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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 16:48

 

Je signale l’émission « Du grain à moudre » diffusée sur France Culture le 23 décembre dernier, consacrée aux « alternatives au libéralisme ».

Brice Couturier et Julie Clarini nous ont réunis, Jean-Fabien Spitz, François Huguenin, Jean-François Petit et moi autour des enjeux représentés par le retour du communautarisme – supposément nécessité par les carences du libéralisme politique.

En fait, tout dépend ce qu’on entend par ce dernier terme, ainsi que vous le constaterez en écoutant l’émission…

http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/grain/fiche.php?diffusion_id=79886

 

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Thierry Ménissier - dans Evénements
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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 06:24

Voici le texte d'introduction que j'ai prononcé pour cette récente journée d'études consacrée à la biopolitique :

Université Pierre Mendès France – Grenoble 2, PLC / RePFI

Journée d’étude La biopolitique, une évaluation

Mercredi 18 novembre 2009, Salle des colloques du BSHM

 

« Biopouvoir et biopolitique, éléments d’histoire conceptuelle »

 

Thierry Ménissier

 

 

Dans cette introduction, je veux préciser l’objet de la journée d’étude. Elle est organisée dans le cadre du réseau de Recherches Philosophiques Franco-Italiennes, par lequel nous entreprenons de confronter les recherches actuelles d’un côté et de l’autre des Alpes. Généraliste, ce réseau n’est pas uniquement tourné vers la philosophie politique, et il a vocation à nourrir par la rencontre franco-italienne les différents axes de recherche du groupe de recherches Philosophie, Langages et Cognition dirigée par le Pr. Vernant.

Aujourd’hui, nous avons le grand plaisir d’accueillir quatre chercheurs (vous pouvez prendre connaissance de leurs publications grâce à la notice bibliographique qui a été distribuée) :

-         deux chercheurs italiens, Simona Forti et Gianfranco Borrelli : Simona Forti est professeur d’Histoire de la pensée politique contemporaine à l’Université du Piémont Oriental à Alessandria. Ses recherches portent sur Hannah Arendt et le totalitarisme, auteur et thème dont elle est une spécialiste mondialement connue. Gianfranco Borrelli est  professeur d’Histoire des doctrines politique set de Philosophie politique à l’Université Federico II de Naples, et il est un grand spécialiste de Hobbes, lui aussi internationalement réputé.

-         un chercheur français, Olivier Razac, chercheur au Centre Interdisciplinaire de Recherche Appliquée au champ Pénitentiaire, Ecole Nationale de l’Administration Pénitentiaire, Agen. Olivier Razac est en quelque sorte un chercheur hors norme du point de vue de standards universitaires, ce dont attestent les titres de ses travaux portant sur le barbelé et autres objets philosophiquement étranges.

-         et un chercheur italo-français. Francesco Paolo Adorno, maître de conférences de philosophie morale à l’Université de Salerne. Je dis « italo-français », car s’il est de nationalité italienne et s’il travaille à l’Université de Salerne, Francesco a déjà enseigné en France (ici même) et a publié dans les deux langues, des ouvrages qui portent à la fois sur la philosophie française classique (Pascal et Port-Royal) et sur Michel Foucault.

 

Je veux maintenant, et un peu plus longuement, me concentrer sur la notion qui est aujourd’hui au centre de notre attention. Il s’agit de la notion de biopolitique, promue en premier lieu par Michel Foucault dans le courant des années 1970. Mon souhait est que notre effort d’aujourd’hui porte sur trois niveaux différents, car il est que nous réussissions à la fois :

(1) à analyser les conditions théoriques d’apparition de cette notion,

(2) à saisir son régime de fonctionnement, ou encore : son aire d’application,

(3) à déterminer éventuellement les limites de sa validité.

C’est pourquoi j’ai parlé dans le sous-titre donné à la journée d’une « évaluation » ; en un mot, j’entends par ce terme l’opération mentale qui me semble être celle de la philosophie politique : compte tenu du projet général d’une connaissance conceptuelle du politique, prendre connaissance d’un concept, en apprécier le régime de validité, émettre des hypothèses sur son régime d’application, et suggérer ses éventuelles limites.

 

Les notions de « biopouvoir » et de « biopolitique » surprennent et interpellent. Elles ne sont nullement évidentes, ni intuitives, et d’abord parce que leur étymologie, en dépit du choc qu’elle produit, est fort ambiguë : « pouvoir de la vie » / « pouvoir sur la vie », « politique de la vie » / « politique qui regarde la vie ». Mais, précisément, comment entendre ces formules « sur la vie », « de la vie », « qui regarde la vie » ? Que veut exactement dire Foucault ? En quoi le pouvoir et la politique concernent-t-ils, s’occupent-t-ils, influencent-ils ou orientent-ils, et éventuellement (bien entendu) dominent-t-il la vie ? Et d’ailleurs qu’est-ce que « la vie » : quels types de phénomènes vivants, naturels, organiques deviennent l’objet du ou d’un pouvoir, de la ou d’une politique ? Par suite, qu’apporte exactement l’invention théorique foucaldienne à la phénoménologie des formes de pouvoir, déjà très riche avant elle ? Tel est le champ de questionnement qui s’offre à nous pour cette journée d’étude, et c’est en fonction de ces questions que j’ai demandé aux collègues invités aujourd’hui de décliner leurs propres recherches en cours.

Pour essayer de préciser mieux ces questions, je crois qu’il est fort intéressant de se plonger dans les textes du philosophe en partant à la recherche de l’acte de naissance des notions de biopouvoir et de biopolitique.

On peut se livrer ici à deux séries de considérations, la première concernant un regard panoramique de l’œuvre de Foucault, la seconde une recherche plus minutieuse de l’acte de naissance des termes « biopouvoir » et « biopolitique ».

1.     Si l’on considère l’œuvre de Foucault, je crois que l’on s’aperçoit rapidement de la spécificité de la thématique biopolitique. En effet, cette dernière ne concerne en rien les différentes phases de l’œuvre publiée sous forme de livres. La biopolitique ne concerne

-       ni le « premier Foucault » (celui qui se livre à l’analyse généalogique des pratiques discursives, dans l’Histoire de la folie à l’âge classique, 1961, dans Naissance de la clinique, 1963, et dans Les mots et les choses, 1966) ;

-       ni le « second Foucault » (celui qui examine les technologies politiques des individus et les dispositifs disciplinaires qui assignent l’individu à la normalité : ainsi dans Surveiller et punir, 1975, et dans La volonté de savoir, 1976) ;

-       ni le « troisième Foucault », le Foucault de la fin, celui de la reconstitution de la subjectivité dans le cadre d’une esthétique-éthique de l’existence, telle qu’on la voit à l’œuvre dans L’usage des plaisirs et Le Souci de soi, 1984.

La biopolitique concerne un autre Foucault que ces trois-là, un auteur demeuré longtemps méconnu du fait de la parution tardive des cours au Collège de France. Ce qui me permet de passer à ma seconde série de considérations, concernant la première apparition de la thématique biopolitique :

2.     Or, la première apparition de la notion dans les textes de Foucault apparaît peu précise, et même, rigoureusement parlant, équivoque, puisqu’elle est attestée dans deux sources différentes et qui ne disent pas la même chose :

a.     d’une part, la lecture attentive des Dits et écrits, recueil qui consigne les interventions « tous azimuts » de l’intellectuel engagé qu’était Foucault, fournit la date de 1974 comme acte de naissance de la notion : dans une conférence donnée à l’Université de Rio à propos de la médecine sociale, la seconde d’un cycle de deux, Foucault traite de l’histoire de la médecine et propose ce terme de bio-politique :

 

[1] « Je soutiens l’hypothèse qu’avec le capitalisme on n’est pas passé d’une médecine collective à une médecine privée, mais que c’est précisément le contraire qui s’est produit ; le capitalisme, qui se développe à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle, a d’abord socialisé un premier objet, le corps, en fonction de la force productive, de la force de travail. Le contrôle de la société sur les individus ne s’effectue pas seulement par la conscience ou par l’idéologie, mais aussi dans le corps et avec le corps. Pour la société capitaliste, c’est le bio-politique qui importait avant tout, le biologique, le somatique, le corporel. Le corps est une réalité bio-politique ; la médecine est une stratégie bio-politique. »

 

Michel Foucault, « La naissance de la médecine sociale »,

Conférence prononcée dans le cadre du cours de médecine sociale à l’Université de Rio de Janeiro, octobre 1974,

Revista centroamericana de Ciencias de la Salud, n°6, janvier-avril 1977, p. 89-108,

In Dits et écrits, n°196, Gallimard, 2004, tome II, p. 207-228, ici p. 209-210.

 

Ces réflexions évoquent un thème que les lecteurs de Foucault connaissent bien, à savoir ses recherches de Naissance de la clinique, voire celles de L’Histoire de la folie : il s’agit de comprendre comment une discipline scientifique se trouve liée à des phénomènes d’organisation (interne et externe) des pouvoirs qui la structurent et la rendent socialement active. Mais ces thèmes se voient, dans le texte cité, déclinés autrement : il sont moins envisagés du point de vue des relations générales entre le savoir d’une discipline particulière et le pouvoir, que sous l’angle de vue du pouvoir qui, subtilement, s’impose au corps afin de le faire travailler, de l’exploiter. J’emploie ce mot « exploiter » à dessein : il me semble que ce que Foucault élabore (sommairement) à ce moment, c’est une réponse au marxisme sur le plan des concepts permettant de penser la domination. La présence dans le même passage du mot « idéologie » conforte cette interprétation ; il s’agit pour Foucault, dans le contexte d’une archéologie ou généalogie des rapports de pouvoir, d’œuvrer à une critique sociale qui prend le corps comme objet d’étude, car il représente un enjeu de pouvoir particulièrement important. Mutatis mutandis, il apparaît donc possible de relier cette première manière de concevoir la biopolitique aux orientations de recherche qui étaient celles de Foucault dans ces années 74-76 : Surveiller et punir (1975) et La volonté de savoir (1976) développent une perspective qui se fonde sur la notion de discipline, laquelle à la fois individualise les sujets et les place sous l’influence d’une « technologie politique du corps ».  Mais je crois également que pour ces raisons mêmes, tel n’est pas le véritable acte de naissance de la notion de biopolitique, ou plus exactement : la première apparition de ce terme fait écran à sa signification plus originale et plus complète. En effet, pour que l’on puisse parler de biopolitique, il convient en effet que l’on dépasse le sujet et le corps individualisés comme objets de pouvoir, afin de s’intéresser à la « population » ; c’est ce que révèle la deuxième source dans laquelle apparaît la notion.

 

b.     Foucault lui-même prétend au début du cours au Collège de France de 1977-1978, Sécurité, Territoire, Population qu’il en avancé le terme quelques temps auparavant et, dit-il, « comme ça, un peu en l’air », c’est-à-dire sans théoriser excessivement son invention, et avec cette imprudence dans l’expression qui est parfois le reflet d’un authentique génie. L’éditeur du cours, Michel Senellart, renvoie dans une note au cours de l’année précédente (« Il faut défendre la société ») ainsi qu’au premier volume de l’Histoire de la sexualité. Toujours est-il que l’objet d’enquête déclaré du cours des deux années 1977-1978 et 1978-1979 est nommément la biopolitique :   

 

[2] « Cette année, je voudrais commencer l’étude de quelque chose que j’avais appelé comme ça, un peu en l’air, le biopouvoir, c’est-à-dire cette série de phénomènes qui me paraît un peu importante, à savoir l’ensemble des mécanismes par lesquels ce qui, dans l’espèce humaine, constitue ses traits biologiques fondamentaux va pouvoir entrer à l’intérieur d’une politique, d’une stratégie politique, d’une stratégie générale de pouvoir, autrement dit comment la société, les sociétés occidentales modernes, à partir du XVIIIème siècle, ont repris en compte le fait biologique fondamental que l’être humain constitue une espèce humaine. »

 

Michel Foucault, Sécurité, Population, Territoire, Cours au Collège de France, 1977-1978,

Leçon du 11 janvier 1978,

Édition établie sous la direction de François Ewald, Alessandro Fontana et Michel Senellart,

Paris, Gallimard-Le Seuil, 2004, p. 3.

 

Ce qui est intéressant dans les Cours au Collège de France, c’est le caractère vivant des élaborations foucaldiennes : on est au plus loin d’une pensée achevée, close sur elle-même, mais il s’agit d’une expérience de pensée continuée, susceptible d’écarts considérables par rapport à ses positions initiales – Foucault entreprend d’acquérir son objet, de le forger en le référant à des champs extrêmement variés. D’où un certain effet de mise en abîme, qui contribue parfois à désorienter le lecteur. Précisément, d’après ce texte programmatique, quel est exactement « l’objet d’expérience » des cours de 1977-1979 ?

Il s’agit de reformuler un problème central de la modernité, que les élaborations précédentes de Foucault avaient laissé dans l’ombre, et que les représentations traditionnelles du pouvoir occultaient, interdisaient de penser : j’ai rappelé plus haut comment dans les ouvrages publiés dans les années 1975, Foucault avait mené son enquête sur le rapport entre les savoirs et le pouvoir jusqu’au point de constituer une « technologie politique des individus ». Ainsi pouvait se comprendre le dessein et le régime carcéral de la modernité, voire la manière dont ce que Foucault appelle « la sexualité » avait à la fois discipliné et constitué les sujets. Cependant, ses considérations présentaient le défaut de pouvoir sembler verser dans une représentation simpliste de l’Etat, dominée par un antiétatisme essentialiste, peu nuancé. Ce que veut faire Foucault, c’est se doter d’une représentation du pouvoir qui contourne cet obstacle. Le biopouvoir et la biopolitique semblent être les noms mis sur cette tentative.

Mais alors, ce qui est remarquable, c’est l’ampleur de la tâche que Foucault se donne – en toute conscience – au moment de s’engager dans cette tentative. Pour comprendre comment le pouvoir s’est exercé et s’exerce sur les populations, il  doit en effet reposer à nouveaux frais la totalité de la question des rapports entre la connaissance et le pouvoir. Une telle ambition transparaît au début du cours de 1978-1979 :

 

[3] « J’avais pensé pouvoir vous faire cette année un cours sur la biopolitique. J’essaierai de vous montrer comment tous les problèmes que j’essaie de repérer actuellement, comment tous ces problèmes ont pour noyau central, bien sûr, ce quelque chose que l’on appelle la population. Par conséquent, c’est bien à partir de là que quelque chose comme une biopolitique pourra se former. Mais il me semble que l’analyse de la biopolitique ne peut se faire que lorsque l’on a compris le régime général de cette raison gouvernementale dont je vous parle, ce régime général que l’on peut appeler la question de la vérité, premièrement de la vérité économique à l’intérieur de la raison gouvernementale, et par conséquent si on comprend bien de quoi il s’agit dans ce régime qui est le libéralisme, lequel s’oppose à la raison d’Etat, – ou plutôt [la] modifie fondamentalement –, c’est une fois qu’on aura su ce que c’était que ce régime gouvernemental appelé libéralisme qu’on pourra, me semble-t-il, saisir ce qu’est la biopolitique. »

 

(Note de Foucault : « Avec l’émergence de l’économie politique, avec l’introduction du principe limitatif dans la pratique gouvernementale elle-même, une substitution importante s’opère, ou plutôt un doublage, puisque les sujets de droit sur lesquels s’exerce la souveraineté politique apparaissent eux-mêmes comme une population qu’un gouvernement doit gérer.  […] C’est là que trouve son point de départ la ligne d’organisation d’une « bio-politique ». Mais qui ne voit pas que c’est là une part seulement de quelque chose de bien plus large, et qui [est] cette nouvelle raison gouvernementale ? Etudier le libéralisme comme cadre général de la biopolitique. »)

 

Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, Cours au Collègue de France, 1978-1979,

Leçon du 10 janvier 1979,

Édition établie sous la direction de François Ewald, Alessandro Fontana et Michel Senellart, Paris, Gallimard-Le Seuil, 2004, p. 23-24.

 

Ce texte, proprement vertigineux, dit beaucoup de choses différentes ; l’ampleur de la tâche paraît d’ailleurs tellement grande que Foucault a cette formule bizarre pour  le début d’un cours : « J’avais pensé pouvoir vous faire cette année un cours sur la biopolitique », comme si, après une année d’étude, le but à atteindre semblait tellement éloigné que la tâche décourageait par avance le chercheur.

Ce passage dit en effet, premièrement, qu’il apparaît nécessaire de poser la question des rapports de pouvoir qui concernent la population en fonction de la notion de gouvernement A ce propos, deux remarques : (1) Foucault suggère de manière très pertinente que l’on envisage le pouvoir à partir non pas de son action directe sur les sujets, mais à partir de son action sur le milieu, c’est-à-dire sur ce qui permet matériellement aux sujets de vivre. (2) Il propose dans les cours une notion tout à fait originale de « Gouvernementalité », notion qui ne se résume nullement à celle ordinaire de « gouvernement », notion originale donc au sein d’une thématique originale, et sur laquelle vont s’appesantir plusieurs interventions prononcées aujourd’hui.

Deuxièmement, Foucault suggère qu’il s’agit également avec la biopolitique d’analyser le libéralisme, par le biais de la montée en puissance à une certaine époque historique des méthodes de l’économie politique Le point remarquable – et remarquablement prometteur – consiste ici à comprendre non pas l’opposition (thématique classique de l’histoire philosophique des idées politiques), mais bel et bien la complémentarité ou encore l’interaction entre libéralisme et étatisme : ils ne s’excluent pas mais se complètent. (Mais, bien entendu, il faudrait aussi savoir si l’on peut passer de l’un à l’autre : l’objet médiat que se donne Foucault, on le sait, est le mercantilisme : comment « passer » de l’étatisme au libéralisme par ce biais ?).

Troisièmement, dans cette optique Foucault propose une très suggestive relecture des théories de la raison d’Etat, et l’on pourrait dire que par son interprétation, il a contribué à en renouveler la compréhension, en incitant à penser que, comme l’avaient montré ces théories, l’Etat n’est nullement une réalité substantielle, mais qu’il est plutôt un ensemble de pratiques conjointes.

Quatrièmement, l’étude du thème biopolitique laisse espérer la construction d’une très originale méthode d’appréhension des phénomènes libéraux contemporains, issus du marché et apparemment débarrassés de la régulation de l’Etat (du moins, sous sa forme traditionnelle), mais en réalité soucieux de s’associer à des formes de contrôle subtil, œuvrant à même les conduites des sujets par le biais des techniques de gestion des populations. Une des questions que me semble poser la pensée de Foucault envisagée sous cet angle, une question très importante pour aujourd’hui, c’est précisément de comprendre ce qu’est un sujet socialisé par le libéralisme dans sa phase actuelle, par le néolibéralisme. Comment est-il « discipliné » tout en estimant de bonne foi suivre son intérêt personnel, et par conséquent agir librement ? Comment tout à la fois son corps, son identité et son intimité sont-ils influencés par les pratiques biopolitiques ? (Peut-on d’ailleurs, et ici s’impose le rapprochement avec Arendt comme théoricienne du totalitarisme post-autoritaire, parler d’une nouvelle forme de totalitarisme, en apparence non autoritaire, et en tout cas n’obéissant nullement à une concentration du pouvoir, voire relevant d’une déconcentration du pouvoir ?) Par suite, comment est-il possible de reconfigurer pour ce sujet un mode d’action politique qui lui permette, sinon d’échapper à la mise sous tutelle d’un contrôle aussi invisible qu’efficace, du moins de « résister » efficacement, et même de développer une conduite libre ou autonome ?

Nous commençons avec ces quatre orientations différentes, que la thématique biopolitique est très riche, très variée, et que le caractère inachevé qu’elle présente chez Foucault lui-même offre paradoxalement à la recherche un champ d’expérience aussi large que prometteur. Précisément, les quatre interventions d’aujourd’hui attestent du fait qu’il n’y a pas une seule lecture autorisée de la biopolitique, mais plusieurs, et qui s’autorisent de leur inventivité théorique et de leur fécondité conceptuelle.

Sur ces mots, je nous souhaite une bonne journée de recherche.



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Thierry Ménissier - dans Evénements
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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 18:40

Philosophie,

Langages & Cognition

  

Journée d’étude

La biopolitique, une évaluation

 

Mercredi 18 novembre 2009

Université Pierre Mendès France – Grenoble 2

Salle des colloques du BSHM

 

RePFI (Réseau de recherches Philosophiques Franco-Italiennes)

Organisée sous la responsabilité de Thierry Ménissier

(Thierry.Menissier@upmf-grenoble.fr)

 

« Le contrôle de la société sur les individus ne s’effectue pas seulement par la conscience ou par l’idéologie, mais aussi dans le corps et avec le corps. Pour la société capitaliste, c’est le bio-politique qui importait avant tout, le biologique, le somatique, le corporel. Le corps est une réalité bio-politique ; la médecine est une stratégie bio-politique »

 

Michel Foucault, « La naissance de la médecine sociale »,

Conférence prononcée dans le cadre du cours de médecine sociale à l’Université de Rio de Janeiro, octobre 1974.

 

            Proposée par Michel Foucault entre 1974 et 1978 afin de conceptualiser la manière spécifique dont les populations ont progressivement été contrôlées par les Etats contemporains, l’idée de biopolitique occupe de nos jours une place centrale dans la philosophie politique. Une telle centralité apparaît légitime, tant cette idée est porteuse de bouleversements : dans l’ordre de la théorie critique, elle semble devoir renouveler considérablement la représentation du pouvoir, notamment du fait qu’elle déplace la représentation de ce sur quoi il s’exerce ; dans celui de la théorie normative, elle rend problématique toute recherche dans les termes de la théorie politique moderne, car elle tend à désactiver certaines notions cardinales comme celles d’Etat de droit, de citoyenneté et de libertés publiques – ou du moins, elle invite à les considérer à nouveaux frais, voire à les réinventer. Cette journée d’étude entend évaluer les conditions et surtout les enjeux de la notion de biopouvoir et de son prolongement dans la théorie biopolitique, à partir des recherches contemporaines menées d’un côté et de l’autre des Alpes.

 

(Les interventions seront prononcées en français)

Matinée, sous la présidence de Francesco Paolo Adorno

(Professore associato di Filosofia morale,

Université de Salerne)

 

9 h 30 – 10 h : Présentation par Thierry Ménissier

(Maître de conférences de philosophie politique, HDR en science politique)

 

« Biopouvoir et biopolitique, éléments d’histoire conceptuelle »

 

10 h – 11 h : Intervention de Simona Forti

(Professore ordinario di Storia del pensiero politico contemporaneo,

Université du Piémont Oriental, Alessandria) 

 

« Biopouvoir et thanatopolitique »

 

11 h – 12 h : Intervention d’Olivier Razac

(Philosophe chercheur au Centre Interdisciplinaire de Recherche Appliquée au champ Pénitentiaire, Ecole Nationale de l’Administration Pénitentiaire, Agen)

 

« Le pathos de la survie »

 

12 h – 12 h 45 : Discussion

 

13 h – 14 h 30 : Pause déjeuner

 

Après-midi, sous la présidence de Thierry Ménissier

 

14h 30 – 15 h 30 : Gianfranco Borrelli

(Professore ordinario di Storia delle dottrine politiche e di Filosofia politica,

Université Federico II de Naples)

 

« Parcours contemporains de biopolitique :

entre gouvernance néolibérale et gouvernementalité »

 

15 h 30 – 16 h 30 : Intervention de Francesco Paolo Adorno

 

« Biopolitique, bioéconomie, somatocratie »

 

16 h 30 – 17 h 15 : Discussion générale.

 

 

Groupe de recherche Philosophie, Langages & Cognition, PLC – EA 3699

Université Pierre Mendès France – UFR Sciences Humaines

Bât. ARSH-2 – 1281, av. Centrale – Domaine universitaire de St. Martin d’Hères

BP 47 – 38040 Grenoble cedex

Tel. + 33 / 04 76 82 58 00 – Fax + 33 / 04 76 82 78 33

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Thierry Ménissier - dans Evénements
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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 05:11

Dans la collection "La Librairie des humanités" que l'Université Pierre Mendès France publie aux éditions L'Harmattan (et dont je suis coresponsable), nous publions en cette rentrée la traduction (par Sylvie Pipari) d'un livre que je soutiens vivement du fait de ses grandes qualités. Sa parution constitue donc un événement de la rentrée !


Il s'agit de La politique des Lumières. Constitutionnalisme, républicanisme et droits de l'homme : le cas Filangieri, et son auteur est Vincenzo Ferrone, Professeur d'histoire des idées politiques à Turin.

Voici la préface que j'ai rédigée pour cet ouvrage, qui explique pourquoi c'est un livre très intéressant et même sûrement important...

(En résumé : l'histoire des idées politiques est une discipline qui, dès que l'on évite les raccourcis simpliste issus des manuels qui prédigèrent et surtout conformisent la pensée, devient pour le lecteur (et à plus forte raison pour le philosophe) une source de méditation d'une exceptionnelle richesse. Filangieri : "le chaînon terriblement manquant".)




Filangieri, le « chaînon manquant » ?


 

L’ouvrage du Professeur Vincenzo Ferrone dont nous faisons paraître la traduction ne manquera pas de susciter l’intérêt de quiconque étudie l’histoire des idées politiques modernes, mais son relief apparaîtra pleinement aux lecteurs attirés par l’énigme de l’évolution de la pensée révolutionnaire. Il concerne en effet une période cruciale – celle qui correspond à la transformation des idées engendrées par la philosophie des Lumières, puis dynamisées par le tourbillon de la Révolution Française, enfin bouleversées par les suites de celle-ci. Surtout, la version française de ce livre déjà consacré par la critique italienne nous a semblé s’imposer dans un contexte national tel que le nôtre : pour le public français, l’auteur dont l’étude constitue le cœur de cet ouvrage, Gaetano Filangieri, pourrait bien représenter le « chaînon manquant » d’une évolution théorique allant des modèles révolutionnaires issus de la culture des Lumières (Rousseau, Mably) aux élaborations du libéralisme qui suivirent les épisodes politiques postérieurs au 9 Thermidor de l’an II (Constant, Madame de Staël, Guizot, et bientôt Tocqueville). De fait, la production hexagonale consacrée à cette importante transformation demeure rare, au point que l’on ne comprend pas toujours ce que les auteurs du second moment, trop vite catalogués comme de purs libéraux, entendirent conserver de la mentalité des Lumières aussi bien que de son pouvoir de reconfiguration des mœurs[1].


Filangieri (1752-1788), grand constitutionnaliste, une des gloires de la culture napolitaine, est l’auteur de La Scienza della legislazione, monument de théorie de la législation en cinq livres qui fut un véritable best-seller dans l’Europe savante de la fin du XVIIIème siècle. Or, dès l’origine, la réception française de ce chef d’œuvre des « Lumières tardives » se trouva en quelque sorte biaisée par la lecture qu’en fit Benjamin Constant dans son Commentaire publié en 1822 et 1824
[2]. Ce dernier adopta d’ailleurs une attitude ambiguë, à la fois admirative et critique, dont l’effet fut de déformer passablement les thèses de l’auteur napolitain. En voulant réfuter Filangieri, ainsi que le montre Vincenzo Ferrone, Constant tenta une sorte de retour en arrière qu’il maquilla en innovation : il prôna en effet pour la société française des années 1810-1815 les vertus d’une forme de constitutionnalisme « à l’anglaise », à la manière ancienne de Montesquieu, tandis que, de son côté, La Science de la législation avait réalisé un tour de force d’une toute autre ampleur. Loin que son entreprise se résume à une version du dirigisme constitutionnel et de l’égalitarisme supposés par Constant typiques du rousseauisme, Filangieri avait réussi à retrouver dans l’œuvre fondatrice de Locke de quoi réfléchir les acquis de la période révolutionnaire, qu’il considérait dans sa pleine extension[3].

Une telle position, voudrions-nous souligner, engage deux types de problèmes distincts et complémentaires.

D’une part, en s’inscrivant dans le mouvement d’effervescence qui avait gagné tous les intellectuels en Europe, le constitutionnaliste napolitain avait minutieusement examiné les différentes phases du processus de la Révolution américaine, épisode précurseur des événements français en ceci qu’il recelait des expériences toutes différentes de celles qui avaient conduit, à l’issue des années 1650-1690, à la mise en œuvre (et à l’installation durable) du modèle anglais. Dans ces conditions, Locke est lu comme l’auteur ayant affronté, contre le féodalisme et le patriarcalisme, la question cruciale pour la modernité du rapport entre dominium et imperium, entre propriété et souveraineté
[4]. Après Montesquieu, Rousseau et Kant,  Filangieri s’inscrit par conséquent dans la série des auteurs ayant progressivement déterminé et déjà contribué à réaliser ce qu’on pourrait nommer le programme des modernes dans les domaines de la morale, du droit et de la politique.


D’autre part, l’œuvre lockienne est appréhendée par Filangieri en tant que promotrice des droits de l’Homme : l’objectif de la Science de la législation revient alors à proposer un système de législation complet susceptible de consacrer constitutionnellement le primat de ces droits, ou, exprimé dans les termes de V. Ferrone, de « formuler les critères, les modalités, le plan technique et juridique d’une nouvelle science de la législation vraiment cosmopolite et inspirée des Lumières, élaborée en fonction du respect des droits de l’Homme »
[5]. Or, l’entreprise de constitutionnalisation des droits de l’Homme représente encore de nos jours une tâche théorique de première importance. Si bien que, aperçue sous cet angle, l’œuvre de Filangieri est l’une des toutes premières capables de démentir la critique adressée au jusnaturalisme moderne par un auteur tel que Leo Strauss, qui remettait en question la possibilité même, pour l’individualisme moderne, de concevoir quelque chose comme le droit naturel[6]. Le Napolitain doit également être considéré, de ce fait, comme le précurseur de ces juristes et philosophes du droit qui, à l’époque contemporaine, veulent établir que les droits de l’Homme n’ont pas besoin d’être métaphysiquement fondés pour valoir comme principes juridiques efficaces[7].



Dans les deux cas, on saisit donc combien Filangieri retourne en quelque sorte la pensée de Locke contre sa captation libérale, ou du moins, et la nuance est évidemment importante, contre une acception étroitement idéologique du libéralisme. Et par là il nous convainc qu’elle recèle des ressources pour penser au-delà de « l’individualisme possessif » dont elle est pourtant un des piliers, notamment en revenant sur le rapport intime qu’entretiennent aussi bien pour la philosophie morale que pour la théorie politique les notions d’intérêt, d’identité personnelle, de propriété privée et de personne juridique
[8].



A la croisée des deux perspectives, de plus, on notera combien le statut de la publicité joue un rôle cardinal dans le projet de la Science de la législation : la tâche à laquelle s’est attelé le juriste napolitain consiste en une reconfiguration de l’espace public pensée à la fois d’après le canon anthropologique de la personne humaine porteuse de droits fondamentaux et en fonction de la nouvelle donne des sociétés européennes issues des Révolutions. A cet égard, le fait que, lors de sa parution, le livre IV de l’ouvrage connut un remarquable succès auprès du public, constitue en quelque sorte le signe de sa profonde pertinence philosophique : ce livre développe une ample réflexion consacrée à la réforme de l’éducation
[9]. Les trois parties dont il est composé proposent successivement un examen des types de mesures éducatives qui, dans une société réellement soucieuse de former le jugement des citoyens, seraient nécessaires aux divers âges de la vie ; une analyse des passions susceptibles de contribuer à la qualité de l’esprit public ; enfin ce qu’on pourrait identifier comme le projet d’une hiérarchie des Facultés, au sein d’une organisation rationnelle de l’instruction publique. Filangieri poursuit de la sorte l’œuvre d’un Condorcet[10], dans la double conviction que l’ignorance conditionne la servitude et que, inversement, un citoyen éduqué est fondé à défendre lui-même sa liberté. Ce faisant, le Napolitain adapte la vieille ambition républicaine au projet des modernes : doter le peuple de la culture civique nécessaire pour affirmer la liberté, c’est-à-dire lui donner les moyens d’agir sur sa destinée collective. Ainsi, son entreprise, parce qu’elle contribue à la mise en œuvre concrète des principes de la société démocratique, mérite pleinement le nom de « politique des Lumières », selon le titre choisi par l’auteur pour l’édition française de son livre. 



Dans le même temps, on remarquera que le livre de V. Ferrone constitue une recherche intéressante pour le public français en ceci qu’elle plonge le lecteur dans l’extraordinaire ambiance de la culture napolitaine, dont La politique des Lumières restitue une époque importante. Des travaux de grande qualité menés ces dernières années ont quasiment fait de Giambattista Vico (dont Filangieri avait confessé à Goethe, selon le témoignage de celui-ci, se sentir l’héritier direct) un auteur familier des lecteurs français
[11]. Il n’existe presque rien sur Antonio Genovesi (1713-1769) et sur Francesco Mario Pagano (1748-1799), deux auteurs majeurs de l’Illuminismo napolitain dont V. Ferrone nous présente la figure et les œuvres. Ferrone démontre en particulier comment une somme telle que la Scienza della legislazione représente tout autant le chef d’œuvre d’un auteur que le produit d’un milieu intellectuel complexe. Ainsi la compréhension exacte de La Science de la législation serait-elle incomplète sans que l’on garde à l’esprit qu’elle constitue une réponse au Projet de constitution pour la république napolitaine que Pagano avait proposé en 1799[12]. Et dans un cadre élargi, il est nécessaire de prendre en compte la manière dont Filangieri entendait dialoguer avec Sieyès, qui représente en quelque manière son équivalent français – selon un rapprochement en tout cas manifeste du point de vue de l’ambition intellectuelle : produire une pensée moderne de la norme capable d’intégrer le souci des Anciens quant à la vertu civique.

En ce sens, le livre de V. Ferrone gagne à être considéré d’un point de vue épistémologique, et cela sous un angle double. Il se présente d’abord dans cette dimension comme une remarquable synthèse d’histoire des idées culturelles, morales et politiques, registre de savoir dans lequel la France – parce que notre tradition nationale, sans même avoir une conscience nette de ce tropisme, a toujours eu tendance à essentialiser les concepts ? – a toujours subi un certain retard méthodologique, d’autres auteurs l’ont constaté[13]. Il nous invite ensuite à réfléchir à ce que désigne, pour une œuvre de pensée, son contexte, ce qui signifie à la fois les conditions multiples et toujours en partie mystérieuses de sa genèse (le contexte d’apparition de l’œuvre), aussi bien que la faculté manifestée par cette œuvre d’agir sur certains aspects de la réalité (son contexte d’expression).



Pour achever cette présentation, nous voulons insister sur un point qui nous semble capital pour la théorie politique normative aujourd’hui : la réflexion de V. Ferrone sur Filangieri invite enfin à revenir dans le temps présent, en ce qu’elle conduit à nous interroger sur la signification même d’une politique inspirée par l’exigence des Lumières. Quelles sont, dans une démocratie contemporaine, les ressources de l’entreprise constitutionnelle ? Plus précisément formulé, que peut sur les mœurs de citoyens la création de lois favorables à l’émergence d’un esprit public ? Et dans le fond ce livre nous explique comment, dans la voie constitutionnelle qu’il avait choisie, Filangieri s’était engagé afin de traiter ce qui allait rapidement devenir un cas d’école de la théorie normative contemporaine : poursuivre la tâche des Lumières en dépassant l’opposition entre le libéralisme et le républicanisme, certes pertinente en apparence, mais finalement dangereuse car susceptible, en les sédimentant comme des idéologies figées, de dresser l’un contre l’autre les deux discours de référence de la modernité politique. La qualité de cet ouvrage réside donc également dans la perspective de travail à laquelle il nous convie pour notre temps – réunir enfin les deux concepts de la liberté.

 

 

 

 

 

 



[1] Echappent à ce reproche les travaux qui, depuis quelques années, se sont consacrés à l’étude du groupe de Coppet : voir par exemple Françoise Tilkin (dir.), Le groupe de Coppet et le monde moderne. Conceptions, images, débats (actes du VIème Colloque de Coppet, Liège, 1997), Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de Liège, Fascicule CCLXXVII, Genève, Librairie Droz, 1998 ; Lucien Jaume (dir.), Coppet, creuset de l’esprit libéral, Paris, Economica/Aix-en-Provence, Presses universitaires d’Aix-Marseille, 2000. Le rapport entre les deux moments est souvent envisagé en France à la lumière de la filiation entre les Idéologues et le groupe de Coppet, cf. à cet égard le dossier d’études paru dans la Revue française d’Histoire des Idées Politiques, n° 18, 2003 : « Les Idéologues et le groupe de Coppet ».

[2] Benjamin Constant, Commentaire sur l’ouvrage de Filangieri, Paris, P. Didot, 1822-1824, 2 volumes ; une édition récente du Commentaire a paru aux éditions Les Belles Lettres en 2004, avec une préface d’A. Laurent.

[3]  Voir infra, La politique des Lumières, chapitre X : « Constant le libéral contre l’homme des Lumières Filangieri : deux interprétations de la modernité face à face ». Sur les relations théoriques entre Filangieri et Constant, cf. également Antonio Trampus, « Filangieri et Constant : constitutionnalisme des Lumières et constitutionnalisme libéral », Annales B. Constant, n°30-2006.

[4] Voir à ce propos Jean-Fabien Spitz, « Imperium et dominium chez Locke », Droits, 22, 1995, p. 27-38, ainsi que l’Introduction de Franck Lessay à son ouvrage Le débat Locke-Filmer, Paris, PUF, 1998, p. 1-142, particulièrement p. 60-86.

[5] La politique des Lumières, p. 118.

[6] Cf. Leo Strauss, Natural Right and History [1953], trad. Droit naturel et histoire par M. Nathan et E. de Dampierre, Paris, Plon, 1954 ; Flammarion, « Champs », 1986.

[7] Voir à ce propos Norberto Bobbio, L’età dei diritti [1990], trad. partielle sous le titre Le futur de la démocratie par J.-L. Pouthier, Paris, Le Seuil, 2007, en particulier chapitres I et II, p. 33-69.

[8] Cf. Crawford B. Macpherson, La théorie politique de l'individualisme possessif, de Hobbes à Locke [1962], trad. Michel Fuchs, Paris, Gallimard, 1971 (rééd. « Folio Essais », 2004, avec une postface de Patrick Savidan) ; ainsi que Robert Castel et Claudine Haroche, Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi : entretiens sur la construction de l'individu moderne, Paris, Fayard, 2001.

[9] Cf. Gaetano Filangieri, La Scienza della legislazione, édition critique sous la direction de Vincenzo Ferrone, Venise, Centro di Studi sull’Illuminismo europeo « G. Stiffoni », 7 vol., 2003. Le Livre IV intitulé « Des lois qui concernent l’éducation, les mœurs et l’instruction publique » occupe le volume 5 de cette édition (volume édité par Paolo Bianchini).

[10] Cf. Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, Cinq mémoires sur l’instruction publique [1791] et le Mémoire sur l’instruction publique [1792], édition de Charles Coutel et de Catherine Kintzler, Paris, Flammarion, « GF », 1994.

[11] Voir par exemple la traduction de la Science nouvelle par Alain Pons (Paris, Fayard, 2001), et également : Olivier Remaud, Les archives de l’humanité. Essai sur la philosophie de Vico, Paris, Le Seuil, 2004 ; André Tosel (dir.), « La Scienza nuova de Giambattista Vico », Noésis, n°8-2005.

[12] Œuvre constitutionnelle dont V. Ferrone a d’ailleurs dirigé la récente édition critique : voir Progetto di costituzione della Repubblica Napoletana presentato al Governo Provvisorio dal comitato di legislazione, a cura di Federica  Morelli e Antonio Trampus, Introduzione di Anna Maria Rao, Venise, Centro di Studi sull’Illuminismo europeo « G. Stiffoni », 2008.

[13] Voir par exemple à ce propos les fines remarques de Zeev Sternhell dans l’Introduction de son ouvrage Les anti-Lumières. Du XVIIIème siècle à la guerre froide, Paris, Fayard, 2006, p. 34-39.

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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 09:39

Saint-Martin d’Uriage, Centre culturel Le Belvédère

« L’instant philo »

Jeudi 28 mai 2009, 20 heures

 

Culte et culture du sport.

Une exploration des valeurs sportives aujourd’hui

Thierry Ménissier

 

Sur le site personnel de Jannie Longo*, l’animation de la page d’accueil présente en boucle les valeurs que la championne cycliste reconnaît comme siennes. Apparaissent successivement : « ambition », « dépassement de soi », « amour du sport », « passion », « record », « mérite », « générosité ». Ces termes peuvent servir d’accroche à notre réflexion : que signifient exactement ce catalogue hétérogène et le choix d’un tel ordre de présentation, tant du point de vue de ce qu’une championne telle que Jannie Longo entend « communiquer » que d’un point de vue plus général ? Par suite, comment appréhender la fonction du sport dans la société de type démocratique ?

On fera l’hypothèse que, malgré l’extrême variété de pratiques qu’il recouvre, le sport doit y être regardé comme un « fait social total » (selon l’expression de l’anthropologue Marcel Mauss) : à savoir, comme une activité de référence pour de très nombreuses autres fort différentes, capable d’imposer à celles-ci ses modes de représentation. Ainsi, on prendra au sérieux la notion de « culte » du sport : ne représente-t-il pas à certains égards un foyer de production du sacré dans la civilisation contemporaine ? Ou bien doit-on l’appréhender en termes critiques comme l’effet dérisoire de la « spectacularisation » de la société ? Par suite, de quelle nature est cette aura dont bénéficient les grands champions : véritables héros ou pantins médiatiques ?

Aucune civilisation n’a jamais négligé l’importance éducative et spirituelle de l’activité physique – mais la nôtre, en conférant une place inouïe à l’activité proprement sportive et en ayant professionnalisé cette activité, n’est-elle pas en train d’inventer quelque chose de nouveau ? Comment, au final, appréhender les conséquences de l’inflation des valeurs sportives, ou le fait que celles-ci contaminent désormais toute la société ?

Une présentation du problème en trente ou quarante minutes précédera un débat d’un peu plus d’une heure.

* : http://jeannielongo.free.fr/pages/cadres01.html


Pour se rendre au Belvédère, voir les informations sur le site d’Uriage :

http://www.uriage-les-bains.com/1.aspx

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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 21:02
 

Saint-Martin d’Uriage, Centre culturel Le Belvédère

« L’instant philo »

Jeudi 26 mars 2009, 20 heures


La science irresponsable ?

Atouts et menaces du progrès scientifique

Thierry Ménissier


Lors de cette troisième soirée de rencontre-débat philosophique, notre réflexion portera sur la valeur de la science dans la société contemporaine. Il s'agira d'abord de définir la connaissance scientifique et de préciser ce qu'on entend par « esprit scientifique ». Ensuite, on établira brièvement un « état de lieux » des avancées récentes de la science.

Ces préliminaires permettront de jauger si cette dernière, traditionnellement liée depuis l'essor de la modernité, à un discours de réassurance, n'est pas devenue inquiétante – et si c'est exact, nous chercherons à savoir sur quoi porte cette inquiétude.

De plus, une telle ambiguïté est-elle due aux succès de la science ou à ses échecs ? Et est-ce la science qu'il faut tenir pour responsable de la montée de certains périls, ou bien l'usage qui en est fait, notamment politique ?

Notre attention se portera en particulier sur les domaines de la production d'énergie, du perfectionnement des armements et de la connaissance biologique. Faut-il par exemple borner par une déontologie spéciale le mouvement de l'expérimentation sur le vivant, à présent que le génome s'ouvre littéralement au regard des savants ? Et quel usage général faire du fameux « principe de précaution » ?

Grâce à ce type d'approche, on examinera les fonctions que la science assume dans nos existences et dans la société, et l'on cherchera à préciser ce qu'on peut exactement attendre de ce mot magique : le progrès.


Pour se rendre au Belvédère, voir les informations sur le programme du centre culturel, consultable en ligne au lien :

http://www.uriage-les-bains.com/tourisme/doc/Prog_Belvedere.pdf

(L’information concernant précise concernant « L’instant philo » se trouve à la page 8 de ce document).

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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 20:59



ACCESSIBLE A CE LIEN LE PROGRAMME DU BEAU COLLOQUE GRENOBLOIS SUR

LE TRICENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE VAUCANSON :


http://vaucanson2009.fr/

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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 04:44

La société alpine de philosophie consacre son SEMINAIRE D'HIVER au thème « LE TRAGIQUE ».



Le samedi 28 février 2009

de 13h30 à 17h30, à l'Hexagone-scène nationale de Meylan.



Deux conférences invitées seront suivies d'une mise en perspective des thématiques abordées, puis d'un débat général entre les participants au séminaire.


Participation aux frais : 10 euros ou 5 euros pour les adhérents

(entrée libre pour les chômeurs, étudiants et moins de 18 ans).


La société alpine de philosophie est une association loi de 1901 dédiée à la diffusion et à la pratique du savoir philosophique, traditionnellement liée au Département de philosophie de l'UPMF.



Présentation du séminaire :

En écho aux spectacles* Le soleil, ni la mort ne peuvent se regarder en face, Macbeth, Sous les visages, Le Bruit des os qui craquent ou encore La Douleur, une après-midi d’échange et de réflexion philosophique est organisée autour de la notion de Tragique. Il s’agira de réfléchir ensemble à la valeur et à la pertinence contemporaine de cette notion pour éclairer notre époque dans ses dimensions intellectuelle, morale, politique et spirituelle.

(*) spectacles présentés cette saison à l'Hexagone


Cette notion de tragique a été inventée par les anciens Grecs et Latins dans le cadre d'une méditation sur la condition humaine ; elle visait notamment à caractériser la nature et les limites de la liberté. Il faut regarder le héros tragique comme un être voué à faire l'épreuve risquée du dépassement de la condition humaine, dans un univers qui porte la trace des dieux. Selon Aristote, ce spectacle terrible visait à provoquer une réaction nommée « catharsis », faite d'identification et d'effroi, à l'issue de laquelle la vie ordinaire reprend son cours dans ses limites, perçues et mieux comprises par les spectateurs. A notre époque, plusieurs auteurs ont affirmé que l'histoire contemporaine était devenue tragique. Quelle est la pertinence du type dramatique de la tragédie pour saisir les contradictions de notre temps ? Et s'il faut considérer le tragique comme une « forme mentale », quelle est sa fécondité pour l'appréhension des tourments de notre histoire contemporaine ?


Intervenants :

- Géraldine Bénichou, metteuse en scène. Après des études de philosophie, elle fonde à Lyon en 1996 le Théâtre du Grabuge. En 2003, elle intègre l’Unité Nomade de Formation à la Mise en scène du Conservatoire de Paris. À la recherche d’un théâtre à la fois épique et intime où se tisse chant, musique et texte, elle développe son travail hors des théâtres avec la création de «Passerelles». À partir de témoignages glanés lors de ces rencontres, Géraldine Bénichou explore « un théâtre de création documentaire ». Elle a présenté à l’Hexagone Scène nationale Antigone et Anna et ses sœurs

- Thierry Ménissier, agrégé de philosophie après des études de philosophie à la Sorbonne et docteur de l'Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales en « études politiques ». Il est maître de conférences de philosophie politique et habilité à diriger des recherches en science politique à l'Université Pierre Mendès France – Grenoble 2. Il préside depuis 2005 la Société Alpine de Philosophie. Spécialiste de Machiavel, ses recherches actuelles portent sur les formes de légitimité collective et sur les concepts normatifs nécessaires pour une philosophie contemporaine de la démocratie.


Déroulé de l’après-midi :

13h30 > accueil

14h-15h30 > Prise de parole des intervenants

15h30-16h > pause café / thé

16h-17h30 > débat avec la salle


 

 


Contact : societealpinedephilosophie@orange.fr

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 17:32
 

La guerre juste
Approches de la théorie politique

 

Journée d'études

 

Mardi 10 février 2009

 

Amphithéâtre de l'EHESS


105, bd. Raspail Paris 6e.

 


Organisateurs : Jean-Vincent Holeindre (Centre de recherches politiques Raymond-Aron) et Daniel Brunstetter (Irvine); avec le soutien de la Fondation Saint-Cyr.


 

9h. Introduction par Daniel Brunstetter (Irvine)

 


9h30-11h00 : L'Amérique et la guerre juste

Guillaume Durin (Lyon-III), Les théories américaines de la guerre juste

Daniel Brunstetter (Irvine), Yes we can : Obama on war

Discutant : Olivier Chopin (EHESS)


 

11h30-13h00 : Guerre juste et éthique de la guerre

Ariel Colonomos (CERI-CNRS), Guerre préventive et guerre juste.

Jean-Vincent Holeindre (EHESS), Les ruses de guerre sont-elles toujours perfides ? Une approche du droit de la guerre.

Discutant : Gérald Larché (EHESS).


 

13h-15h : Déjeuner libre


 

15h-16h30h : Sortir de la guerre

Julie Saada (IUFM/Paris-IV), Jus post bellum, justice pénale internationale et justice réparatrice

Brian Orend (Waterloo), Justice After War: Perspectives Today

Discutant: Dario Battistella (IEP Bordeaux)


 

17h : Conférence de clôture

Philippe Raynaud (Paris-II), La guerre juste entre philosophie politique et philosophie du droit.


 

18h : Pot amical, Hall de la Maison des sciences de l'homme, 54, bd. Raspail Paris 6e.


 

Contact : Jean-Vincent Holeindre, holeindr@ehess.fr

 

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 11:15

CYCLE DE CONFERENCES 2009


CLINIQUE DE LA SUBJECTIVITE CONTEMPORAINE



Proposé par : B.Jeanmart et D.Sainte-Rose


Lectures


« Il y a donc une pensée de la littérature. La littérature est un exercice de pensée ; la lecture une
expérimentation des possibles… La littérature, pour quoi faire ? La littérature est- elle remplaçable ? Elle est concurrencée dans tous ses usages et ne détient de monopole sur rien, mais l’humilité lui sied et ses pouvoirs restent démesurés ; elle peut donc être embrassée sans état d’âme et sa place dans la Cité est assurée. L’exercice jamais clos de la lecture demeure le lieu par excellence de l’apprentissage de soi et de l’autre, découverte non d’une personnalité ferme, mais d’une identité obstinément en devenir. »


La proposition de cette année, est de mettre à l’épreuve d’une réflexion partagée cette remarque d’Antoine

Compagnon dans son cours inaugural du Collège de France prononcé le 30 novembre 2006. A l’appui de la

lecture, toujours singulière d’un certain nombre de textes littéraires, dont le choix est susceptible d’éclairer les constructions et les spécificités de la subjectivité contemporaine, l’invitation est offerte d’interroger les

modalités de lectures et d’interprétations qui sont mises en jeu afin de mieux discerner ce qu’ils favorisent ou entravent dans l ’accès à une meilleure expérimentation des possibles .


Sur fond d’une indisciplinarité ouverte et curieuse, ces lectures devraient permettre quelques rencontres

inattendues avec leurs effets de discussion et de transmission. A ce titre chacun peut être sollicité en son nom propre, indépendammant de toute doctrine ou courant de pensée.


3 février 2009 : Yves CITTON, professeur de littérature française du XVIIIè siècle à l’Université STENDHAL, GRENOBLE 3 :

 

 

« La lecture comme rencontre, actualité de Tiphaigne de la Roche (1749-1765). Texte téléchargeable :http://gallica.bnf.fr/ puis taper « Giphantie » sous la rubrique TITRE,puis cliquer pour télécharger les deux parties.


2 avril 2009 : Fanny DECHANET-PLATZ, chargée de cours à l’Université STENDHAL, GRENOBLE 3 :


  « Lire les sommeilS, 1890-1950, la littérature comme mémoire et expérimentation de la subjectivité ».cf : DECHANET-PLATZ Fanny, L’écrivain, le sommeil et les rêves, Gallimard,2008.



14 mai 2009 : Dominique FALCY, professeur de philosophie en classes préparatoires au lycée CHAMPOLLION, GRENOBLE :

 

« l’Age d’homme de Michel Leiris, lecture des énigmes d’un moi »



Thierry VINCENT, psychiatre, psychanalyste, GRENOBLE :


  « Les Bienveillantes de Jonathan Littell : y a-t-il une banalité du mal ? ».* lieu et date non encore déterminés uniquement pour cette conférence.



20 h 30 Salle des conférences. Clinique Georges Dumas,10 avenue Maquis Grésivaudan, La Tronche. Entrée : 3€



Renseignements :


bruno.jeanmart@wanadoo.fr / dominique.sainterose@orange.fr



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