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7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 22:10


Cette section comprend les éléments d'un cours sur la philosophie politique de Spinoza que j'ai donné en 2005-2006 dans le cadre de la prépartion à l'agrégation de philosophie et du master 2 "Histoire de la philosophie".

 




 

Argument du cours



Ce cours a pour objet l’étude de la philosophie politique de Spinoza. Il part de l’hypothèse qu’elle se construit autour d’un double thème. D’une part, le penseur hollandais entreprend de construire une philosophie de la politique entièrement rationnelle, centrée sur l’accord des substances individuelles pensées comme conatus lorsqu’elles agissent selon la raison ; de l’autre, il se fonde sur la reconnaissance de l’importance des passions.

D’un côté, dominée par l’Ethique, l’œuvre spinoziste propose l’idée d’une communauté des hommes conduits par la raison, et se présente de ce fait comme une des tentatives les plus abouties pour conférer une signification positive à l’expression si souvent oxymorique « philosophie politique ». De l’autre, la dynamique des passions anime l’ordre social pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur : l’expression des passions renforce la puissance collective, rendant inutile le modèle contractualiste ; pour le pire : elle attise la haine, singulièrement dans le cas des passions religieuses.

Alors, tandis que l’ambition du penseur hollandais n’est ni de changer radicalement l’homme passionné, ni même d’apaiser intégralement les tumultes qui naissent spontanément dans la cité, comment réaliser la communauté des hommes guidés par la raison ? Qu’est-ce que peut être une politique philosophique à la fois pleinement rationnelle et admettant l’influence des passions dans la conduite des hommes ? La solution théorique à ces questions paraît reposer sur le traitement spinoziste des relations entre nature et raison, qui engendre une reformulation du droit naturel ; leur solution pratique semble consister dans le développement des conséquences d’une idée de souveraineté tout à fait originale, qui se résume dans l’expression « puissance de la multitude », et en la promotion d’un Etat fondé sur la liberté des sujets, mus par le droit naturel.

Nous verrons que parce qu’il bouleverse la théorie de l’obéissance proposée par Hobbes, Spinoza contribue à forger une nouvelle représentation de l’obligation civique, et qu’il est de ce fait un des fondateurs de la démocratie. Et que, parce qu’il propose de constituer une « politique de l’immanence », il est l’inspirateur des penseurs politiques contemporains théoriciens de la démocratie radicale, c’est-à-dire, au-delà des formes démocratiques actuelles, l’instigateur de voies qui sont encore à explorer.


 



Introduction : Particularités et enjeux de la philosophie politique de Spinoza



1. Philosophie et politique

 
1.1. Le corpus problématique de la théorie politique spinoziste

1.1.1. Trois moments théoriques indépendants ?

1.1.2. Le projet d’unifier la tradition réaliste et l’exigence philosophique

1.2. Philosophie, politique et anthropologie


1.2.1. Une politique du conatus ?

- Identification du conatus

- La composition des conatus


1.2.2. La redéfinition du droit naturel

- Du droit naturel considéré en général

- Le « droit de nature » selon Hobbes


2. Politique et passions

 
2.1. Des hommes passionnés naturellement en lutte les uns contre les autres

 

2.1.1. Le régime des passions contraires

2.1.2. Etat de nature et état civil conçus en fonction de la théorie des passions

2.2. L’efficience socio-politique des passions


2.2.1. La loi de l’imitation affective

2.2.2. L’efficience politique des passions et de l’imagination dans la constitution d’une nation : l’Etat des Hébreux

- Logique de la superstition

- De la supériorité réelle des Hébreux sur les autres peuples


3. Les modes concrets de la vie politique


3.1. Institution de la société politique et affirmation de la liberté collective


3.1.1. Déterminer le droit positif qui correspond à la redéfinition du droit naturel

3.1.2. Liberté et libéralisme

3.2. Du contrat social à son dépassement


3.2.1. La théorie spinoziste du transfert de doit par contrat

3.2.2. La critique du contrat et la remise en question du concept hobbésien de « populus » au profit de celui de « multitudo »

- « Multitude » et « peuple » selon Hobbes : l’institution du sujet collectif légitime

- L’affirmation spinoziste de la « multitude » et l’idée d’un transfert de droit non juridique


3.3. La multiplicité des régimes, ou la politique dans l’histoire

3.3.1. Une typologie des régimes

3.3.2. Quel est le meilleur régime ?

3.4. Politique et religion, leurs relations concrètes



Bibliographie


  1. Textes et éditions utilisés :


  • Traité de la réforme de l’entendement, traduction A. Koyré, Paris, Vrin, 1984.

  • Éthique, traduction de Ch. Appuhn, tome III des Œuvres, Paris, Flammarion, « GF », 1965 ; traduction avec le texte original en regard de B. Pautrat, Paris, Le Seuil, 1988.

  • Traité théologico-politique : traduction Ch. Appuhn, tome II des Œuvres de Spinoza (reéd. Flammarion, « GF », 1965). Si, pour des raisons de commodité, les références courantes du cours sont effectuées dans cette édition, nous nous appuyons systématiquement sur celle de J. Lagrée et de P.-F. Moreau, avec le texte latin en regard, tome III de la nouvelle collection des Œuvres (Paris, P.U.F., coll. « Epiméthée », 1999).

  • Traité politique : traduction de Ch. Appuhn, tome IV des Œuvres (Flammarion, « GF », 1966) pour les références courantes, mais nous nous sommes également référés à celle de P.-F. Moreau, avec le texte latin en regard et un index approfondi (Paris, éditions Répliques, 1979), et à celle d’E. Saisset (1842) révisée par L. Bove (Paris, L.G.F., « Livre de Poche/Classiques de la philosophie », 2002). A signaler la nouvelle traduction récente par Charles Ramond, Tractatus politicus / Traité politique, in Œuvres V, Paris, P.U.F., « Epiméthée », 2005.

  • Lettres, traduction Ch. Appuhn, dans le tome IV des Œuvres, op. cit.

 

  1. Commentaires consultés :


  • Etienne Balibar,

  • Spinoza et la politique, Paris, P.U.F., 1985.

  • « Individualité et transindividualité chez Spinoza », dans Pierre-François Moreau (dir.), Architectures de la raison. Mélanges offerts à Alexandre Matheron, Paris, E.N.S. Editions, 1996.

  • Olivier Bloch (dir.), Spinoza au XXème siècle, Paris, P.U.F., 1993.

  • Laurent Bove,

  • La stratégie du conatus. Affirmation et résistance chez Spinoza, Paris, Vrin, 1996.

  • « De l’étude de l’Etat hébreu à la démocratie. La stratégie politique du conatus spinoziste », Revue Philosophiques, 29/1, Printemps 2002, p. 107-119.

  • Gilles Deleuze, Spinoza. Philosophie pratique, Paris, Editions de Minuit, 1981.

  • Philippe Drieux, « Les voies de la communauté. Ethique, IV, 37, seconde démonstration », dans Ch. Jaquet, P. Séverac, A. Suhamy, Fortitude et servitude. Lectures de l’Ethique IV de Spinoza, Paris, Kimé, p. 107-121.

  • Humberto Giannini, Pierre-François Moreau, Patrice Vermeren (dir.), Spinoza et la politique, Paris-Montréal, L’Harmattan, 1997.

  • Chantal Jaquet,

  • Spinoza ou la prudence, Paris, Quintette, 1997.

  • L’unité du corps et de l’esprit : affections, actions et passions chez Spinoza, Paris, P.U.F., « Quadrige », 2004.

  • Jacqueline Lagrée, Spinoza et le débat religieux : lectures du Traité théologico-politique. En hommage à Stanislas Breton, Rennes, Presses Universitaires, 2004.

  • Christian Lazzeri,

  • « Spinoza et le problème de la raison d’Etat », dans Yves Charles Zarka (dir.), Raisons et déraisons d’Etat, XVIème-XVIIème siècles, Paris, PUF, 1993.

  • Droit, pouvoir et liberté. Spinoza critique de Hobbes, Paris, P.U.F., 1998.

  • Alexandre Matheron,

  • Individu et communauté chez Spinoza, Paris, Editions de Minuit, 1969.

  • Anthropologie et politique au XVIIème siècle. Etudes sur Spinoza, Paris, Vrin, 1986.

  • « Le problème de l’évolution de Spinoza du Traité théologico-politique au Traité politique », dans Spinoza. Issues and Directions, ed. by E. Curley and P.-F. Moreau, Leyden, Brill, 1990, p. 258-270.

  • « Y a-t-il une théorie spinoziste de la prudence ? » dans André Tosel (dir.), De la prudence des Anciens comparée à celle des Modernes, Besançon, Annales littéraires de l’Université de Besançon, 1995.

  • « Le moment stoïcien de l’Ethique de Spinoza », dans Pierre-François Moreau (dir.), Le stoïcisme au XVIème et au XVIIème siècle. Le retour des philosophies antiques à l’âge classique, tome I, Paris, Albin Michel, 1999, p. 302-316.

  • Pierre-François Moreau,

  • « Fortune et théorie de l’histoire », dans Spinoza. Issues and Directions, ed. by E. Curley and P.-F. Moreau, Leyde, Brill, 1990, p. 298-305

  • « La place de la politique dans l’Ethique », dans Ch. Jaquet, P. Séverac, A. Suhamy, Fortitude et servitude. Lectures de l’Ethique IV de Spinoza, Paris, Kimé, 2003, p. 123-144.

  • (dir., avec Charles Ramond) Lectures de Spinoza, Paris, Ellipses, 2006.

  • Vittorio Morfino, Il tempo e l’occasione : l’incontro Spinoza Machiavelli, Milan, LED, 2002.

  • Lucien Mugnier-Pollet, La philosophie politique de Spinoza, Paris, Vrin, 1976.

  • Antonio Negri,

  • L’anomalie sauvage. Puissance et pouvoir chez Spinoza, trad. fr. Paris, P.U.F., 1982.

  • Spinoza subversif. Variations (in)actuelles, Paris, Kimé, 1994. 

  • Le pouvoir constituant. Essai sur les alternatives de la modernité, trad. fr. Paris, P.U.F., 1997.

  • Myriam Revault d’Allonnes et Hadi Rizk (dir.), Spinoza, Puissance et ontologie, Paris, Kimé, 1994.

  • Leo Strauss,

  • La critique de la religion chez Spinoza, ou les fondements de la science spinoziste de la Bible. Recherches pour une étude du Traité théologico-politique [1930], trad. fr. G. Almaleh, A. Baraquin, M. Depadt-Ejchenbaum, Paris, Le Cerf, 1996.

  • « Comment étudier le Traité théologico-politique de Spinoza ? », dans La persécution et l’art d’écrire, chapitre V [1952], trad. fr. O. Berrichon-Sedeyn, Paris, Presses Pocket, « Agora », 1989.

  • André Tosel,

  • Spinoza ou le crépuscule de la servitude, Paris, Aubier, 1984.

  • Du matérialisme de Spinoza, Paris, Kimé, 1994.

  • Sylvain Zac, « Spinoza et l’Etat des Hébreux », Revue philosophique, n°2 – 1977, p. 201-232.

  • François Zourabichvili,

  • Le conservatisme paradoxal de Spinoza. Enfance et royauté, Paris, P.U.F., 2002.

  • Spinoza, une physique de la pensée, Paris, P.U.F., 2002.


  1. Autres œuvres utilisées :


  • Descartes, Œuvres philosophiques, édition de F. Alquié, 3 tomes, Paris, Classiques Garnier, 1963-1973.

  • Hobbes,

  • De Cive. Le citoyen ou les fondements de la politique [1642], trad. fr. S. de Sorbière [1649], avec une introduction de S. Goyard-Fabre, Paris, Flammarion, « GF », 1982.

  • Leviathan, or the Matter, Forme, and Power of a Common-wealth ecclesiasticall and civill [1651], edited by C.B. Macpherson, London, Penguin Books, « Penguin Classics », 1985 ; traduction : Léviathan, trad. fr. par F. Tricaud, Paris, Sirey, 1971 ; Paris, Dalloz, 1999.

  • Locke,

  • The Second Treatise of Government : An Essay Concerning the True Original, Extent, and End of Civil Government [1689], dans Political Writings, edited by David Wootton, London, Penguin Books, « Penguin Classics », 1993 ; traduction : Le second traité du gouvernement : essai sur la véritable origine, l’étendue et la fin du gouvernement civil, trad. fr. J.-F. Spitz avec la collab. de Ch. Lazzeri, Paris, P.U.F., 1994.

  • Lettre sur la tolérance [1686] et autres textes, trad. fr. J.-F. Spitz, Paris, Flammarion, « GF », 1992.

  • Machiavel,

  • De PrincipatibusLe Prince [1513], texte italien établi par G. Inglese et traduction par J.-L. Fournel et J.-C. Zancarini, Paris, P.U.F., 2000.

  • Discorsi sopra la prima deca di Tito-Livio [1513-1518], a cura di G. Inglese, Milano, Rizzoli, « Biblioteca Universale Rizzoli / Classici della B.U.R. », 1984 ; traduction : Discours sur la première décade de Tite-Live, par A. Fontana et X. Tabet, Paris, Gallimard, 2004.

NB : pour toutes les citations du texte de Machiavel, nous adoptons le système de présentation mis en place par Inglese. La mention « Discours, I, 2, 6, trad. p. 58 » renvoie donc au livre I, chapitre 2, paragraphe 6 dans son édition du texte italien et à la p. 58 de la traduction Fontana/Tabet.


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Thierry Ménissier - dans Spinoza
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commentaires

wildcat 07/09/2012 14:20

Tres interessant l'argument du cours. Il faut modeler une nouvelle democratie incorporant les technologies actuelles. Seule une erreur: il n'y a pas "des substances individuelles". Il n'y a qu'une
seule Substance, le reste sont modes de duration finite.

Essay Writing Help 31/12/2009 15:06


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