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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 11:25

Annonce :

Séminaire de philosophie politique, Master de philosophie UPMF – Grenoble 2, année académique 2013-2014, 1er semestre

J’ai le plaisir d'informer de l'ouverture de ce séminaire à partir de la rentrée de septembre au Département de philosophie (UFR Sciences Humaines) de l’Université Pierre Mendès France. Il se tiendra au bâtiment ARSH le jeudi de 10 à 12 h. Ce séminaire est inscrit dans la maquette du master de philosophie (parcours recherche), cependant l’entrée est libre dans la limite des places disponibles ; il est également possible de s’y inscrire en formation continue afin de valider des crédits ECTS.

 

Les jeudis matins de 10 à 12 h, Bâtiment ARSH (Domaine Universitaire, 1281, avenue Centrale, 38400 Saint-Martin d'Hères), Salle P2 du BSHM

Séance 1 : Jeudi 19 septembre 2013

 

Présentation :

 

Ce séminaire de vise à (1) appréhender philosophiquement les changements en cours dans la sphère politique ; (2) esquisser une théorie politique adaptée à notre monde, en conformité avec les subjectivités et les communautés qui y évoluent. Qu’on le veuille ou non, le contexte qui est le nôtre est celui de la globalisation et de la gouvernance, de l’émergence des villes-mondes et de la nécessité de défendre l’environnement, des crises permanentes du capitalisme et de sa capacité à renaître indéfiniment de ses cendres, de l’expansion mondiale du modèle des sociétés de haute technologie (même dans les pays en voie de développement ce modèle est devenu une sorte de référence), de l’émergence du biopouvoir et de formes très originales et presque invisibles de contrôle des individus comme des populations. Par suite, il faut faire l’hypothèse que les concepts politiques hérités de la modernité (XVII-XVIIIèmes siècles) sont en partie périmés et conduits à se redéfinir en profondeur ; or, ces concepts sont cardinaux, tels que : autonomie et consentement, peuple et nation, gouvernement représentatif, république et liberté, propriété privée et travail, industrialisme, progressisme et révolution. Les nouveaux concepts avec lesquelles la théorie politique doit composer sont la société de l’information et l’interconnexion, l’innovation technologique et le développement durable, l’« Empire » et la « zoopôlis », le « capitalisme cognitif » et « l’économie de l’attention », les « tiers-lieux » et le « coworking ». C’est probablement le statut même de la vie socio-politique et de la notion d’institution qu’il convient aujourd’hui de repenser ; le séminaire se donne ainsi pour tâche de contribuer à penser « la liberté des contemporains ».

 

Bibliographie (quelques ouvrages qui seront utilisés lors du séminaire) :  

Adorno, Francesco Paolo, Le Désir d’une vie illimitée. Anthropologie et biopolitique, Paris, Kimé, 2012.

Andrieu, Bernard, Les Avatars du corps. Une hybridation somatechnique, Montréal, Liber, 2011.

Arendt, Hannah, Condition de l’homme moderne, trad. G. Fradier, Paris, Pocket, 1994.

Chardel, Pierre-Antoine, & Rockhill, Gabriel (dir.), Technologies de contrôle dans la mondialisation. Enjeux politiques, éthiques et esthétiques, Paris, Kimé, 2009.

Foucault, Michel, Sécurité, territoire, population. Cours au Collège de France 1977-1978, Paris, Gallimard/Le Seuil, 2004 ; Naissance de la biopolitique, Paris, Gallimard/Le Seuil, 2004.

Hache, Emilie (dir.), Ecologie politique. Cosmos, communautés, milieux, Paris, Editions Amsterdam, 2012.

Ménissier, Thierry, La Liberté des contemporains. Pourquoi il faut rénover la République, Grenoble, PUG, 2011.

Negri, Antonio, Empire, trad. D.-A. Canal, Paris, Exils, 2000 ; Multitude : guerre et démocratie à l'époque de l'Empire, trad. D.-A. Canal, Paris, La Découverte, 2004.

Sloterdijk, Peter, Dans le même bateau. Essai sur l’hyperpolitique, trad. par P. Deshusse, Paris, Payot & Rivages, 2003 ; Tu dois changer ta vie. De l’anthropotechnique, Paris, Libella-Maren Sell, 2011.

Stiegler, Bernard, Economie de l’hypermatériel et psychopouvoir. Entretiens avec Philippe Petit et Vincent Bontems, Paris, Mille et Une nuits, 2008.

 

Une illustration possible choisie à propos de l'émergence de nouvelles mobilités : Solar Impulse, le crépuscule de l'ancien monde ?

Une illustration possible choisie à propos de l'émergence de nouvelles mobilités : Solar Impulse, le crépuscule de l'ancien monde ?

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Thierry Ménissier - dans Séminaires
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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 04:23
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Thierry Ménissier
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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 04:19
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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 05:34

 

En revenant sur le Forum 4i qui s’est tenu la semaine passée à Grenoble autour de la thématique « Mobilité intelligente. Usages et innovations » (http://www.forum4i.fr/site/), je reprends les grandes lignes de mon intervention à la table ronde.

 

La mobilité apparaît comme une réalité sociale et technique qui recouvre des enjeux industriels majeurs, mais aussi comme un véritable droit de l’homme et des citoyen(ne)s. Elle a en effet joué un rôle considérable, en tant que vecteur d’autonomie (physique et mentale) pour de très nombreuses personnes et moyen d’émancipation pour de nombreux groupes de la population, à commencer par les femmes qui ont acquis leur liberté en même temps qu’elles revendiquaient leur droit à la mobilité. On oublie trop souvent que la constitution moderne de l’identité sur les plans philosophique, moral et juridique s’est opérée au même moment que la révolution industrielle, et avec l’indispensable aide des techniques modernes de déplacement.

 

Il s’agit d’un droit sans cesse revendiqué, mais pourtant en grande partie impensé. Quelles réalités recouvre-t-il dans la société de l’information et de la communication ? Et ce type de société qui fut lui aussi dessiné par la modernité du XVIIIème siècle sous la forme de la « société des Lumières », quelles modifications la globalisation, comme interconnexion généralisée, lui a-t-elle apporté ? Née « intelligente », car née avec l’intelligence que l’homme moderne a revendiquée de lui-même, en quoi la mobilité d’aujourd’hui – qui paraît de plus en plus vouée à l’automaticité – est-elle différente ? Si elles semblent historiques, ces questions ne regardent pas le passé, mais interrogent le présent.

 

La mobilité intelligente représente en effet un cas d’espèce pour l’innovation aujourd’hui. Qui, en effet, a les clefs pour innover en matière de mobilité ? Le triptyque constitué par les inventeurs, les investisseurs et les industriels ?  Les pouvoirs publics, en charge de la nécessaire mais difficile définition de l’intérêt général en matière de mobilités ? Ou…cet être hybride : l’usager-consommateur-citoyen ? Parce qu’il doit gérer des conflits intimes de représentations et de valeurs, ce dernier – qui est chacun de nous ! – apparaît  littéralement fascinant. Si l’on veut penser la mobilité intelligente avec ou à partir des usages, nul doute qu’il est amené à jouer un rôle fondamental. En d’autres termes, il convient de favoriser les modèles de coconception,  codéveloppement et peut-être même de coinvestissement. La mobilité intelligente durable est nécessairement partagée ! En tout étant de cause, la diversité des solutions constitue un indéniable atout pour la mobilité innovante.

 

Je voudrais aussi insister sur un point, qui concerne le rapport entre la mobilité et les usages. Il convient de saisir ceux-ci dans leur profondeur. Qu’on le veuille ou non, elle est abyssale. Nous nous situons en effet à une époque étrange où tout se passe comme si, pour ses déplacements individuels, chacun de nous avait à décider de problèmes cruciaux – et qui à l’évidence le dépassent infiniment – tels que :

  • le problème de l’énergie et de la motorisation dans un contexte post énergies fossiles : au triple titre d’usager des services publics de mobilité, de consommateur-client, et de citoyen éco-responsable, quel type de moteur adopter pour mes déplacements ?
  • la réalité de la mobilité connectée, dans la relation entre automaticité des régulations et liberté individuelle : quel choix dois-je faire en validant ou en refusant par mes achats de véhicules ou de services de déplacement les solutions plus ou moins automatiques ?
  • le questionnement sur la décision publique devant peut-être assumer, au défi des logiques classiques d’acceptabilité, des orientations impopulaires concernant les choix de mobilité (c’est ce que j’ai nommé dans une intervention récente au CEVIPOF l’hypothèse de la « raison d’Etat environnementale ») : en tant que citoyen et à plus forte raison responsable politique, quelle part doit-on accorder à l’auto-organisation du système des mobilités ?

 

Mais ce n’est pas tout. Qu’est-ce en effet qu’un « comportement de mobilité » ? Aujourd’hui, la littérature sociologique, pourtant abreuvée d’enquêtes de toute sorte se basant sur ce concept-cadre, remet en question sa clarté et son évidence. Ce qui engage des questions considérables du point de vue épistémologique mais aussi politique : quelle intelligence a-t-on exactement de la (et de sa propre) mobilité ? Dans cette seule question se fait jour toute la complexité des humains toujours « situés », aux prises avec des conflits de représentations et de valeurs…avec lesquels les industriels, les inventeurs et les investisseurs doivent composer. Car les marchés émergents de mobilité intelligentes de demain ne se situent pas, là encore qu’on le veuille ou non, en dehors de tels conflits de représentations et de valeurs.

 

Il est temps de réinvestir des concepts plus lourds que la coquille vide « comportement de mobilité », dont on a cru avec une certaine innocence qu’elle allait fournir des photographies nettes de ce que les individus étaient prêts à consommer en termes de solution de mobilité (dans une conception de l’acceptabilité comme « fourgabilité », comme dit un de mes amis qui se reconnaîtra !). Il est temps de repenser la subjectivité de l’humain mobile. Vaste tâche, mais je peux également dire ceci : nous nous y employons, étudiants et enseignants-chercheurs de Grenoble Institut de l’Innovation (http://g2i.upmf-grenoble.fr/), voués à réfléchir l’innovation à travers les apports des sciences humaines et sociales. Et à cet égard,  les concepts phénoménologiques d’intentionnalité et de constitution d’un « monde », s’ils semblent pertinents pour toutes questions technologiques, acquièrent vis-à-vis de la mobilité une importance considérable. Pour employer les termes de Heidegger, il convient en effet de repenser dans ses nouvelles conditions la spatialité du Dasein !

 

C’est à ce niveau d’interrogation littéralement philosophique que se pose la question de l’intelligence de la mobilité (au sens technologique du terme cette fois) ; aujourd’hui, de fait, personne ne sait où se situe exactement (et mieux encore : où doit se situer, de manière principielle) l’intelligence de la mobilité. Doit-on la loger dans le rapport entre l’homme et sa machine mobile ? Entre véhicules se déplaçant ? Entre les infrastructures et les véhicules ? A partir d’une autorité de régulation centralisée ? Ou bien…à tous les niveaux simultanément, mais au risque de quelle cacophonie et de quels incidents ? Quelle hiérarchie des normes (pour parler comme les juristes) adopter en matière de mobilité intelligente ?

 

Nous ne pouvons espérer répondre à de telles questions que si nous reconnaissons le fait que les usages, qui conditionnent les mobilités de demain, sont eux-mêmes sous-tendus par certaines causes. Or, ces causes, ce ne sont pas seulement les contraintes qui pèsent sur les usagers (il faut en effet opérer jusqu’au bout la révolution mentale qui nous permettra de sortir des fausses évidences en termes de comportements de mobilité). Ainsi que je l’ai déjà laissé entendre plus haut, les usages sont largement conditionnés par des représentations. Celles-ci sont à la fois conscientes (les concepts ou idées dont chacun se sert pour réfléchir avant d’agir) et inconscientes (les imaginaires plus  ou moins structurés qui œuvrent en sourdine dans nos propres choix…et dont abusent les publicitaires !).

 

Compte tenu du poids des secondes sur les premières, quelle éducation à la mobilité faut-il aujourd’hui proposer à l’usager-consommateur-citoyen? Il est nécessaire de responsabiliser sans stigmatiser et par là il sera possible de…réenchanter la mobilité ! Peut-être que le développement des modes de simulation ouvre une voie fondamentale pour une telle entreprise. J’ai la conviction qu’une autre voie, décisive, passe par les retours d’expérience collectifs permettant de franchir des seuils de conscience. L’enjeu d’une telle démarche éducative peut être décelé dans la capacité que chacun de nous a à devenir réellement l’auteur de sa mobilité. Et à cet égard, pour suggérer une piste par rapport aux questions posées plus haut, sans doute que l’interface Homme-Machine peut faire fonction d’aide à la décision dans la mobilité connectée pour un individu contemporain moins que jamais disposé à abdiquer sa propre liberté pour les actes qu’il réalise au quotidien.

 

Il ne s’agit rien moins que de trouver les formules permettant de développer un nouvel imaginaire. A ce propos, je voudrais terminer mon intervention par l’évocation de cette expérience collective que nous réalisons dans le cadre de l’Atelier de l’imaginaire de Grenoble©*. Pour obtenir ces représentations mentales de nous-mêmes claires et distinctes dont nous avons besoin aujourd’hui, il s’agit d’inventer les nouveaux protocoles d’expérience collective (ancrés dans les territoires) qui nous permettront de définir les mobilités intelligentes en comprenant qui nous sommes en matière d’imaginaire, de conception et d’action de mobilité.

 

* http://tumultieordini.over-blog.com/article-seminaire-vie-politique-imagination-et-imaginaire-contemporains-112406227.html

 

           

 

Mobilité intelligente ?
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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 07:43

 

 

Ce soir, je suis invité au cinéma Le Capitole d’Uzès à intervenir sur le film Hannah Arendt de Margarethe von Trotta

http://www.cinemalecapitole-uzes.com/index.php

Le film de Margarethe von Trotta n’est pas exactement un biopic sur la philosophe germano-états-unienne, il s’agit plutôt de concentrer l’attention du spectateur sur une controverse et sur ses enjeux moraux et politiques (puisque le film retrace la manière dont Arendt a élaboré ses hypothèses relativement à la culpabilité d’Adolphe Eichmann et à la « banalité du mal » alors qu’elle couvrait le procès à Jérusalem pour le magazine New Yorker).

Si par d’autres aspects, il s’approche du biopic, c’est que le fim de von Trotta met en scène la personnalité d’Arendt, d’abord dans son milieu social (le cercle des amis intellectuels allemands, américains et israéliens, ses relations avec Heidegger), ensuite, lorsque la controverse fait rage, face aux médias, aux étudiants et aux responsables de l’Université.

Certes, ce n’est pas la première fois qu’un cinéaste de talent entreprend le difficile exercice de filmer « un philosophe à l’œuvre ». On peut citer le Descartes de Roberto Rosselini sorti en 1974 (http://www.imdb.com/title/tt0161382/), et plus récemment le Spinoza, Apostle of Reason écrit par Tariq Ali et réalisé par Christopher Spencer de 2011 (http://www.youtube.com/watch?v=4zbDGDdoq-o), voire le Lattuada sur Machiavel, La Mandragore de 1965 (http://www.youtube.com/watch?v=eopDcaRCPm8).

Mais la tentative qui se rapproche le plus de celle de von Trotta est probablement Agora, le film d'Alejandro Amenabar de 2010 sur le destin d’Hypatie à Alexandrie (http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=134194.html) : il s’agit de filmer le courage d’une femme philosophe face aux préjugés et à la violence.

Peut-on restituer le style philosophique si puissant d’Arendt dans la seule controverse à propos d’Eichmann ?

La focale n’est-elle pas trop étroite pour que cette « déclaration d’amour » au personnage et à la personne d’Hannah Arendt soit réellement aboutie ?

Pourquoi – particulièrement concernant Arendt – s’avère-t-il philosophiquement très important de filmer et de dramatiser cette controverse ?

Sur le fond, les thèses d’Arendt trahissent-elles de la part de leur auteure (ce qui n’est pas peu de choses quand on traite d’Eichmann) un excès…ou une absence d’émotion ?

Peut-on faire l’hypothèse qu’il un lien mystérieux, comme semble le suggérer le film de par son écriture même, entre l’attitude d’Arendt envers Eichmann et sa relation avec Heidegger ?

Ce sont les questions que j’examinerai ce soir…

 

En complément, quelques réactions à propos du film, de collègues philosophes et de journalistes

Barbara Cassin :

http://next.liberation.fr/cinema/2013/04/23/ce-qui-choque-c-est-le-mal-sans-motif_898402

Simone Manon :

http://www.philolog.fr/le-mal-radical-kant-arendt-a-propos-du-film-hannah-arendt-de-m-von-trotta/

(Il est également nécessaire de faire une place, sur le fond, aux travaux remarquables d’Isabelle Delpla, par exemple ici :

http://www.raison-publique.fr/article426.html)

Jean-Michel Frodon :

http://www.slate.fr/story/71481/hannah-arendt-margarethe-von-trotta

Pierre Haski :

http://www.rue89.com/rue89-culture/2013/04/24/avant-daller-voir-film-hannah-arendt-lisez-241752

Olivier Grinnaert

http://www.lepasseurcritique.com/critique-film/hannah-arendt.html

Eugénie Bastié

http://www.causeur.fr/hannah-arendt-eichmann,22332#

Intervention sur le film Hannah Arendt
Intervention sur le film Hannah Arendt
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Thierry Ménissier - dans Evénements
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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 08:55

 

C’étaient les instants, devenus musique, où la mort n’existe pas, les instants vivants, affranchis de pénombre, les instants de la vie en soi, ces instants où la vraie figure de la mort se révélait en sa pureté la plus grande : instants de grâce, privilégiés entre tous, instants inconnus de la plupart, vers lesquels beaucoup tendent leurs efforts et que très peu atteignent, – mais celui d’entre eux qui a obtenu la faveur de retenir un de ces instants, celui auquel il a été accordé de saisis dans sa fuite la forme fugitive de la mort, celui qui réussit, dans une écoute et une quête incessante, à donner une forme à la mort, celui-là a découvert la forme authentique de soi-même en même temps que celle de la mort, il a formé sa propre mort, se donnant ainsi une forme à soi-même, et il est assuré de ne pas retomber dans l’humus sans visage. L’arc-en-ciel aux sept couleurs, divinement, tendre, s’incurve au-dessus de son être, l’arc-en-ciel de l’enfance, dont chaque journée renouvelle la vision, donc chaque journée renouvelle la création, création commune de l’homme et du dieu, création émanant de la force de la parole qui possède la connaissance de la mort ; cela n’avait-il pas été l’espoir pour lequel il avait dû supporter la torture d’une vie traquée, dépouillée de toute paisible félicité ? Il reportait son regard sur cette vie de renoncement, pleine d’une abnégation continuellement poursuivie jusqu’au jour présent, sur cette vie qui n’avait jamais résisté à l’action de la mort, mais qui était plutôt remplie de sa résistance à la communion et à l’amour ; il reportait son regard sur cette vie d’adieu qui était derrière lui, dans la pénombre des fleuves, dans la pénombre de la poésie, et il savait aujourd’hui plus nettement que jamais qu’il avait accepté tout cela à cause de cet espoir ; peut-être pouvait-on le railler et le mépriser de ce qu’une si grande mise en œuvre des forces de la vie n’eût abouti jusqu’ici à aucune réalisation de son espoir, parce que le problème qu’il avait voulu résoudre avait été au-dessus de ses faibles forces, parce que les moyens de la poésie étaient impropres à le résoudre, seulement il savait également à cette heure que la justification ou la non-justification d’un problème n’a rien à voir avec ses possibilités terrestres de solution, il savait combien cela était indifférent que ses propres forces fussent ou non  suffisantes, que vînt au monde quelqu’un de mieux doué, ou qu’on pût un jour découvrir un domaine plus proche de la solution que celui de la poésie, tout cela était sans importance, car il n’avait pas à choisir ; certes, jour après jour, et chaque jour à d’innombrables reprises, il en avait décidé et avait agi selon son libre choix, ou avait cru que ses décisions étaient avaient été libres, mais la grande ligne de sa vie n’avait pas été un choix personnel selon son libre arbitre, elle avait été une obligation, une obligation intégrée au salut et à la malédiction de l’existence, une obligation commandée par le destin tout en étant affranchie de tout commandement, commandant de chercher sa propre forme dans celle de la mort pour gagner ainsi la liberté de l’âme ; car la liberté est une obligation de l’âme, dont le salut et la malédiction sont perpétuellement en jeu, et il s’était soumis au commandement, acceptant docilement la tâche imposée par son destin.

 

Hermann Broch (1886-1951), La Mort de Virgile (1945),

trad. A. Kohn, Paris, Gallimard, 1955, p. 82-83.

 

 

(Broch imagine que Virgile, rentrant de Grèce en 19 avant J.-C., où il a contracté la malaria pour mourir en Italie, agonise à Brindisi. Luttant une nuit et un jour contre la mort avant de céder, il fait le bilan de sa vie et de son œuvre.)

 

Pourquoi ces lignes sont-elles puissantes ?

Pour être libre, il faut être soi-même. Et pour être soi-même, il faut accepter d’être l’obligé de son destin, dans chaque moment où c’est humainement possible. Mettre en œuvre ce qu’on est. Même dans la marche vers la mort.

 

 

 

Être pour la mort ?
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Thierry Ménissier - dans Lectures
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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 08:22
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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 08:18
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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 06:38

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Dans le cadre de "L’instant philo" au Belvédère de Saint-Martin d’Uriage, je recevrai demain jeudi 18 avril 2013 à 20 h Vivien Garcia autour de cette question.

 

Vivien Garcia est doctorant en philosophie politique dans le Centre de recherches Philosophies, Langages & Cognition de l'UPMF-Grenoble 2, et notamment auteur de L’Anarchisme aujourd’hui, L’Harmattan, 2007

 

L'idée qui anime ces rencontres de "L’Instant philo" est triple : 

-         Faire le point des connaissances actuelles en sciences humaines et sociales à l'intention d'un public non spécialisé désireux de se cultiver,

-         Interroger philosophiquement le monde contemporain,

-         Cette année explorer la thématique du vivre ensemble dans la démocratie.


Il s’agira d’interroger la pensée anarchiste, à la fois pour l’identifier et pour envisager son actualité. D’où vient ce courant, cette pensée, cette philosophie (?) et quels sont ses thèses principales ? (Et d'ailleurs, n'est-il pas préférable de dire "libertaire" plutôt qu'anarchiste" ?) Et quelles sont sa signification et sa pertinence pour aujourd’hui ?

 

Récemment, le sociologue Philippe Corcuff – un des auteurs de théorie politique de gauche les plus sérieux et intéressants d’aujourd’hui, et qui se demandait dans un essai tout récemment si la gauche n’était pas "dans un état de mort cérébrale" – a rejoint les rangs de la Fédération anarchiste, après 35 ans de militantisme du PS au NPA. Il s'en explique sur son blog lié à la revue Médiapart (*) :

 

Ce ralliement signifie que les idées libertaires ont une certaine pertinence pour notre temps – mais laquelle ?


En confrontation avec les idées produites par les différents courants du libéralisme, du socialisme et du marxisme, que répond la pensée libertaire d’aujourd’hui sur des points tels que :

-         Les droits individuels et collectifs,

-         La propriété privée et publique,

-         L’éducation, l’accès aux soins,

-         La globalisation,

-         Le progrès scientifique et technique,

-         L’environnement et la vulnérabilité humaine ?

 

Informations pratiques ici :

http://www.saint-martin-uriage.com/Documents/Programme%20Belvedere_2012-2013.pdf

 

(*)

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-corcuff/040213/pourquoi-je-quitte-le-npa-pour-la-federation-anarchiste

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Thierry Ménissier - dans Evénements
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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 03:30

assemblee-nationale.jpg

 

Je signale cet entretien avec Politis.fr :


http://www.politis.fr/Patrimoine-des-ministres-Une,21728.html

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Thierry Ménissier - dans Positions
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