politique qui installe le pouvoir de la masse, correspond au régime de la revendication égalitariste de liberté et de jouissance, elle est donc le régime de la licence.

4.      Enfin la tyrannie, ou domination politique d’un seul sur tous, débute par le régime de la violence interindividuelle, qui se conclut par la victoire d’un seul.

                                                            ii.      En poursuivant l’analyse des livres VIII et IX de La République, il convient également de mettre en relief la portée éthique de l’argumentation : la théorie des régimes est sous-tendue par une dynamique qui est celle des métamorphoses du désir déréglé : chaque nouvelle forme de régime apparaît à la pointe des contradictions internes du précédent. C’est pourquoi la typologie des régimes se conçoit en contrepoint d’un régime qui serait parfait, d’ailleurs en fonction de son anhistoricité : Platon précise au début de son argumentation que la série examinée est celle de régimes qui tous sont défectueux (cf. La République, VIII, 544 a). Les régimes « historiques » sont même qualifiés de « maladie de la cité » (poléôs nosêma, 544 c).

 

Transition : la prise en compte de la dynamique du désir implique que l’on intègre à la compréhension de la théorie des régimes la dimension temporelle. Il convient même, si l’on entend saisir la fonction de la théorie des régimes, de l’appréhender dans l’optique d’un projet particulier de philosophie de l’histoire.

 

2.      Il est nécessaire de comprendre la théorie des régimes en regard du projet philosophique de penser mais aussi d’orienter l’histoire.

 

a.       Considérons la version de la théorie des régimes fournie par Polybe : l’argumentation classique y est conçue en fonction d’une représentation de l’histoire du monde :

                                                              i.      La théorie des régimes que l’historien grec Polybe expose dans le livre VI de son Histoire romaine se comprend par référence à un argument qui évoque la philosophie de l’histoire, et que l’on nomme anacyclôsis. Il s’agit avec cet argument de se représenter l’histoire générale du monde telle qu’elle serait dynamisée par l’engendrement successif des régimes, en fonction d’une logique cyclique et selon un modèle d’inspiration platonicienne dont la visée ne serait plus la constitution d’une méta-histoire, mais la mise en œuvre d’un cadre heuristique pour l’histoire politique réelle. Polybe semble donc avoir poussé le plus loin qu’il était possible l’historicisation de la théorie des régimes.

                                                            ii.      La contrepartie de cette avancée consiste en un projet de stabilisation de l’histoire par le biais du « gouvernement mixte ».

 

« Lycurgue avait noté que chacune des susdites transformations advenait nécessairement et naturellement, et il considérait que chaque gouvernement simple et fondé sur un seul principe était précaire, du fait que bien vite il se transforme en la forme corrompue qui lui correspond et qui vient après lui par force de la nature…Il n’établit pas une constitution simple et uniforme, mais réunit toutes les caractéristiques des systèmes politiques excellents, de façon à ce qu’aucun de ceux-ci, en acquérant une force plus grande que ce qui était nécessaire, ne dévie vers les maux naturels, mais en sorte que la force de l’un neutralisant celle des autres, les différents pouvoirs s’équilibrent, aucun ne domine, et le système politique se maintienne longtemps en parfait équilibre, comme un navire qui vainc la force d’un courant contraire » (Histoire romaine, VI, 10).

La théorie polybienne des régimes engendre une méditation sur le devenir politique dont le fruit est la fameuse constitution composée pour une part de monarchie, pour une autre d’aristocratie, et pour une dernière part de démocratie. Si bien que la détermination historique de l’argumentation des régimes s’exprime finalement, dans un esprit que n’aurait sans doute pas renié Platon, par une formule politique capable de conjurer le risque de déstabilisation inhérent à la nature même du devenir.

 

b.      Ici, se décèlent à la fois l’ambition et une forme d’ambiguïté typique du discours philosophique classique sur la politique : il s’agit moins de penser l’histoire des sociétés réelles que de l’orienter en fonction de certaines valeurs.

                                                              i.      Le philosophe n’est pas un historien, qui serait mû, selon l’impératif rankien (Leopold von Ranke), par la volonté de dire les choses « telles qu’elles se sont passées » ; il s’agit de déterminer l’histoire des hommes en fonction de valeurs reconnues comme supérieures par la réflexion argumentée.

                                                            ii.      Quelles valeurs déterminent précisément la représentation historique des philosophes, telles qu’elles transparaissent dans l’emploi des la théorie des régimes par la philosophie classique ? Ces valeurs semblent être d’une part l’harmonie interne aux cités ou concorde, de l’autre la stabilité dans la relation entre les cités. Dans les deux cas, il s’agit de penser la condition politique en fonction du postulat de la supériorité de l’ordre sur le désordre. Par le biais de cette analyse, la philosophie politique classique apparaît comme la tentative de stabiliser l’élément hautement instable qu’est l’histoire des hommes, peut-être jusqu’au point d’en nier la particularité. Ainsi envisagée, la théorie des régimes représente probablement la pointe la plus avancée d’une certaine logique philosophique tendant à conjurer la dimension de risque propre à l’histoire.

 

c.       Paradoxalement, une telle détermination n’interdit nullement aux doctrines qui ont considéré l’histoire dans son irréductibilité d’avoir accepté en partie l’argumentation de la théorie des régimes ; mais c’est alors pour dépasser le caractère cyclique de l’histoire et abdiquer toute prétention à constituer une histoire pensée à l’aune de la nécessité philosophique. On peut ici en donner deux exemples privilégiés :

                                                              i.      Machiavel, dans les Discours sur la première décade de Tite-Live (I, 2) discute l’analyse polybienne, et il semble en reprendre l’esprit à son compte. Toutefois, la méditation du Florentin sur le devenir de Rome inclut la dimension fondamentale de l’aléa (« accidenti » et « mutazioni » dominent le cours des choses), et conduit à reconnaître le rôle de la fortune dans l’histoire mouvementée des associations politiques. Par suite, la considération de l’anacyclôsis polybienne conduit paradoxalement le Florentin à souligner le caractère radicalement contingent du geste politique dans l’histoire – fondamentalement contraire à la stabilisation philosophique, à cette stabilisation du réel que promet la philosophie politique depuis son origine platonicienne.

                                                            ii.      De son côté, Montesquieu paraît constituer une théorie des régimes lorsque, dans De l’esprit des lois (en particulier dans le livre III), il établit que les régimes humains se résument à (1) la monarchie/aristocratie, (2) la république/démocratie, (3) le despotisme. En réalité, le despotisme n’est pas un régime, mais la dégénérescence possible de tout régime, et l’auteur bordelais tend à indiquer la supériorité de « la constitution d’Angleterre (XI, 6) sur les autres formes. L’histoire n’obéit pas un cycle, et toute théorisation des régimes est marquée du sceau d’une forme d’incomplétude, puisque des formes sociales nouvelles et paradigmatiques se dégagent de la modernité.

 

Transition : Les doctrines « historiquement réalistes » de la modernité (à commencer par celle de Machiavel et de Montesquieu), même lorsqu’elles reprennent à leur compte la théorie classique des régimes, semblent donc dominées par une autre considération, une considération dont on peut affirmer qu’elle réoriente l’emploi qui est fait de l’argumentation typique de la théorie des régimes. Il paraît donc nécessaire de se pencher sur la version moderne de cette théorie.

 

3.      Dans la modernité, quelle est la pertinence d’une théorie des régimes ?

 

a.       L’utilité de la théorie des régimes a été remise en question par ce qu’on doit considérer comme un des plus « grands chantiers » de la modernité : l’émergence d’une problématique de la souveraineté :

                                                              i.      A l’issue de la rupture machiavélienne, la philosophie a pris acte (au prix certes de grandes difficultés) de la nécessité de penser la « vérité effective » de la politique. Les grandes doctrines de philosophie politique intègrent de ce fait dans le projet d’une mise en ordre du monde l’élément le plus instable de l’histoire, et jusque là conjuré : les passions.

                                                            ii.      Une telle évolution est sensible dans les œuvres de Bodin et de Hobbes, deux moments fondateurs, qui l’une et l’autre entreprennent explicitement de dépasser la théorie des régimes au profit d’une théorie de la souveraineté.

 

b.      Le moment hobbésien est encore significatif de la volonté de penser à même l’immanence des situations humaines.

                                                              i.      L’état de nature hobbésien ouvre la voie vers la considération d’un ordre spontané des relations humaines. A ce titre, Hobbes est l’instigateur du libéralisme.

                                                            ii.      Cependant, cette idée d’un ordre spontané des relations humaines induit certaines conséquences importantes quant à la possibilité même de la philosophie politique : les sociétés humaines adoptent des régimes sur lesquels la pensée n’a pas de pouvoir d’orientation. La volonté philosophique de faire l’histoire cède devant le réalisme historique des modernes.

                                                          iii.      Dans les termes de Leo Strauss, cette prise en compte de l’effectivité historique transforme la philosophie moderne en discours historiciste et par suite en idéologie (voir « La philosophie politique et l’histoire », dans Qu’est-ce que la philosophie politique ?).

 

c.       La critique straussienne de la philosophie politique dans la modernité jette un aperçu décisif sur cette période historique qui est encore largement la nôtre. L’émergence puis l’affirmation irrésistible de la démocratie dans la modernité rendent-elles caduques l’argumentation de la théorie des régimes ?

                                                              i.      Le régime des modernes : le gouvernement représentatif et la constitution libérale, conjoints pour diriger la société des égaux.

                                                            ii.      Comment penser le rapport entre l’émergence ou l’affirmation de la démocratie, et la théorie des régimes ? Peut-on penser l’une et l’autre en fonction de la théorie des régimes. En d’autres termes, ce régime a-t-il été voulu par les philosophes ? Et s’est-il imposé comme le meilleur des régimes ? Oui et non.

1.      La démocratie est incontestablement le régime appelé par la philosophie des Lumières. Celle-ci cherche à coordonner la souveraineté populaire et la liberté individuelle. La démocratie moderne, parce qu’elle paraît capable de souscrire à de telles contraintes, est bien le meilleur régime possible.

2.      Cependant, d’autres facteurs interviennent dans l’apparition et dans le développement de ce régime, et ils échappent en grande partie aux pouvoirs de la philosophie, argumentation rationnelle sur le meilleur régime.

3.      Dans le même temps, il faut considérer que la démocratie affronte un type de problème typiquement issu de la modernité, à savoir celui des limites qu’il est nécessaire d’imposer à la souveraineté. Dans les termes employés par Harvey Mansfield, elle est le régime qui a tenté de « domestiquer le pouvoir exécutif » (Le Prince apprivoisé). A ce titre, ce régime est tout de même le fruit d’un effort continué de la philosophie politique, et les interrogations qu’il recèle encore proviennent de son insertion dans le cours d’une série sensée qui se confond avec le devenir du questionnement philosophique.

 

Conclusion :

-          La notion de démocratie n’est pas homogène ; elle désigne un type de régime « à l’anglaise », mais représente également un idéal d’équité et de liberté. En vertu de cette ambiguïté, il convient de dissiper l’illusion selon laquelle l’histoire moderne serait apaisée, ayant vu un régime clairement défini s’imposer à tous les autres. Par exemple, la démocratie radicale – sur la base d’une hostilité à la représentation – conteste la démocratie libérale.

-          Une forme de théorie des régimes revient donc sur le devant de la scène intellectuelle, et elle est sous-tendue par la même teneur en conflictualité que dans les époques précédentes : le rapport entre les versions antagonistes de la démocratie (la libérale et la radicale) est le même que celui que prenaient les relations entre démocratie et aristocratie dans l’Antiquité, il s’agit d’un rapport de lutte exacerbée, dont la compréhension tourne autour de l’idée de révolution ou de progrès historique.

-          Dans ces conditions, retrouver aujourd’hui l’esprit de la théorie des régimes, cela reviendrait sans doute à remettre en question une certaine forme de philosophie de la politique, une forme qui tend à toutes forces à ordonner et à stabiliser le réel (et à en conjurer l’élément typiquement politique ?) ainsi qu’un auteur tel que Jacques Rancière le souligne dans ses ouvrages (voir par exemple La haine de la démocratie).

 

 

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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 09:54



Une conférence sur la démocratie représentative donnée dans le cadre de « l’Université de Tous les Savoirs – au Lycée », Lycée François Truffaut, Bondoufle, le 25 mars 2009 :

 

http://www.canal-u.tv/producteurs/universite_de_tous_les_savoirs_au_lycee/dossier_programmes/utls_au_lycee_2009/la_democratie_representative_thierry_menissier




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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 21:02
 

Saint-Martin d’Uriage, Centre culturel Le Belvédère

« L’instant philo »

Jeudi 26 mars 2009, 20 heures


La science irresponsable ?

Atouts et menaces du progrès scientifique

Thierry Ménissier


Lors de cette troisième soirée de rencontre-débat philosophique, notre réflexion portera sur la valeur de la science dans la société contemporaine. Il s'agira d'abord de définir la connaissance scientifique et de préciser ce qu'on entend par « esprit scientifique ». Ensuite, on établira brièvement un « état de lieux » des avancées récentes de la science.

Ces préliminaires permettront de jauger si cette dernière, traditionnellement liée depuis l'essor de la modernité, à un discours de réassurance, n'est pas devenue inquiétante – et si c'est exact, nous chercherons à savoir sur quoi porte cette inquiétude.

De plus, une telle ambiguïté est-elle due aux succès de la science ou à ses échecs ? Et est-ce la science qu'il faut tenir pour responsable de la montée de certains périls, ou bien l'usage qui en est fait, notamment politique ?

Notre attention se portera en particulier sur les domaines de la production d'énergie, du perfectionnement des armements et de la connaissance biologique. Faut-il par exemple borner par une déontologie spéciale le mouvement de l'expérimentation sur le vivant, à présent que le génome s'ouvre littéralement au regard des savants ? Et quel usage général faire du fameux « principe de précaution » ?

Grâce à ce type d'approche, on examinera les fonctions que la science assume dans nos existences et dans la société, et l'on cherchera à préciser ce qu'on peut exactement attendre de ce mot magique : le progrès.


Pour se rendre au Belvédère, voir les informations sur le programme du centre culturel, consultable en ligne au lien :

http://www.uriage-les-bains.com/tourisme/doc/Prog_Belvedere.pdf

(L’information concernant précise concernant « L’instant philo » se trouve à la page 8 de ce document).

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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 20:59



ACCESSIBLE A CE LIEN LE PROGRAMME DU BEAU COLLOQUE GRENOBLOIS SUR

LE TRICENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE VAUCANSON :


http://vaucanson2009.fr/

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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 13:09
 



Une conférence sur la citoyenneté européenne, donnée dans le cadre de l'Université de Tous les Savoirs – au Lycée, Avignon, 10 mars 2009, accessible sur Canal U :



http://www.canalu.tv/producteurs/universite_de_tous_les_savoirs_au_lycee/dossier_programmes/utls_au_lycee_2009/la_citoyennete_europeenne_thierry_menissier


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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 04:44

La société alpine de philosophie consacre son SEMINAIRE D'HIVER au thème « LE TRAGIQUE ».



Le samedi 28 février 2009

de 13h30 à 17h30, à l'Hexagone-scène nationale de Meylan.



Deux conférences invitées seront suivies d'une mise en perspective des thématiques abordées, puis d'un débat général entre les participants au séminaire.


Participation aux frais : 10 euros ou 5 euros pour les adhérents

(entrée libre pour les chômeurs, étudiants et moins de 18 ans).


La société alpine de philosophie est une association loi de 1901 dédiée à la diffusion et à la pratique du savoir philosophique, traditionnellement liée au Département de philosophie de l'UPMF.



Présentation du séminaire :

En écho aux spectacles* Le soleil, ni la mort ne peuvent se regarder en face, Macbeth, Sous les visages, Le Bruit des os qui craquent ou encore La Douleur, une après-midi d’échange et de réflexion philosophique est organisée autour de la notion de Tragique. Il s’agira de réfléchir ensemble à la valeur et à la pertinence contemporaine de cette notion pour éclairer notre époque dans ses dimensions intellectuelle, morale, politique et spirituelle.

(*) spectacles présentés cette saison à l'Hexagone


Cette notion de tragique a été inventée par les anciens Grecs et Latins dans le cadre d'une méditation sur la condition humaine ; elle visait notamment à caractériser la nature et les limites de la liberté. Il faut regarder le héros tragique comme un être voué à faire l'épreuve risquée du dépassement de la condition humaine, dans un univers qui porte la trace des dieux. Selon Aristote, ce spectacle terrible visait à provoquer une réaction nommée « catharsis », faite d'identification et d'effroi, à l'issue de laquelle la vie ordinaire reprend son cours dans ses limites, perçues et mieux comprises par les spectateurs. A notre époque, plusieurs auteurs ont affirmé que l'histoire contemporaine était devenue tragique. Quelle est la pertinence du type dramatique de la tragédie pour saisir les contradictions de notre temps ? Et s'il faut considérer le tragique comme une « forme mentale », quelle est sa fécondité pour l'appréhension des tourments de notre histoire contemporaine ?


Intervenants :

- Géraldine Bénichou, metteuse en scène. Après des études de philosophie, elle fonde à Lyon en 1996 le Théâtre du Grabuge. En 2003, elle intègre l’Unité Nomade de Formation à la Mise en scène du Conservatoire de Paris. À la recherche d’un théâtre à la fois épique et intime où se tisse chant, musique et texte, elle développe son travail hors des théâtres avec la création de «Passerelles». À partir de témoignages glanés lors de ces rencontres, Géraldine Bénichou explore « un théâtre de création documentaire ». Elle a présenté à l’Hexagone Scène nationale Antigone et Anna et ses sœurs

- Thierry Ménissier, agrégé de philosophie après des études de philosophie à la Sorbonne et docteur de l'Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales en « études politiques ». Il est maître de conférences de philosophie politique et habilité à diriger des recherches en science politique à l'Université Pierre Mendès France – Grenoble 2. Il préside depuis 2005 la Société Alpine de Philosophie. Spécialiste de Machiavel, ses recherches actuelles portent sur les formes de légitimité collective et sur les concepts normatifs nécessaires pour une philosophie contemporaine de la démocratie.


Déroulé de l’après-midi :

13h30 > accueil

14h-15h30 > Prise de parole des intervenants

15h30-16h > pause café / thé

16h-17h30 > débat avec la salle


 

 


Contact : societealpinedephilosophie@orange.fr

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