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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 12:43

UPMF

 

Je commence cette année un séminaire sur les rapports entre vie politique et les facultés des images (l'imagination et l'imaginaire) ; ce travail de recherche académique prend appui sur une expérimentation pédagogique collective que nous avons intitulée l'Atelier de l'imaginaire. Voici une présentation successivement de ces deux éléments, qui constituent pour moi les deux moments d'un  même programme destiné à comprendre les apports de la faculté des images à la société contemporaine, sur quatre plan : épistémologique, pédagogique, spirituel et politique.

 

 

Université Pierre Mendès France – Grenoble 2

UFR des sciences humaines, Département de philosophie

Année universitaire 2012-2013, 1er semestre

Master de philosophie, 1ère année

Séminaire de philosophie politique, UE4 (5 ECTS)

 

Thierry Ménissier, Professeur de philosophie « Sciences humaines et innovation »

Grenoble Institut de l’Innovation – UPMF

Thierry.Menissier@upmf-grenoble.fr

 

Titre du séminaire : Vie politique, imagination et imaginaire contemporains

 

Argument général


Les images et les facultés qu’on leur associe représentent les parents pauvres de la tradition philosophique car elles ont été régulièrement dévalorisées au profit des concepts ou de la logique, de l’entendement ou de la raison (tel est le cas pour l’imagination et plus encore pour l’imaginaire). Dans ce séminaire, nous voulons partir à la recherche de l’imaginaire contemporain dans le domaine de la « vie politique », ce terme désignant de manière non métaphorique l’élément usuel de l’animal politique, ou, de manière métaphorique, ce qui donne son « épaisseur » ou sa « consistance » à la vie dans la cité.


Curieuse faculté que celle de produire des images : les philosophes la vilipendent comme maîtresse d’erreurs et de fausseté, et de fait, elle est souvent captée par les démagogues et les médias pour régner sur des populations abruties ; dans le même temps, il n’y a jamais eu et il ne peut y avoir de mouvement d’émancipation sans la production d’un imaginaire partagé. Dans le domaine politique, la démarcation entre la servitude et liberté ne semble pas passer par la présence ou l’absence d’imaginaire, mais par la pauvreté ou la richesse de ce dernier. Kant reconnaissait à l’imagination un rôle fondamental dans le fonctionnement de l’entendement ; il faut probablement lui accorder un rôle analogue  dans la capacité à constituer la liberté politique.


Notre perspective consiste à réfléchir politiquement à la condition humaine (ou à réfléchir la condition humaine dans ce qu’elle a de politique) ; nous entendons par « politique » la dimension à la fois collective et historique de l’expérience humaine.


Cependant, notre ambition est de penser philosophiquement l’imaginaire contemporain – et dans cette intention, nous accordons une place privilégiée à la dimension technique ou technologique. L’environnement des êtres humains qui évoluent dans les sociétés évoluées est aujourd’hui hautement technologique ; telle est la réalité avec laquelle nos contemporains doivent composer, qu’ils s’en accommodent ou qu’ils la contestent. C’est cette réalité qu’il faut saisir dans ses modalités concrètes : connaître l’état de la technique aujourd’hui, comprendre la manière dont elle innerve les comportements et les représentations, déceler la manière dont sans cesse « de l’humain » se forme ou se réinvente dans la relation aux technologies.

 

Partant à la recherche de l’imaginaire contemporain, nous allons nous pencher sur les images, mythes et symboles d’aujourd’hui. Il s’agit donc pour nous, dans la perspective de ce que nous nommons « philosophie appliquée », de savoir en quoi celle-ci relève en quelque sorte toujours d’une esthétique. Ce à quoi ce séminaire veut contribuer de deux manières simultanées : d’une façon théorique, par l’étude du registre propre des images et de leurs facultés associées grâce à la détermination des « lieux » concrets où se constitue aujourd’hui l’imaginaire (politique), et d’une façon pratique en invitant les étudiants de philosophie à L’Atelier de l’imaginaire, lors de trois journées sur le site grenoblois (25 octobre, 20 novembre, 15 janvier) visant la mise en actes de la recherche intellectuelle.


 

Evaluation : un dossier à rendre en fin de semestre sur un sujet lié au séminaire, complété d’un entretien avec l’enseignant.

Exemple de dossier : Par groupes de deux étudiants, proposer une étude d’une thématique, d’une image ou d’un symbole contemporains, documentée à partir de sources variées et de l’expérience acquise lors de l’Atelier de l’imaginaire. Exemple d’une thématique contemporaine qu’il serait intéressant de documenter et d’étudier : l’imaginaire de la sécurité ou de la surveillance aujourd’hui.

 

Plan de la première année

   

Première partie : Epistémologie de l’imagination et de l’imaginaire : quelle(s) faculté(s) ?  

 

1. Une tradition culturelle et philosophique ambivalente :

 

 i.     Les réticences théologiques des monothéismes (Christianisme et Islam)

 

ii.     L’ambiguïté du rationalisme classique à l’égard de la faculté des images (Platon, Descartes)

 

2. La revalorisation kantienne de l’imagination :

 

i.      L’imagination comme faculté cognitive : un nouveau rôle en tant que faculté transcendantale en vue du connaître dans la Critique de la raison pure

 

ii.       L’imagination comme faculté de nous rapporter à la/notre nature dans la Critique de la faculté de juger

 

iii.      L’imagination comme faculté politique : la théorie du « signe historique » dans Le Conflit des facultés.

 

3. L’intervention de la psychanalyse et de la science des mythes 

 

i.      Préambule : Une première rupture : Vico et la « sagesse poétique des nations » dans la Science Nouvelle

 

ii.      Psychanalyse et images (Freud, Jung et Lacan)

 

iii.      La double rationalité des mythes selon la science des mythes (psychologique et sociale) : théories contemporaines de l’imaginaire (Gaston Bachelard et Gilbert Durand).

   

Seconde Partie : Anthropologie politique : aliénation et émancipation par l’imaginaire

  1. La domination par l’imaginaire

 

i. Comment dominer par l’imaginaire ?

 

- La critique du fascisme par Reich

- La critique de la société contemporaine par Bernard Stiegler

 

ii.      Se libérer par la création d’un nouvel imaginaire ?

 

- La thèse critique d’Herbert Marcuse

- « L’institution imaginaire de la société » : le projet de Cornélius Castoriadis

 

 

2. Philosophie contemporaine de l’imaginaire : Comment constituer un imaginaire politique contemporain ?

 

i.      Méthodologie pour un imaginaire contemporain : catégories héritées, création et innovation

 

ii.      Images d’aujourd’hui ou pour aujourd’hui  

 

1. Le sujet contemporain et ses complexités : disciplines et pouvoirs, émancipation, esthétique de l’existence. 

2. Technique et humanité : la métaphorisation de l’hybridation et l’hybridation de la métaphorisation dans le rapport contemporain hommes/machines 

3. Ascétisme et « athlétisme » selon Peter Sloterdijk

 

 

En parallèle, travaux pratiques : les imaginaires du « circuit court » (en lien avec l’Atelier de l’imaginaire)

 

Annexe : Présentation de l'Atelier de l'imaginaire

 

 

L’Atelier de l’imaginaire – Grenoble

Un projet pédagogique et de recherche, une coproduction originale


Des enseignants-chercheurs issus des trois universités et des laboratoires grenoblois et l’Hexagone Scène nationale de Meylan s’associent pour créer l’Atelier de l’imaginaire, dont la vocation est l’expérimentation collective, l’exploration de l’imaginaire contemporain, la formation des étudiants de master et la co-construction d’une réflexion-action avec les partenaires et les artistes des Rencontres-i, biennale Arts-Sciences.

 


Définitions :

 

Nous adopterons la définition initiale suivante de l’imaginaire : faculté mentale composée de représentations de ce qui n’existe pas encore ou pas vraiment, et qui n’existera pas nécessairement. De ce fait l’imaginaire œuvre à la création de possible(s). Les imaginaires, au pluriel, désignent les systèmes d’images et de symboles engendrés par cette faculté.


Objectifs :

-         Sur une durée de 3 ans, produire des protocoles collectifs permettant de révéler les imaginaires contemporains, en phase avec les nombreux changements qui nous affectent aujourd’hui et les mutations tant annoncées pour nos sociétés.

-         Contribuer à l’émergence d’un « écosystème apprenant » (formation recherche action territorialisée), par exemple en agissant ensemble avec les partenaires des Rencontres-i : acteurs et habitants du territoire, artistes, étudiants et enseignants, chercheurs.

-         Nourrir les approches artistiques par l’apport des sciences humaines, et vice-versa.

-         Et de ce fait participer ici et maintenant à la transformation du monde par la production d’images et de symboles.


Postulats :

-         L’imaginaire (comme faculté mentale) est un puissant moteur de la transformation du monde.

-         La force des imaginaires (comme systèmes d’images) est liée à la qualité de la vie, au bien-être ressenti et même à la question philosophique du bonheur.

-         Les imaginaires se construisent dans le mouvement, dans l’« éprouver ensemble » et dans le travail collectif.

-         La coexistence entre les images et symboles anciens et actuels stimule et entrave le renouvellement des imaginaires.

-         L’imaginaire se projette dans un territoire et participe à la construction métropolitaine.

-         L’imaginaire métropolitain grenoblois nous apparaît régi par le paradoxe entre l’innovation technologique et sa culture, et les inégalités sociales.


Déroulement :

Trois séances sont prévues pour la prochaine année universitaire, associant les étudiants de master et un public plus général.

La première séance prévue le 25 octobre à L’Hexagone de Meylan consistera en un moment initial de réflexion, avec la tenue d’ateliers collectifs. Avec ces ateliers, il s’agira de co-construire le thème des Rencontres-i d’octobre 2012 : « CIRCUIT COURT ».

Les séances suivantes auront lieu le 20 novembre à l’Institut de la Communication et des Médias (Université Stendhal – Grenoble 3) à Echirolles, le 15 janvier à l’Institut de Géographie Alpine (Université Joseph Fourrier – Grenoble 1) à Grenoble.


Membres fondateurs de l’Atelier de l’imaginaire :

Antoine Conjard, directeur, et l’équipe de l’Hexagone Scène nationale de Meylan et des Rencontres-i

Dominique David, chercheur au CEA-LETI

Serge Gros, directeur du CAUE – Isère

Luc Gwiazdzinski, enseignant-chercheur à l’IGA-Université Joseph Fourier Grenoble 1

Fabienne Martin-Juchat, enseignante-chercheuse à l’ICM-Université Stendhal Grenoble 3

Thierry Ménissier, enseignant-chercheur à G2i-UPMF Grenoble 2

Avec la participation des étudiants du Master Innovation de Grenoble Institut de l’Innovation (UPMF-Grenoble 2), du Master Innovation et Territoire de l’Institut de Géographie Alpine (UJF-Grenoble 1), du Master Production et Médiation des Formes Culturelles (Université Stendhal et UPMF).

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Thierry Ménissier - dans Séminaires
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commentaires

golden age cheese 19/08/2014 14:38

It’s a true fact that philosophers vilify as the mistress of error and falsity. We can understand that if we read some of the books written by the great philosopher. The author has similar role in the ability to establish political freedom.

Conjard 03/02/2013 21:22

Précieux tout cela Thierry, Je suivrais bien le séminaire...