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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 04:59

L’Instant philo de Saint-Martin d’Uriage, saison 6 / séance 1

Centre culturel Le Belvédère, jeudi 14 novembre 2013, à partir de 20 h

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles

 

Thierry Ménissier, Professeur de philosophie, Université de Grenoble Alpes

Philosophie du mourir et nouvelles technologies du soin

 

Cet excellent hôtel est très ancien. Déjà à l’époque du roi Clovis on y mourait dans quelques lits. À présent on y meurt dans cinq cent cinquante-neuf lits. En série, bien entendu. Il est évident qu’en raison d’une production aussi intense, chaque mort individuelle n’est pas aussi bien exécutée, mais d’ailleurs cela importe peu. C’est le nombre qui compte. Qui attache encore du prix à une mort bien exécutée ? Personne. Même les riches, qui pourraient cependant s’offrir ce luxe, ont cessé de s’en soucier ; le désir d’avoir sa mort à soi devient de plus en plus rare. Quelque temps encore, et il deviendra aussi rare qu’une vie personnelle. C’est que, mon Dieu, tout est là. On arrive, on trouve une existence toute prête, on n’a plus qu’à la revêtir. On veut repartir, ou bien l’on est forcé de s’en aller : surtout pas d’effort ! Voilà votre mort, monsieur. On meurt tant bien que mal, on meurt de la mort qui fait partie de la maladie dont on souffre. (Car depuis qu’on connaît toutes les maladies, on sait parfaitement que les différentes issues mortelles dépendent des maladies, et non des hommes ; et le malade n’a pour ainsi dire plus rien à faire.)

Rainer Maria Rilke

Les Cahiers de Malte Laurids Brigge,

Trad. Maurice Betz

 

 

« L’Instant philo » est un séminaire de philosophie destiné à tout public intéressé par la réflexion. Cette sixième saison comprend 4 sessions, couplées deux à deux : un thème est traité lors de la première séance, puis on reçoit un invité expert de la question abordée pour un dialogue sur les enjeux philosophiques.

 

Dans cette première séance de L’Instant philo, je voudrais mettre en relation deux ordres de faits. D’une part, l’évolution des biotechnologies et des procédures de soins relatives à la mort, de l’autre la philosophie du savoir mourir telle qu’elle a été développée par une longue tradition d’auteurs, tels que Michel de Montaigne, Rainer Maria Rilke et plus récemment Martin Heidegger.

 

Ces auteurs ont considéré l’expérience du mourir comme fondamentale pour une existence philosophique ; pour eux savoir mourir représente une conquête par l’homme de sa propre authenticité. Heidegger (1889-1975) a développé une approche philosophique de la mort particulièrement construite, d’abord avec sa thèse de « l’être-pour-la-mort » (dans Être et temps, 1927) puis avec celle du mourir comme événement proprement humain lié à la double faculté d’« être capable de la mort en tant que mort » et d’« habiter la Terre » (Essais et conférences, 1954) ; de manière très intéressante il a adapté pour une philosophie du savoir mourir les idées d’« intentionnalité » et de « monde » héritées de la tradition phénoménologique.

 

Quel sens prend dans le contexte des technologies et de dispositifs contemporains de soins une telle tentative philosophique ? Ces technologies et ces dispositifs ne coupent-ils pas l’humain de sa subjectivité mourante, notamment parce qu’ils soumettent le processus du décès à une extériorité objective et fatalement inauthentique ? Quelle philosophie du mourir dans les nouvelles conditions de soin ? Quelle anthropologie (représentation de l’Homme) à l’ère du « désir d’une vie illimitée » et de la « biopolitique », pour reprendre les éléments du titre d’un ouvrage récent de Francesco Paolo Adorno (Kimé, 2012) ?

 

Prochaine séance : jeudi 20 février 2014, 20 h, invité à préciser.

Pour se rendre au Centre culturel Le Belvédère : http://www.belvedere-culture.fr/

Le Transi de René de Chalon par Ligier Richier, Eglise Saint-Etienne de Bar-le-Duc (vers 1550). Une des expressions esthétiques du mourir les plus impressionnantes que j'ai croisées.

Le Transi de René de Chalon par Ligier Richier, Eglise Saint-Etienne de Bar-le-Duc (vers 1550). Une des expressions esthétiques du mourir les plus impressionnantes que j'ai croisées.

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Thierry Ménissier - dans Evénements
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