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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 11:04
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Thierry Ménissier
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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 06:14
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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 05:43
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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 10:20
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Thierry Ménissier
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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 10:09
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Thierry Ménissier - dans Séminaires
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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 09:44

arendt5.jpg

 

Je signale la mise en ligne des deux premières séances du cours public sur Hannah Arendt à la Bibliothèque municipale du centre-ville de Grenoble et dans le cadre de la Société alpine de philosophie :

 

Informations pratiques sur le cours ici :

 

http://societealpinedephilosophie.over-blog.com/article-cours-public-sur-hannah-arendt-113144637.html

 

 

Séance 1 : Introduction sur les attendus du cours, sur la vie et l'oeuvre d'Arendt

 

 

http://podcast.grenet.fr/episode/hannah-arendt-totalitarisme-philosophie-liberte-humaine/

 

Séance 2 : Chapitre 1, la théorisation du phénomène totalitaire

 


http://podcast.grenet.fr/episode/hannah-arendt-2-la-theorisation-du-phenomene-totalitaire-et-la-remise-en-question-de-la-modernite/

 

 

Séance 3 : Chapitre 2, La découverte de la « brèche » entre les Anciens et les Modernes et la triple crise de l’autorité, de l’éducation et de la culture

 

 

http://podcast.grenet.fr/episode/cycle-hannah-arendt-3-la-decouverte-de-la-breche-entre-les-anciens-et-les-modernes/

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 09:38
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Thierry Ménissier
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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 09:58

 

in-bod-we-trust-brian-odriscoll-biography-irelands-marcus-s.jpg

 

« Le contenu imaginaire, immatériel des choses données ne se réduit en aucun cas à la seule présence du donateur dans la chose donnée. »

 

Maurice Godelier, L’Enigme du don, 1996, p. 94.

 

 

Le néo-rugby professionnel contemporain nous sert un jeu appauvri, dans lequel le jeu d’avants, direct et tout en muscles, semble avoir pollué jusqu’à la technique individuelle des arrières, en tout cas les évolutions récentes paraissent avoir déstabilisé les équilibres ancestraux établis entre les formes variées du jeu. Fatalité sans doute d’une époque pulsionnelle confondant la recherche du plaisir et le désir de jouissance. Pourtant le week end dernier, à l’occasion de la première journée du Tournoi, on a tout de même pu voir deux ou trois choses intéressantes. Je voudrais relever quelques gestes dont il faut apprécier la valeur en termes de technique individuelle et de dynamique collective, mais surtout d’esprit du jeu – et cela non dans une intention de conservatisme (ainsi que peut le laisser craindre le début de ce billet), plutôt en vue de souligner un caractère du rugby occulté voire dénié par le néo-rugby. Plus simplement dit, je voudrais, images à l’appui, dire une des significations possibles de la passe juste, et par là mettre en lumière ce que je crois être sa valeur sur le plan anthropologique (= capable de fournir à l’humain une connaissance sur lui-même).

 

            Mon analyse, qui se focalisera d’abord sur deux gestes précis, rapproche deux joueurs que tout sépare, le physique et le style de jeu, le palmarès comme la notoriété. D’un côté, Luciano Orquera, demi d’ouverture du XV italien, de l’autre Brian O’Driscoll, BOD pour les initiés, le très célèbre et inamovible n°13 de l’Irlande. Le premier, qui présente la particularité d’être un des joueurs du circuit international les plus légers en kg, connaît une carrière en pointillé et joue un jeu plutôt inconstant dans une équipe elle-même en devenir ; son passage en France, successivement dans les clubs d’Auch et de Brive, n’a pas connu le succès escompté, et il est retourné jouer en Italie. Le second, Dubliner distingué et dieu vivant en Irlande (« In BOD we trust », ce n’est pas moi qui l’ai inventé ! http://www.tower.com/in-bod-we-trust-brian-odriscoll-biography-irelands-marcus-stead-paperback/wapi/113169979), joue depuis dix ans à tel niveau qu’il a contribué à changer les standards de comportement du si beau poste de « centre extérieur ». Rapide, nerveux, inspiré, courageux, technique, jamais battu, le beau gosse du Leinster apporte même aux différentes équipes où il joue une plus-value objectivement constatable en termes de suprématie européenne : quand il n’est pas là, ça se voit.

 

            Ce week end, le modeste ouvreur transalpin et la star confirmée de la planète ovale se sont retrouvés dans un même geste qui révèle un caractère aujourd’hui dénié par le néo-rugby : la politesse propre à ce jeu. Ce n’est pas cultiver un paradoxe facile que d’évoquer cette forme de socialité dans un sport où l’engagement physique est et sera toujours titanesque. Il suffit d’observer le geste dont je parle : la passe. Qu’est-ce qui arrive quand on se passe le ballon ? Eh bien, celui-ci circule – et c’est ce qu’apprennent tous les enfants à l’école de rugby : si le ballon, quand on le transmets comme il faut, est insaisissable, c’est qu’il va toujours plus vite que les joueurs. Mais pour parvenir à ce résultat espéré, il faut faire preuve d’une forme de civilité, qui paraît bel et bien issue d’un autre âge. Qu’est-ce qu’on fait quand, dans la vie de tous les jours, on fait preuve de civilité en offrant aux autres la meilleure part ou la meilleure place, lors d’un repas ou dans le bus ? On s’oblige, on préfère l’autre à soi, et dans cette petite chose banale on transmet par son comportement et sa posture physique, sans rien dire, un usage social nécessaire à la civilisation.

 

            Orquera et O’Driscoll ont fait l’un et l’autre preuve d’une telle forme de civilité dans les parties que leur équipe, respectivement, ont remporté contre la France et contre le Pays de Galle. Et je ne peux pas m’empêcher de penser que les deux groupes vainqueurs l’ont été parce qu’ils ont été, vis-à-vis d’eux-mêmes, davantage polis que leurs adversaires.

 

Ainsi qu’on peut l’observer : https://www.youtube.com/watch?v=eTagnkuTPww le premier, très inspiré dimanche, a eu deux gestes décisifs du même genre et de grande classe, au début de chacun des temps du jeu. Sur le premier, on joue depuis peu, la première action dure de longues et intenses minutes, l’Italie a exploité un premier ballon, l’a perdu puis reconquis, et Orquera se retrouve tout à coup face à deux avants français : il lève la tête, voit le coup à jouer, prend le trou et fonce en diagonale, puis adresse une longue passe sur sa gauche en ayant fixé l’arrière français. Bel essai du réceptionneur Sergio Parisse, au bout de 4 minutes et 20 secondes de jeu.

Sur le second – et c’est celui-ci qui m’intéresse du point de vue de ce qu’il manifeste en termes de comportements – on est presque sur la ligne française, pilonnée par l’équipe azuréenne. Tout à coup, Orquera se retrouve au poste de n°9. Que va-t-il faire ? Il a en face de lui les deux meilleurs plaqueurs adverses et s’il fait un pas de trop il va se faire couper en deux, eh bien, malgré ce risque objectif tout à coup il s’engage vivement entre les deux, réussit contre les lois de la nature physique à passer les bras, et transmet le cuir à Castrogiovanni, belle brute hirsute qui n’a plus qu’à pointer dans l’en-but. Si Orquera s’oblige vis-à-vis de son pilier, c’est parce que, selon la logique de la division du travail, il revient normalement au massif n°3 d’aller défier l’adversaire. Par son inspiration, l’ouvreur assume quelque chose de très profond dans le jeu de rugby, c’est-à-dire la capacité à s’obliger pour que les autres jouent au lieu de conserver le cuir pour soi tout seul. Disons les choses : il y a – ou il n’y a pas – rugby du fait de la présence ou de l’absence d’une telle disposition éthique.

 

 

On aperçoit encore mieux cette vérité avec la « passe magique » (je souscris à cette qualification proposée par Le Rugbynistère) adressée à O’Driscoll à son ailier gauche lors du match contre les Gallois : http://www.lerugbynistere.fr/videos/la-passe-magique-brian-o-driscoll-zebo-0502131859.php. Regardez-bien : la situation est celle d’un deux contre trois, et, pour réussir son attaque, BOD doit compter, dans le camp d’en face, avec l’arrière et l’ailier droit bien placés pour enrayer le mouvement, mais également avec son redoutable vis-à-vis qui revient de l'autre côté – et il doit composer avec l’inexpérience du jeune Simon Zebo, la nouvelle flèche verte, dont le capital en termes de rugby de très haut niveau est fort mince et dont O’Driscoll peut juste espérer que son partenaire compense ce déficit grâce à son physique et, si ce jeune est vraiment doué, en faisant preuve d’instinct (mais en somme il n’en sait rien). Que fait O’Driscoll ? Il prend poliment en compte le handicap de son nouveau partenaire, et défait à lui tout seul la défense adverse ! Les problèmes posés par la situation de deux contre trois, intrinsèquement plus que délicate, l’attaquant les règle en transformant la situation en « 1 contre 3, + 1 ». Et si sa transmission est réalisée en partie à l’aveugle, c’est parce que BOD a pris dès les prémisses de l’action la décision de s’obliger vis-à-vis de Zebo. Ce dernier se retrouve donc démarqué, car il s’est engagé dans l’espace créé par son centre : il accepte d’être l’obligé de BOD, et parce que les deux attaquants jouent ce jeu, c’est du rugby.

 

Qu’on le veuille ou non, on touche ici à une vérité éternelle. Car ce type de geste est constant dans le jeu, quoique parfois invisible. Tout le monde se souvient par exemple de la course victorieuse du toulousain Denis Charvet lors de la finale du championnat de France de 1989 contre Toulon – une course solitaire il est vrai somptueuse : http://www.youtube.com/watch?v=T9HgFY7hH1E. Mais on se souvient plus rarement du lancement de jeu qui a rendu possible une telle merveille, à savoir de la passe parfaitement juste de son compère pour ce match, le fameux Codorniou. Une merveille d’offrande, un geste apparemment minime dont la subtile politesse propulsa le jeune homme à travers le terrain (et dont Charvet, à la fin du petit film, lui paraît vivement reconnaissant).

Parfois les avants aussi sont inspirés par un tel esprit. On le voit par exemple dans ce qu’on a appelé « l’essai du siècle »*, marqué par les Français contre les All Black en juillet 1994 par l’intermédiaire de Jean-Luc Sadourny servi in extremis en bout de course par son demi de mêlée Guy Accoceberry  : http://www.youtube.com/watch?v=22Gaw9mrvcE

 

  On remarque en effet la jolie passe après passage de bras (sur Jonah Lomu !) réalisée par Abdel Benazzi à la 20ème seconde du film – et aussi le mouvement d’ensemble qui alterne, tel un ballet fou de courses et de passes, les transmissions vers l’extérieur, celles vers l’intérieur et les croisées. Dans le dernier tiers de l’action, on voit que l’arrière néo-zélandais ne sait plus où défendre !

 

Pour conclure : malgré le fait que le n°12 n’arrive jamais à transmettre le ballon qu’on lui confie, et tout régionalisme mis à part, voici un essai qui n’est pas mal non plus du point de vue de la « civilité » : http://www.dailymotion.com/video/xushff_essai-gedimat-v1_sport#.URNeb4aGc70 …dans les toutes dernières minutes du récent FCG-USAP au stade Lesdiguières, il donne la victoire à l’arraché à l’équipe locale. Ce jour-là, seule une disposition à (se) donner (les uns aux autres) permit aux Rouges et bleus de demeurer invaincus sur leur terrain et les rendit capables de triompher in extremis.

 

 

* Deux essais marqués par les Français se disputent en fait le titre pompeux d’« essai du siècle » : l’autre est le premier essai des Bleus dans le match Angleterre-France de 1991 à Twickenham : http://www.dailymotion.com/video/x4kdcv_rugby-angleterre-vs-france-1991-ess_sport#.URKmUIaGc70).

Les deux mouvements tricolores ont comme on le voit plusieurs points communs – celui-ci part également d’une relance inattendue, l’ailier Philippe Saint-André joue un rôle dans les deux (inaugural dans le premier, conclusif dans le second), et le succès repose là aussi sur la remarquable incertitude que les attaquants parviennent à créer dans la défense (et dans l’esprit !) des défenseurs (évidemment, rien de plus émouvant en rugby que de sentir des Anglais désorientés).

Mais la différence vient du fait que, dans la seconde attaque, seuls des trois quarts touchent le ballon. Certes, elle part de plus loin que la première (elle parcourt 110 mètres, ce qui est exceptionnel, contre environ 70 pour l’autre), et des gestes techniques davantage variés interviennent (ainsi, le coup de pied pour lui-même de Camberabero, puis son coup de pied de recentrage) – mais cette seconde action montre moins que la première le caractère organique des actions de l’équipe qui joue (dans) la pleine folie de son inspiration, avants et trois-quarts confondus, tous genres d’hommes et de tempéraments les plus divers réunis dans un même mouvement plein de vie.

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Thierry Ménissier - dans Planète ovale
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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 12:02

ballon-de-rugby.jpg

 

 

La première journée du Tournoi des VI Nations 2013 me donne l’occasion de commencer cette série de billets consacrés au rugby, ainsi qu’on va le lire dans le post suivant. Pourquoi se lancer dans une telle entreprise ? Parce qu’il y a…le rugby, sport-roi auquel j’ai consacré des milliers d’heures de ma vie, autrefois en tant que joueur (je crois avoir été un honnête trois-quart centre de séries régionales), à présent comme spectateur-supporteur du FC Grenoble et comme éducateur en école de rugby *.


Dans ces billets, je veux parler du rugby d’aujourd’hui ou du rugby aujourd’hui, mais ce sera à travers le rugby de mon enfance, c’est-à-dire le rugby des villages, et donc le rugby de toujours : ce jeu complexe et franc dans lequel l’implication de 15 personnes en tous points différentes les unes avec les autres engendre des effets aussi saugrenus que le sont ordinairement les rebonds du ballon ovale : des résultats sportifs souvent inattendus, des expériences humaines parfois profondes, et même des enseignements philosophiquement substantiels. Oui, « des enseignements philosophiquement substantiels », et c’est moi qui vous le dit. Je crois en effet que, du fait de ses bizarres règles et de l’esprit qu’elles impliquent, ce jeu a toujours quelque chose à nous apprendre sur la réalité et sur l’humain, dans les registres que la philosophie décrète comme fondamentaux pour elle, c’est-à-dire l’épistémologie, l’ontologie, l’esthétique, la morale et la théorie politique.

 

Certes, je n’ai ni le palmarès rugbystique d’un Didier Codorniou** ni la verve poétique d’un Pierre Sansot***, et l’on pourrait se demander de quoi je me mêle.

 

Je pourrais juste dire que le rugby m’a appris tant de choses et qu’il me donne à penser…Mais ce serait très insuffisant. Il me faut ajouter que toujours, quand la réalité m’a semblé décevante ou cruelle (et dieu sait qu'elle peut l'être), il y a toujours eu un coin de ma tête qui se mettait à imaginer une passe croisée ou un coup de pied rasant capables d’envoyer le partenaire à l’essai (je jouais avec le n°13 dans le dos !). Tout s’est toujours passé pour moi selon l’alternative suivante : inventer dans l’action une combinaison originale, pertinente et élégante permettant à mon équipe de ne pas perdre, ou bien se résigner, accepter de perdre le match, et finalement de mourir. Autant dire que de solution, il n’y en a toujours eu qu’une, la première. Nous ne mourrons jamais si nous arrivons à conquérir courageusement le ballon puis à l’exploiter ingénieusement. Le rugby m’a donné et il fournit à l’espèce humaine des ressources extraordinaires, sa capacité d’« empowerment » individuel et collectif est stupéfiante – je le vois aussi, et quasiment chaque semaine, lorsque je fais office d’éducateur pour les enfants. Avant d’en dire davantage dans les billets suivants, je dois donc reconnaître que mon horizon d’attente de la réalité a été et demeure structuré par la pratique du rugby – et que par conséquent ma « vision du monde », chose tout de même cardinale pour un philosophe de métier et de vocation, est rugbystique.


Je me suis souvent dit que ne pourrais pas échapper toute ma vie à l’impératif personnel de connecter mes deux passions : la première chronologiquement parlant pour le jeu au ballon ovale, la deuxième (qui en procède, donc) pour les analyses conceptuelles de philosophie et de théorie politique. Je pense souvent au rugby, je pense parfois rugbystiquement, le moment est venu pour moi d’essayer de penser le rugby.  Par conséquent, à l’attaque !


 

Ah oui : je dédie ce billet d’ouverture à Robert Damien, rugbyman exemplaire et profond philosophe.

 

 

 

*à l'Etoile Sportive de Vaulnaveys-le-Haut en Isère près de Grenoble: http://www.esvaulnaveys.com/spip/spip.php?rubrique?9.


*Pour les plus jeunes des lecteurs : Didier Cordoniou, surnommé « Le Petit Prince » fut un des meilleurs trois quart centres français de tous les temps, un joueur d’une finesse inouïe et mon idole quand j’étais joueur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Didier_Codorniou. A titre d’exemple de ses faits d’armes, il composait avec Patrick Mesny, le joueur du FC Grenoble, la paire de centres de l’équipe de France qui a vaincu les All Blacks sur leur sol pour la première fois de l’histoire, le 14 juillet 1979 (résumé de cette mémorable partie ici :

http://www.youtube.com/watch?v=LqltQ_f_QGY).

 

**Pierre Sansot (1928-2005), philosophe, sociologue, anthropologue et écrivain français, qui fut longuement enseignant-chercheur dans la même université que moi, l’Université Pierre Mendès France – Grenoble 2 et pareillement supporteur du FCG. Immortel auteur de Le Rugby est une fête, Plon, 1991 : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Sansot

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Thierry Ménissier - dans Planète ovale
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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 20:02

Vico.jpg

 Giambattista Vico, 1668-1744

 

« Il est digne d’observation que, dans toutes les langues, la majeure partie des expressions relatives aux choses inanimées est constituée de métaphores tirées du corps humain et de ses parties, et des sens et des passions de l’homme. Ainsi « tête » pour cime ou commencement, « face » et dos » pour devant et derrière […]

Tout cela est une conséquence de l'axiome que nous avons énoncé plus haut selon lequel « l’homme ignorant fait de lui-même la mesure de l’univers », puisque dans les exemples cités il a fait de lui-même un monde entier. De sorte que, si la métaphysique rationnelle enseigne que « homo intelligendo fit omnia » [l'homme, en comprenant, devient toutes les choses], cette métaphysique imaginative montre que « homo non intelligendo fit omnia » [l'homme, en ne comprenant pas, devient toutes les choses] ; et peut-être qu’il y a davantage de vérité dans la seconde affirmation que dans la première, car l’homme, lorsqu’il comprend, déploie son esprit et se saisit des choses, mais, lorsqu’il ne les comprend pas, il fait les choses à partir de lui-même, et, en se transformant en elles, il devient ces choses mêmes. »


Giambattista Vico,  

La Science nouvelle.

Principes d’une science nouvelle relative à la nature commune des nations (1744),

§ 405, traduction Alain Pons légèrement modifiée (Fayard, 2001).


           

 

Dans son grand ouvrage La Science nouvelle, le philosophe napolitain Vico propose les éléments d’une nouvelle théorie de la connaissance, laquelle conduit à l’appréhension de formes pédagogiques originales. Conséquence de l’argumentation vichienne, ainsi que je vais le montrer, l’ignorance consciente d’elle-même apparaît comme un atout pour une intelligence des choses vécue et incarnée. Disposition qui apparaît remarquable pour aujourd’hui, car souvent les formations académiques dispensent tantôt des recettes supposées capables de dispenser l’apprenant d’efforts d’invention, tantôt un savoir éminent dans l’ordre de la recherche mais fort étranger à la saisie de la complexité des choses qui ne sont pas purement intellectuelles. Dans ce contexte, comme pour contrer les défauts conjugués de l'intellectualisme et de la technocratie, Vico exprime l’exigence de formuler une idée de l’intelligence.


Vico prend d’abord appui sur l’étude du langage poétique, qui est pour lui le reflet d’une forme de compréhension caractéristique des âges de l’humanité dans lesquels ne dominaient ni la pensée logico-mathématique ni la raison calculatrice des temps modernes. Précurseur de l’anthropologie (avant Lévi-Strauss et Dumézil, et dans un esprit qu’ils n’auraient pas démenti : Vico est également fasciné par la pertinence et par la profondeur de l’intelligence prérationnelle), il se livre à une enquête sur les formes d’expression de la pensée « sauvage ». Cette enquête accouche de l’idée que ces formes d’expression recouvrent des types de représentations du monde cohérentes et puissantes par leur intuition de la réalité. Moins savante et rationnelle que celle les modernes, la mentalité impliquée par ces formes n’en est pas moins très stimulante pour définir un rapport inventif au réel.

 

Vico raisonne en fait contre le sens commun : c’est bien connu, l’ignorance, lorsqu’elle s’exprime, tend souvent à juger de l’inconnu à partir du connu (et la bêtise, qui est sa version extrémiste, à réduire l’un par l’autre en usant de violence ou de mauvaise foi). Or, l’élément de nouveauté qu’apporte le philosophe, c’est la considération, détectée dans le travail effectué par le langage poétique des Anciens, que ce tour d’esprit de l’ignorance consiste à introduire dans le jugement la mesure du corps. C’est en effet par le biais de son corps que l’être primitif, intellectuellement grossier mais hyper sensible par la perception sensible, saisit la réalité du monde qui l’entoure. Le langage poétique traduit cette activité issue de l’intelligence incarnée. Livré à lui-même dans un monde indifférent et potentiellement hostile, l’homme ignorant mais conscient de ses limites et ouvert à ses propres sensations peut vivre pleinement le monde qui l’entoure. Pour lui il s’agit moins de comprendre que d’éprouver. Et par là, écrit remarquablement Vico, il devient les choses mêmes. L’intelligence poétique du monde repose sur cette capacité à sentir les situations qui se présentent au lieu de les interpréter par le biais d’un savoir préexistant. Par suite, elle est faculté d’incarner les connaissances, ce qui est le moyen d’en produire et d’en posséder réellement.

 

Ces remarques anthropologiques stimulent la réflexion pédagogique, et elles font sens en vue d’une formation valable pour l’homme d’aujourd’hui. Elles incitent à rechercher des dispositifs capables de disposer les étudiants (futurs professionnels amenés à prendre toutes sortes de décisions importantes) à être moins savants, plus sensibles, mieux disposés à éprouver le contenu émotionnel des expériences vécues. Il s’agit de vouloir une intelligence réanimée, renouvelante dans le rapport au monde,  et capable de procéder du dénuement conscient de lui-même.

 

Ainsi entendues, les remarques de Vico font écho à l’Atelier de l’imaginaire que nous avons expérimenté à Grenoble d’octobre à janvier dernier (voir ici : http://tumultieordini.over-blog.com/categorie-12497661.html) : c’est dans les moments où ils durent lâcher prise par rapport à leurs connaissances les mieux installées que les participants à l’atelier, en imaginant collectivement les protocoles qui les impliquaient corporellement, se mirent à engendrer des représentations originales pour concevoir « l’imaginaire du circuit court », objet de nos recherches. Une expérience forte : l’ignorance assumée envers (et avec) autrui, alors qu’on se fait mutuellement confiance, met sur la voie d’un système de représentation du monde en partie nouveau dans son contenu et surtout – parce que fondé sur l’expérience corporelle – vécu comme très renouvelant par les participants. Un pas vers un nouvel humanisme (car c’est en fonction d’un tel dessein que réfléchissait Vico), capable de rendre à l’homme sa propre surface sensible dans la constitution de l’intelligence, et, peut-être, de se savoir aussi complexe que la nature.

 

 


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