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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 05:27

Salon philosophique : La Liberté chez Camus

Samedi 14 juin, 19 h - 22 h 30

 

 

Présentation

Ce salon philosophique interroge le thème de la liberté chez Albert Camus. Il vise à permettre aux participants de s’approprier les concepts camusiens afin, grâce à eux, de penser le monde et de se penser soi-même. La forme du "salon philosophique" renvoie à un moment de conversation privilégiée, guidée par un propos introductif et où les participants s'engagent dans un séminaire de quelques heures.

 

Albert Camus (1913-1960) a développé à partir de ses deux premiers ouvrages publiés en France la même année 1942, L’Etranger et Le Mythe de Sisyphe, une œuvre dans laquelle le constat du caractère absurde de l’existence humaine se conjugue à une réflexion sur l’engagement. Tâche philosophique très rude, car si l’existence est absurde, si rien n’a de sens, si aucune cause ne l’emporte en justification sur une autre, quel sens réel donner au mot liberté ? Sous les coups de boutoir de l’auteur de La Chute et de L’Homme révolté, il semble en effet que les notions traditionnelles de liberté comme libre-arbitre et maîtrise par l’homme de son destin, aussi bien que le concept de responsabilité, soient désormais caduques. Nous proposons lors de cette soirée de repenser les termes de ce problème à la lumière de notre situation d’aujourd’hui.

Après une introduction problématique réalisée par Caroline Angé (Maître de conférences, Université Stendhal Grenoble 3) et Thierry Ménissier (avec la complicité de Philippe Georges) et à l’issue d’un petit buffet dinatoire, des ateliers réuniront les participants autour d’extraits de texte de Camus, dans le but de dégager le sens des questions posés par la pensée de l’auteur. Enfin, on mettra en commun les acquis de la réflexion.

 

 

Un plat et/ou une boisson à partager seront les bienvenus.

Participation aux frais : 6 euros

 

Ce salon philosophique se déroule chez Martine et Philippe Georges

452 route de Saint Pancrasse

38330 Saint Nazaire les Eymes

 

Inscription préalable obligatoire (nombre de places limitées) à l'adresse :

martine-georges@wanadoo.fr

 

 

Salon philosophique : La liberté chez Camus
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Thierry Ménissier - dans Evénements
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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 03:22

Dans le cadre du séminaire "Espèces d'espaces" de la Société alpine de philosophie (6ème séance), je signale ma conférence

 

"Espace démocratique et nouvelles technologies"

 

Lundi 2 juin à 18 h

A la Maison des Association        

2, rue Berthe de Boissieux- Grenoble

 

 

Les technologies de l’expression, de l’information et de la communication changent notre rapport à l’espace. En quoi modifient-elles notre relation à la démocratie ? Si le monde qu’elles dessinent est éloigné de l’« espace public » rêvé par les Lumières (hypothèse d'ailleurs à examiner puis à discuter), comment font-elles évoluer la communauté politique ? Que signifient « citoyenneté » à l’heure des réseaux, et « liberté civique » dans les conditions de la déterritorialisation numérique ?

 

Questions sans doute plus difficiles encore mais très importantes également : dans un futur proche, comment les nouvelles conditions technologiques de la démocratie vont-elles reconfigurer l’espace vécu ? Comment contribuent-elles déjà à réorganiser les espaces de la production, de la circulation des biens, et de la construction de la puissance ?

 

J'ajoute que je vais notamment discuter cette thèse (à vrai dire assez terrifiante !) de mon ami le philosophe Robert Damien : "Nous sommes dans l'état de nature. Par la révolution informatique des écritures et de leurs transmissions, tout homme est potentiellement un émigré extravagant tant il a perdu sa patrie et ses monitions sans en fonder encore une autre nouvelle, faite de la pluralité des cultures communes et des motions d'ordre multiples qu'autorisent la maîtrise numérique des traversées." (Eloge de l'autorité. Généalogie d'une (dé)raison politique, Paris, Armand Colin, 2013, p. 30).

 

Cette conférence qui donnera toute sa place à l'espace vécu et au dialogue critique avec les participants, ne sera retransmise en temps réel sur les réseaux que si ces derniers, citoyens désormais augmentés et ubiquitaires, s'engagent dans sa propagation fragmentaire écrite - ce qui implique une forme de réflexivité qui peut rendre optimiste...

 

 

Conférence
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Thierry Ménissier - dans Evénements
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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 04:41

Je signale la publication du texte de ma conférence sur le paria chez Bernard Lazare et Hannah Arendt sur le site du Cercle Bernard Lazare - Grenoble, à l'adresse :

http://www.cbl-grenoble.org/6-cbl-grenoble-17-action-6-page-0.html

 

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 04:06

 

En préparation du séminaire de réflexion qui lui est consacré lundi 12 mai

(http://tumultieordini.over-blog.com/2014/04/seminaire-de-l-atelier-de-l-imaginaire.html),

voici un film présentant l'atelier de l'imaginaire

http://www.promising.fr/blog/2014/05/06/decouvrez-latelier-limaginaire-en-video/

 

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Thierry Ménissier - dans Evénements
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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 08:14

La notion de paria chez Bernard Lazare et Hannah Arendt

Thierry Ménissier

(Philosophie, Langages & Cognition, EA 3699, Université Grenoble Alpes)

Conférence à l’invitation du Cercle Bernard Lazare – Grenoble

 

CCJ, 6 rue Jay, Grenoble

le 14 mai 2014 à 19h30

Libre participation aux frais

http://www.cbl-grenoble.org/

 

C'est à Bernard Lazare qu'Hannah Arendt emprunte la notion de « paria ». Mon intervention vise à restituer le dialogue que la philosophe a entretenu avec le journaliste, en cherchant à répondre à ces questions : que signifie ce terme de « paria » pour les deux auteurs ? Quel sens lui donnent-ils alors qu'ils vivaient en des époques et des pays différents ? Comment conçoivent-ils le rapport entre la terre natale et l'engagement politique ?

 

Hannah Arendt (1906-1975), née d'une famille juive allemande, a été professeur de « théorie politique », selon sa propre définition, en Allemagne puis aux Etats Unis, où elle s'est réfugiée à l'époque du nazisme.

 

Bernard Lazare (1865-1903) est né à Nîmes d'une famille juive assimilée. Il est connu comme écrivain, journaliste, anarchiste, défenseur d'Alfred Dreyfus et des Juifs persécutés. Sous l'influence de Herzel, il est gagné, un temps, par l'idée sioniste.

 

Bibliographie de la conférence :

  1. Sources principales :

 

Arendt, Hannah : Rahel Varnhagen, la vie d'une juive allemande à l'époque du romantisme (1933), trad. H. Plard, Paris, Tierce, 1986

Arendt, Hannah : L’Antisémitisme, in Les Origines du totalitarisme (1951), éd. sous la dir. de P. Bouretz, Paris, Gallimard, 2002.

Arendt, Hannah : Condition de l’homme moderne (1958), La Crise de la culture (1961), Du Mensonge à la violence (1969) in L’Humaine condition, édition établie et présentée sous la direction de Ph. Raynaud, Paris, Gallimard, 2012.

Arendt, Hannah : Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal (1963),  trad. A. Guérin, in Les origines du totalitarisme, Gallimard, 2002.

Arendt, Hannah : Vies politiques, trad. É. Adda, M. Bontemps, B. Cassin, Paris, Gallimard, 1974.

Arendt, Hannah : La Tradition cachée. Le juif comme paria, trad. S. Courtine-Denamy, Paris, C. Bourgois, 1987.

Arendt, Hannah : Écrits juifs, trad. S. Courtine-Denamy (trad.). Paris, Fayard, 2011.

Lazare, Bernard : L’Antisémitisme, son histoire et ses causes (1894), Paris, Aux Editions de la Différence, 1982.

Lazare, Bernard : Le Nationalisme juif, conférence faite devant l’Association des Etudiants juifs russes, Kadimah, n°1, 1898, URL http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k81448z/f2.image.r=bernard%20lazare.langFR

Lazare, Bernard, Le Fumier de Job (1903-1928), Paris, Circé, 1990.

Weber, Max : Le Judaïsme antique. Etudes de sociologie de la religion III (1917-1919), trad. F. Raphaël, Paris, Pocket Agora, 1998.

 

  1. Sources secondaires :

 

Cedronio, Marina : Hannah Arendt, politique et histoire: la démocratie en danger, trad. M. Raiola, Paris, L’Harmattan, 1999.

Delmaire, Jean-Marie : « Bernard Lazare et le sionisme », in Oriol, Philippe (dir.) : Bernard Lazare, anarchiste et nationaliste juif, Paris, Honoré Champion, 1999, p. 151-171.

Leibovici, Martine : « Le paria chez Hannah Arendt », in Politique et pensée. Colloque Hannah Arendt, Paris, Payot, 1996, p. 223-245.

Leibovici, Martine : Hannah Arendt, une Juive. Expérience, politique et histoire, Préface Pierre Vidal-Naquet, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.

Leibovici, Martine : Hannah Arendt et la tradition juive. Le judaïsme à l’épreuve de la sécularisation, Genève : Éditions Labor et Fides 2003.

Leibovici, Martine, & Varikas, Eleni : dossier d’articles « Le paria, une figure de la modernité », revue Tumultes, n° 21-22, novembre 2003, URL http://www.cairn.info/article.php?REVUE=tumultes&ANNEE=2003&NUMERO=2&PP=5

Löwy, Michael : « Le concept de « paria conscient » chez Hannah Arendt, et le cas des intellectuels juifs d'Europe centrale », revue Loxias n°24, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html?id=2720

Oriol, Philippe : « Bernard Lazare anarchiste », in Oriol, Philippe (dir.) : Bernard Lazare, anarchiste et nationaliste juif, Paris, Honoré Champion, 1999, p. 17-101.

Varikas, Eleni : « Le fardeau de notre temps », in Caloz-Tschopp, Marie-Claire : Hannah Arendt, les sans-Etat et le « droit d'avoir des droits », Paris, L’Harmattan, 2000, Volume 1, p. 59-73.

Varikas, Eleni : Les Rebuts du monde, figures du paria, Paris, Stock, 2007.

Conférence "La notion de paria chez Bernard Lazare et Hannah Arendt"
Conférence "La notion de paria chez Bernard Lazare et Hannah Arendt"
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Thierry Ménissier - dans Evénements
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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 14:51

A venir...

 

Faire et éprouver ensemble, un nouveau paradigme de l’action collective ?

 

Séminaire de recherche de l’Atelier de l’Imaginaire

 

Un partenariat

Universités de Grenoble I, II et III

Hexagone scène nationale arts sciences Meylan

Centre d'architecture, d'urbanisme et d'environnement de l'Isère

Avec l’aide du programme Investissement d’Avenir Promising http://www.promising.fr/

 

Lundi 12 mai 2014, 9 – 18 h

 

Manifestation publique, entrée libre, réservation obligatoire : contact@promising.fr

Lieu : IAE de Grenoble, 525 avenue Centrale, Domaine Universitaire, 38400 – SAINT MARTIN-D'HERES – salle 305

 

 

Ce séminaire de recherche transversal questionne le faire et éprouver ensemble comme un nouveau paradigme possible. Il se fonde sur l’expérience de l’Atelier de l’imaginaire : http://theatre-hexagone.eu/latelier-de-limaginaire/.  

 

Développé depuis deux ans par un collectif d’acteurs culturels et territoriaux et d’universitaires grenoblois, cet atelier de formation et de recherche-action s’est penché sur les thèmes suivants : territoire, aménagement et créativité, imaginaire ou représentations, action collective et prise de décision, circuit-court et rencontre – dans une posture de néo-situationnisme : entre protocole et fabrique des imaginaires, nous avons tenté de créer du sens par la situation.

 

L’hybridation, rencontre, échange, croisement fécond ou « nourriture croisée » des discours, des outils et des lieux pourrait incarner le positionnement de ce collectif.

 

Il s’agit avec ce séminaire d’interroger la pertinence et les limites de la fabrication de situations, d’événements et d’expériences comme nouvelle forme de l’action collective. Les points de vue des universitaires, des artistes et des responsables d’organisation (publiques et privées) sont sollicités par cet appel à propositions d’intervention.

 

Déroulement :

Matin : intervention des acteurs de l’Atelier de l’imaginaire (enseignants-chercheurs, acteurs culturels et territoriaux)

 

8 h 30 : accueil

8 h 45 – 9 h : projection du film sur l’Atelier de l’imaginaire

 

9 h – 9 h 40 : présentation n°1 : Fabienne Martin-Juchat, anthropologue du mouvement et professeur de sciences de la communication, responsable du master Recherche médiation art culture, option info-com, Institut de la Communication et des Médias et Laboratoire GRESEC – Université Stendhal Grenoble 3 :

Vertiges de l’improvisation

 

9 h 40 – 10 h 20 : présentation n°2 : Antoine Conjard, Directeur de l’Hexagone, Scène Nationale Arts Sciences, Meylan.

Renouveler et inventer une action culturelle pour le 21eme siècle…

 

Pause-café

 

10 h 30 – 11 h 10 : présentation n°3 : Luc Gwiazdzinski,  géographe, Maître de conférences, Institut de Géographie Alpine, laboratoire Pacte (UMR CNRS-IEP-UJF-UPMF), associé au MOTU (Milan) et responsable du Master Innovation et Territoires, Université Joseph Fourier – Grenoble 1 :

La fabrique de situations, d’expériences et d’événements. Nouveaux protocoles, agencements, scènes, territoires, rythmes et rites pour l’action collective contemporaine

 

11 h 10 – 11 h 50 : présentation n°4 : Thierry Ménissier, philosophe, professeur de philosophie à Grenoble Institut de l’Innovation – IAE de Grenoble et Equipe de recherche Philosophie, Langages & Cognition, responsable du Master Management Innovation Technologie, Université Pierre Mendès France – Grenoble 2 :

Trois versions de l’imaginaire politique

 

11 h 50 – 12 h 30 : présentation n°5 : Serge Gros, Directeur du Conseil en Architecture Urbanisme et Environnement,

Inventer de nouveaux protocoles d'échanges pour refonder les projets d’aménagement

 

Déjeuner sur le campus : (lieu à préciser)

 

Après-midi : intervention d’invités extérieurs et discussions d’approfondissement

 

14 h 30 – 16 h : intervention de Geneviève Fraisse

 

Dérégler plutôt que troubler la représentation

 

Geneviève Fraisse est philosophe et historienne de la pensée féministe, directrice de recherche au CNRS ; elle a été déléguée interministérielle aux droits des femmes de 1997 à 1998 et députée au parlement européen de 1999 à 2004. Elle est notamment auteure de Les Deux gouvernements : la famille et la Cité, Folio Gallimard, 2000 ; Le Mélange des sexes, Gallimard jeunesse, 2006 ; Du consentement, Le Seuil, 2007 ; Le Privilège de Simone de Beauvoir, Actes Sud, 2008 ; L’Europe des idées suivi de Touriste en Démocratie. Chronique d'une Élue du Parlement Européen 1999-2004, (avec Christine Guedj), L’Harmattan/France culture, 2008 ; Service ou servitude, essai sur les femmes toutes mains, Le Bord de l'eau, 2009 ; À côté du genre. Sexe et philosophie de l'égalité, Le Bord de l'eau, 2010 ; La fabrique du féminisme, Textes et entretiens, le passager clandestin, 2012.

 

16 h – 17 h 00 : Table ronde : regards croisés et résonnances :

 

  • Jacques de Bussy, consultant en stratégie, fondateur du cabinet  " les développeurs associés"

En quelques mots : « Engagé depuis 30 ans dans une posture de consultant, aux côtés d’entreprises et de collectivités de toutes tailles, acteur du socio-économique en tant
créateur ou dirigeant d’entreprises "conventionnelles" comme de structures non
marchandes, l’occasion m’ a été donnée d’expérimenter, mettre en œuvre, d’évaluer ou d’observer de nombreuses situations de changement. Entre passages en force façon rugby, démarches sophistiquées et subtiles ou immobilisme délibéré, chacun des stratèges revendique une bonne connaissance de l’objet à changer, du contexte dans lequel baigne l’objet et une maitrise des processus de changement. La réflexion précédant l’action, c’est là que le consultant dont j’exerce la fonction intervient pour concevoir et caler le dispositif puis accompagner sa mise en œuvre. Imaginer les possibles : une demande rarement au cœur des préoccupations, on lui préfère le transfert et la reproduction du connu qui « a fait ses preuves ». Imaginer reste une pratique délicate, combinant 3 à 4 aptitudes pas toujours prises en compte en milieux académique ou professionnel : compréhension plutôt que savoir, altruisme plutôt qu’empathie, présence plutôt que rêverie, confiance plutôt que craintes et crispations….autant d’occasions de tensions avec nos égos fortement demandeurs de continuité, désireux de reproduire le connu. L’imaginaire, un possible découlant de  la non saisie ? ».

 

  • Chrystel Plenet,  fondatrice et gérante d’E. T. Ergonomie (Vaugneray, 69), cabinet de conseil en ergonomie,

En quelques mots : « Suite à l'obtention de mon diplôme de Psychologue du travail en 1989 à l'Université Lyon II, je m'engage auprès d'une entreprise pour concevoir et animer des projets de formation professionnelle autour des questions de ressources humaines. En parallèle, je poursuis ma formation en Ergonomie au CNAM. En janvier 1992, convaincue de l'apport de l'ergonomie dans les projets d'entreprises, je créée une activité de conseil en ergonomie. Aujourd'hui, E.T.ERGONOMIE s'est développée et j'anime une équipe 15 personnes, dont 14 ergonomes de formations diverses (HSE, médicale, biomécanique, physiologie, droit du travail et psychologie). Nos clients du secteur privé ou public (activités et tailles diverses) nous sollicitent sur le champ de la prévention de risques professionnels (santé et sécurité au travail), du maintien dans l'emploi de salariés fragilisés (séniors, travailleurs handicapés) et des facteurs humains et organisationnels dans des environnements spécifiques à haut risque (sûreté chimique ou nucléaire) ».

 

En quelques mots : « De 1999 à 2007 je tisse mon parcours au sein de l'ANPE, la Mission locale de Nantes Métropole et Unis-cité qui œuvre pour une citoyenneté active auprès des jeunes. Depuis 2005 je suis engagé dans la pratique et la sphère culturelle du Contact-improvisation, pratique de danse que je vis comme une exploration sociale du mouvement dansé et du corps touchant. Invité à « me laisser porter par ce qui me touche »,  je me forme et déforme au contact de nombreux danseurs croisés un peu partout en France et en Espagne au cours de festivals et de rencontres d'enseignants. En 2009, entendre le philosophe essayiste altermondialiste Patrick Viveret affine radicalement mon regard politique sur le Contact-Improvisation. Aux nourritures sensibles de la danse, j'incorpore d'autres aliments comme le forum des Dialogues en Humanité à Lyon, le Mouvement des Colibris ou encore le collectif Richesses. Je m'investis aujourd'hui au sein de l'Université du Nous, association qui – en quelques mots – peut se présenter comme un laboratoire citoyen d'expérimentation, de transmission et d'accompagnement tourné vers  « l'être et de l'agir ensemble ». Invitation à l'expérience délicate de l'intelligence collective, l'Université du Nous ouvre des espaces qui questionnent notre culture de l'agir ensemble, nos relations au pouvoir, à la richesse. »

 

  • 17 h – 17 h 30 : débats conclusifs
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Thierry Ménissier - dans Evénements
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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 12:02

Comment penser le changement social ? Ce texte fut écrit à une époque de bouleversements différente de la nôtre, et il est énoncé dans un type de discours particulier et désuet, avec des raisons culturellement situées dans le catholicisme, mais il manifeste une conscience impressionnante des conséquences du changement et assume paradoxalement l'exigence révolutionnaire :

 

"A mesure que l’instruction descend dans [l]es classes inférieures, celles-ci découvrent la plaie secrète qui ronge l’ordre social irréligieux. La trop grande disproportion des conditions et des fortunes a pu se supporter tant qu’elle a été cachée ; mais aussitôt que cette disproportion a été généralement aperçue, le coup mortel a été porté. Recomposez, si vous le pouvez, les fictions aristocratiques ; essayez de persuader au pauvre, lorsqu’il saura bien lire et ne croira plus, lorsqu’il possèdera la même instruction que vous, essayez de lui persuader qu’il doit se soumettre à toutes les privations, tandis que son voisin possède mille fois le superflu : pour dernière ressource, il vous le faudra tuer.

           

Quand la vapeur sera perfectionnée, quand, unie au télégraphe et aux chemins de fer, elle aura fait disparaître les distances, ce ne seront plus seulement les marchandises qui voyageront, mais encore les idées rendues à l’usage de leurs ailes. Quand les barrières fiscales et commerciales auront été abolies entre les divers Etats, comme elles le sont déjà entre les provinces d’un même Etat ; quand les différents pays en relations journalières tendront à l’unité des peuples, comment ressusciterez-vous l’ancien mode de séparation ?

           

La société, d’un autre côté, n’est pas moins menacée par l’expansion de l’intelligence qu’elle ne l’est pas le développement de la nature brute ; supposez les bras condamnés au repos en raison de la multiplicité et de la variété des machines ; admettez qu’un mercenaire unique et général, la matière, remplace les mercenaires de la glèbe et de la domesticité : que ferez-vous du genre humain désoccupé ? Que ferez-vous des passions oisives en même temps que l’intelligence ? La vigueur des corps s’entretient par l’occupation physique ; le labeur cessant, la force disparaît ; nous deviendrions semblables à ces nations de l’Asie, proie du premier envahisseur, et qui ne se peuvent défendre contre une main qui porte le fer. Ainsi, la liberté ne se conserve que par le travail, parce que le travail produit la force : retirez la malédiction prononcée contre les fils d’Adam : In sudore vultus tui, vesceris pane [« A la sueur de ton visage, tu te nourriras de pain », Genèse, III, 19]. La malédiction divine entre donc dans le mystère de notre sort ; l’homme est moins l’esclave de ses sueurs que de ses pensées : voilà comme, après avoir fait le tour de la société, après avoir passé par les diverses civilisations, après avoir supposé des perfectionnements inconnus, on retrouve au point de départ en présence des vérités de l’écriture."

 

 

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe (1848-50),

IV, Livre XLIV, ch. 3

 

Le dynamisme paradoxal du penseur conservateur
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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 20:17

 

« […] À compter de ce jour jusqu'à la fin du monde,

Sans que de nous on se souvienne,

De nous, cette poignée,

cette heureuse poignée d'hommes cette bande de frères.

Car quiconque aujourd'hui verse son sang avec moi,

Sera mon frère; si humble qu'il soit,

Ce jour anoblira sa condition.

Et les gentilshommes anglais aujourd'hui dans leur lit,

Se tiendront pour maudits de ne pas s'être trouvés ici,

Et compteront leur courage pour rien quand parlera,

Quiconque aura combattu avec nous le jour de la Saint Crépin. »

 

Shakespeare, Henry V,

Harangue du roi d’Angleterre avant la bataille d’Azincourt.

(défaite de l’équipe de France en 1415 par 6 000 à 13)*

 

Samedi 4 janvier 2013, le XV du FCG est allé chercher la victoire sur la pelouse du champion d’Europe, chez l’autre grand du rugby du Sud-Est, le RC Toulon. Bel exploit, fondé sur un exploit personnel de cet ailier fidjien, Alipate Ratini, lequel s’était déjà mis en valeur la semaine passée par son essai décisif en fin de partie contre Castres.

 

Ce match d’une belle intensité s’est dénoué, grâce à l’aide involontaire de l’arbitre Laurent Cardona, par un improbable coup de théâtre en faveur d’une équipe qui aurait très bien pu perdre**. Ce n’est pas cela qui retient aujourd’hui mon attention, mais ce qui s’est passé à la mi-temps de ce match. Que s’est-il passé à ce moment-là ? Précisément, personne n’en sait rien, à part les acteurs les plus directs de la partie : les joueurs et les staffs.

 

A la pause, les deux équipes rentrent au vestiaire avec quelques points d’écart en faveur de Grenoble (12 à 9). Ce score n’est pas immérité, tant les Grenoblois se sont montrés vaillants et rigoureux pour contrer une des plus puissantes machines à jouer du Top 14. Dans le rugby d’aujourd’hui, les joueurs rentrent au vestiaire, on arrête le jeu 15 mn, et malgré ce repos tout le monde se disait que la seconde moitié du match s’annonçait corsée pour Grenoble.

 

Il faut admettre l'hypothèse que ce moment secret, soustrait à la pulsion scopique des voyeurs médiatiques, a représenté un événement à part entière du match, et qu’il doit être compris dans l’intensité dramatique de la partie. Car il a évidemment décidé de la suite. Il était d'ailleurs tentant de se mettre quelques secondes à la place du manager grenoblois Fabrice Landreau, en se demandant ce qu’il pouvait bien dire à ses joueurs à cet instant précis.

 

Justement, comment gérer ce moment ? Le problème qu’a dû traiter Landreau lors de la mi-temps se ramène à une question simple : comment parler à des hommes qui vont devoir affronter pendant 40 mn des adversaires rudes, vexés et déterminés à les écraser, sur un terrain lourd et dans un stade hostile ? Si le rugby demeure toujours un jeu, il arrive assez souvent, en tant que sport collectif de combat, qu’il ne soit pas une partie de plaisir. Quand, à la défaite probable, s’ajoute la perspective de prendre des coups qui font mal, quand surgit l’éventualité des duels perdus aux yeux de tous, on peut légitimement craindre la possibilité de l’humiliation. Et de plus, il faut avoir vu, éprouvé, ressenti ce que signifie l’ambiance du Stade Mayol en furie pour s’imaginer ce que je veux dire : rien que comme spectateur, ça fait drôle, alors se trouver sur le pré...Bien des équipes, qui avaient d’autres prétentions que le FCG, en sont reparties non seulement la musette pleine, mais aussi le moral en berne.

 

Or, Landreau, interviewé par Canal + à l’issue de la victoire du FCG, a eu ces paroles stupéfiantes :

“Ça représente quoi cette victoire ?”

- “Tout à l’heure lorsqu’on a fait la prière, on s’était dit qu’il fallait croire en nos rêves et qu’on pouvait battre toutes les équipes, et qu’aujourd’hui ce théâtre magnifique de Toulon pouvait être une superbe pièce et qu’il ne fallait pas que ça se finisse en tragédie pour nous. Ce match il fallait qu’il finisse en apothéose et qu’il n’y a rien qui pouvait nous retenir aujourd’hui, si ce n’est notre collectif, notre énergie. Et on a réussi mais sur un coup du sort. Voilà.”

 

Mayol, ce magnifique théâtre (bel hommage !), pouvait être le cadre d’une superbe pièce, et il fallait continuer à s’accrocher pour ce que ne soit pas une tragédie, mais, en quelque sorte, un drame héroïque. Tel était le sens de l’effort à produire ensemble. Simple et hyper efficace. Aucune violence dans le propos, aucun stress déplacé, une position de parole maîtrisée et élégante. Et ça a marché. Balloté à certains moments, le FCG ne s’est jamais fait marcher dessus. La justesse du propos de Landreau a fourni aux joueurs grenoblois l’assise psychologique nécessaire pour ne pas renoncer durant les 40 minutes.

 

On ne sait pas ce que, de son côté, Bernard Laporte a dit à ses troupes durant la pause. On peut l’imaginer en s’appuyant sur une illustration fameuse de sa manière propre, celle dont atteste la vidéo de la mi-temps de France-Italie de 2002, lorsque le grand public a découvert le style du « Kaiser », alias « Bernie le dingue » :

http://www.youtube.com/watch?v=MP_D7gRVGH4

 

Samedi, le colérique Laporte, ce moderne Caligula (« Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent »), a perdu son match contre le poète Landreau. Machiavel se demandait dans le chapitre XVII du Prince s’il est plus efficace pour un leader de se faire aimer ou de se faire craindre. La victoire du FCG suggère que, dans l’art de la parole intermédiaire de la mi-temps rugbystique, la question n’est pas tranchée.

 

Ou peut-être que samedi, avec le coup de théâtre du dénouement, les dieux du rugby ont décidé d’accorder la victoire au propos le plus sobre et esthétiquement le plus juste.

 

 

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Azincourt#Bilan

** http://www.lerugbynistere.fr/videos/resume-video-l-exploit-fc-grenoble-tomber-rct-stade-mayol-0501141143.php

 

Fabrice Landreau parmi ses hommes

Fabrice Landreau parmi ses hommes

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Thierry Ménissier - dans Planète ovale
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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 13:08

Dans ce billet, je voudrais tout à la fois remercier un joueur, célébrer une action et souligner un point du jeu qui me paraît important.

Dimanche dernier, nous étions dans un Stade des Alpes presque plein pour assister à la rencontre entre le FCG et Castres, le champion de France en titre, dans le cadre des matches retour du Top 14. A Grenoble, affronter Castres recouvre toujours un enjeu particulier, car il y a et il y aura sans doute à jamais le lourd passif de la "finale volée" de 1993. D'ordinaire, donc, les Grenoblois y mettent toute leur énergie, et plus encore. La partie de dimanche n'a pas échappé pas à cette règle, chaque camp jouait les coups à fond et cherchait le KO de l'adversaire. L'action dont je veux parler se passe à la 73ème minute, à la fin de ce résumé...

http://www.lnr.fr/video-grenoble-castres-20-16-j15-saison-2013-2014,3605.html

Il reste donc 7 mn à jouer, Grenoble affiche 9 points de retard, Castres gère parfaitement le match, et l'on commence à s'inquiéter très sérieusement au Stade des Alpes car si le FCG n'a pas encore perdu de la saison à domicile, pour cette dernière partie de 2013 les choses font plus que se profiler...mon fils est nerveux à mes côtés et moi pas moins, bref, on se dit que c'est presque fichu.

Mais voilà une touche enfin gagnée normalement par le FCG...une des seules du match : je crois que dimanche le FCG a perdu 11 de ses 13 lancers - 11 sur 13, c'est surréaliste à ce niveau ! - tant la touche défensive de Castres est remarquable. Sur ce qu'on a vu dimanche, le système organisé autour du flanker Yannick Caballero n'a que peu d'équivalent en France (excepté celui autour de Pierre Rabadan au Stade Français ?), ou bien...la bûche glacée est plus lourde à digérer dans les Alpes qu'ailleurs !

 

Aussitôt ça joue sur la droite et un regroupement plus tard, le n°9 Valentin Courrent perçoit l'appel de balle "même sens" de son ouvreur Blair Stewart. A peine servi, Stewart part en travers et incurve sa trajectoire pleine droite car, situé presque déjà dans son dos, son premier centre Nigel Hunt a appelé à la passe croisée. C'est l'instant précis où tout bascule : leurs adversaires directs, le 10 et le 12 d'en face, Talès et Baï, commentent alors une erreur fatale car ils suivent des yeux la course du 12 grenoblois et non celle de Blair qui est juste devant eux (le ralenti le montre bien : ils ont le visage complètement orientés vers leur droite).

Alors Stewart sent le coup à jouer : puisque la porte s'entr'ouvre entre son vis-à-vis et le premier centre castrais, il accélère dans l'intervalle en redressant sa course, c'est magnifiquement fait, il a traversé le premier rideau et fonce déjà vers Palis l'arrière de Castres. Bien placé sur son aile droite, son partenaire Alipate Ratini, un élégant Fidjien nouveau venu dans l'effectif, fait l'effort et se porte à sa hauteur à une quinzaine de m de lui le long de la touche. Alors tout à coup on a l'impression qu'il se fait dans le stade un silence stupéfiant, en tout cas les 19 000 spectateurs du Stade des Alpes retiennent leur souffle...Blair réussit à fixer l'arrière dans le temps juste et délivre une longue passe vers sa droite...moment de suspension incroyablement aérien, on jurerait que le ballon ne va jamais arriver ! Mais la passe, effectuée en pleine course et parfaitement adressée, trouve enfin son receveur, et le 14 grenoblois efface son vis-à-vis en accélérant (deuxième erreur fatale, Garvey rate son plaquage et mord la pelouse), 20 m de course du Fidjien et essai ! Le stade explose d'un formidable rugissement, comme un gros animal en transe. Victoire ! On se tombe dans les bras, on s'embrasse, on fraternise avec les voisins de place !

Quelle action foudroyante, pleine de dynamisme, gracieuse, collective, parfaitement maîtrisée dans chacun de leurs gestes par le 9, le 10, le 12 (pas d'essai sans la feinte de croisée, et donc pas d'essai sans l'appel de balle et la course parfaite de Nigel Hunt dans le dos de Blair Stewart), et enfin le 14.

 

Je veux remercier Blair Stewart du cadeau que, par son talent et son engagement, il a fait à tous les spectateurs du match, et particulièrement aux enfants qui apprennent la pratique du sport-roi.

Je tiens à souligner la grande qualité d'une action dans laquelle, et ce point me paraît capital pour l'esprit du rugby, le jeu sans ballon des acteurs (le 12 et le 14) a très intelligemment sous-tendu le maniement direct du ballon par le 10. La gestion parfaite de l'espace-temps rugbystique est fonction de la capacité des uns et autres à jouer avec ou sans ballon.

Et dans ce trait particulier du jeu, je décèle la nature "politique" aussi bien que la pertinence anthropologique du jeu de rugby. Ce n'est en effet pas le moindre paradoxe de ce jeu inventé par des Anglais doublement suspects d'être individualistes car à la fois aristocrates et férus de libéralisme : l'action apparemment individuelle n'est jamais autre chose qu'une action collective invisible. Et la justesse d'une situation sociale repose sur la profondeur de la relation humaine où chacun, même s'il demeure dans l'ombre, est conscient de jouer un rôle fondamental.

 

A tous les lecteurs de cette chronique, je souhaite une année pleine de rebonds favorables !

Blair Stewart grille la politesse à Seremaia Baï / Alipate Ratini fonce vers l'en-butBlair Stewart grille la politesse à Seremaia Baï / Alipate Ratini fonce vers l'en-but

Blair Stewart grille la politesse à Seremaia Baï / Alipate Ratini fonce vers l'en-but

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Thierry Ménissier - dans Planète ovale
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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 06:16

Université Pierre Mendès France – Grenoble 2 / UFR Sciences Humaines / Département de philosophie / Master 1ère année

Séminaire de Philosophie politique (UE 4), année universitaire 2013-2014, 1er semestre

Les jeudis matins de 10 à 12 h, Domaine Universitaire, 1281, avenue Centrale, 38400 Saint-Martin d'Hères, Salle BSHM P2

Pr. Thierry Ménissier : Philosophie politique des mondes émergents

 

séance 9 : jeudi 21 novembre 2013

Intervention d'Enzo Lesourt

Diplômé de l'IEP Grenoble et doctorant en philosophie

 

Faire durer la cité

Accumuler ou évacuer, quel itinéraire pour les émotions collectives ?

 

 

 

Présentation générale

 

L'objectif général de ma recherche est de montrer en quoi l'écologie politique fait innover la théorie politique moderne. Cette dernière s'était en effet donné pour objectif de faire durer la cité contre une menace d’effondrement bien précise : les guerres civiles idéologiques, ou guerres de religion (XVIe-XVIIIe siècles). Deux siècles plus tard, le système de valeurs qu'elle a mis en place se révèle être incapable de remédier à une nouvelle menace d'effondrement (pire encore, elle la provoque), dû cette fois à la catastrophe environnementale. Bien plus qu'une simple « politique de l'environnement », l'écologie politique semble donc être le courant de pensée qui va tenter de reformuler la question sur laquelle la modernité n'a cessé de buter, pour ensuite proposer une nouvelle réponse : que faire des énergies excédantes (tant collectives qu'individuelles)? Faut-il les accumuler, ou bien les évacuer ? Quel est le meilleur itinéraire pour faire durer notre société, et la préserver dans le même temps des guerres civiles et des catastrophes environnementales ?

 

 

Résumé de l'exposé

 

« L'organisme vivant, dans la situation que déterminent les jeux de l’énergie à la surface du globe, reçoit en principe plus d'énergie qu'il n'est nécessaire au maintien de la vie : l'énergie (la richesse) excédante peut être utilisée à la croissance d'un système (par exemple d'un organisme) ; si le système ne peut plus croître, ou si l'excédent ne peut en entier être absorbé dans sa croissance, il faut nécessairement le perdre sans profit, le dépenser, volontiers ou non, glorieusement ou sinon de façon catastrophique ».

 (G. Bataille, La part maudite, Editions de Minuit, 2011, Paris, p. 49).

 

Appliqué à la société, cette thèse de Bataille invite à un retournement des catégories et des valeurs qui portent la théorie politique moderne. Que devient l'économie politique lorsque, initialement indexée sur la lutte contre la rareté, elle repose sur l'évacuation de l'excédent ? Que devient la psychologie lorsque, initialement indexée sur les intérêts et le calcul rationnel, elle repose les forces du thumos, cette « partie débordante » de l'âme déjà décrite par Platon dans La République ? Une telle reconfiguration des valeurs, tant collectives qu'individuelles, aura pour conséquence d'offrir un itinéraire moral nouveau aux comportements et aux émotions des individus qui composent notre société. A l'heure où le risque de catastrophes environnementales nous invite à mettre en cause les fondements de notre modèle de société, il va s'agir ici de voir si une tel retournement (passer de l'accumulation à l'évacuation) va dans le sens d'une plus grande durabilité politique ou bien si, au contraire, elle œuvre à précipiter notre cité vers l'effondrement.

 

Bibliographie

Bataille George, La part maudite, précédé de la notion de dépense, Les éditions de minuit, 2011, Paris.

Fukuyama Francis, La fin de l'histoire et le dernier homme, Flammarion, 1992, Paris.

Girard René, La violence et le sacré, éditions Bernard Grasset, 1972, Paris.

Girard René, Achever Clausewitz, Flammarion, 2011, Paris.

Platon, La République, Flammarion, 2002, Paris.

Sloterdijk Peter, Colère et temps, Essai politico psychologique, Méta-éditions, 2007, Paris.

Tainter Joseph, The collapse of Complex Societies, Cambridge University Press, 1988, Cambridge.

La Journée des Tuiles (par Alexandre Debelle), le 7 juin 1788 à Grenoble. Quelle économie politique pour les passions contemporaines ?

La Journée des Tuiles (par Alexandre Debelle), le 7 juin 1788 à Grenoble. Quelle économie politique pour les passions contemporaines ?

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Thierry Ménissier - dans Séminaires
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